BLANTYRE, 30 juin (IPS) – Lentement mais sûrement, les femmes du Malawi commencent par faire remarquer leur présence dans l'arène politique du pays, traditionnellement dominé par les hommes.
Vingt-sept femmes ont réussi à obtenir des sièges au parlement de 193 membres durant les récentes élections générales, organisées le 20 mai. Ceci peut ne pas paraître un gros chiffre, mais il marque une importante augmentation par rapport aux acquis de l'élection de 1999 – dans laquelle 17 femmes seulement avaient été élues. Dans le scrutin de 1994, 10 femmes étaient devenues députées.
Pour Gertrude Mkandawire, une nouvelle députée de l'opposition de Mzimba Solola, une circonscription électorale dans l'extrême nord du Malawi, gagner l'élection du 20 mai était une victoire sur les coutumes qui militent contre les femmes.
La femme célibataire, mère de deux enfants appartient à la tribu Ngoni, qu'elle décrit comme étant peu tolérante vis-à-vis des femmes qui aspirent à des postes de leadership. Les hommes dans sa communauté ont exigé une certaine persuasion avant de l'autoriser à se présenter à l'élection..
"J'ai pris énormément courage parce que bien qu'étant admise à me présenter au scrutin, les hommes ne m'ont pas lâchée jusqu'à ce que je les batte à leur propre jeu dans la présente élection", a dit Mkandawire à IPS.
Mais, aussi indéniables que puissent être les exploits de Mkandawire et d'autres femmes députées, ils n'ont pas aidé le Malawi à atteindre l'objectif critique des 30 pour cent de sièges parlementaires occupés par des femmes, d'ici à 2005.
Cet objectif a été fixé par la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), forte de 14 membres, pendant un sommet de 1997 organisé dans la capitale économique du Malawi, Blantyre.
"En tant qu'individus, c'est bon d'avoir gagné, mais du plus profond de nos cœurs, nous pensons que les femmes qui se sont présentées auraient pu mieux faire", a affirmé Angela Zachepa, 22 ans, et la plus jeune femme députée dans l'histoire du pays.
Pour atteindre le seuil des 30 pour cent, il aurait fallu que 58 femmes soient élues dans l'élection de mai. Dans la région de la SADC, seule l'Afrique du Sud, l'Ile Maurice et le Mozambique ont atteint l'objectif.
"En général, nous aimerions applaudir le mouvement en avant (à propos de l'élection des femmes) tout en exprimant notre préoccupation selon laquelle le Malawi, où a été signée la Déclaration de la SADC sur le genre et le développement, n'a pas honoré sa part de l'accord", a indiqué à IPS, depuis Johannesburg, Colleen Lowe Morna, directrice exécutive de 'Gender Links'.
Cette organisation non gouvernementale (ONG) sud-africaine se focalise sur la suppression de la discrimination à l'égard des femmes dans les organisations de médias, et dans la représentation des femmes dans les médias.
"Quant à la raison pour laquelle le Malawi n'a pas atteint l'objectif des 30 pour cent, ceci est dû au fait qu'on n'ait pas accordé suffisamment d'attention à la question jusqu'au bout. Cela nécessitait un engagement au niveau politique, et ensuite beaucoup de stratégies tangibles", affirme Morna.
Ces points de vue ont été repris par d'autres. Comme l'avait rapporté IPS en février de cette année, une étude du 'Pan-African Civic Educators Network' (Réseau des éducateurs civiques panafricains), une ONG, a montré que les partis politiques au Malawi ont apporté peu de soutien aux femmes qui ont pris part aux primaires des partis en vue d'obtenir une place sur la liste des candidats.
Le 'Gender Electoral Support Network' (Réseau de soutien électoral au genre), une coalition d'organisations de femmes, a également visé le Front démocratique uni (UDF) au pouvoir, l'accusant de donner plus de fonds de campagne aux hommes qui prenaient part aux primaires. Le sentiment parmi plusieurs activistes était que la place d'une femme était encore perçue, largement, comme étant à la maison.
L'intransigeance des partis politiques a poussé plusieurs députées potentielles à se présenter comme indépendantes. Ironie du sort, nombre de celles qui ont gagné ont, depuis, été courtisées de nouveau par l'UDF, qui s'est retrouvé sans une majorité parlementaire après le scrutin de mai..
Marjorie Ngaunje est l'une des députées qui n'a pas été persuadée de changer de changer de camp.
"La bataille continue toujours, parce que les défis post-électoraux sont nombreux et (constitueront) la mesure réelle de ce dont nous sommes capables en tant que femmes leaders", a déclaré, à IPS, Ngaunje. Elle a juré de demeurer une voix indépendante au sein du parlement.
Comme son prédécesseur, Bakili Muluzi, le président Bingu wa Mutharika a promis de trouver des voies et moyens d'accroître la représentation des femmes dans les organes de prise de décision au Malawi.
"Je ferai en sorte que le nombre de femmes augmente à divers postes. Je ne suis pas satisfait des 30 pour cent parce que les femmes seront toujours sous-représentées", a-t-il dit aux journalistes, le mercredi, 23 juin, dans la capitale Lilongwe.
La conférence de presse a été organisée pour démentir les rumeurs selon lesquelles le gouvernement aurait l'intention d'interdire aux femmes de porter des pantalons et des jupes moulantes.
Les rumeurs avaient évoqué des souvenirs de l'interdiction des pantalons et mini-jupes, qui a été introduite par l'ancien dictateur Hastings Banda.
Emma Kaliya, présidente du Réseau pour la coordination genre, a dit qu'elle attendrait de voir si Mutharika avait l'intention de traduire ses paroles en actes – et de faire face aux nombreux défis auxquels sont confrontées les femmes malawites.
"Les femmes, bien que représentant 52 pour cent de la population totale, restent les plus pauvres. Ceci fait qu'il leur est difficile de se montrer à la hauteur des défis auxquels le pays est confronté", a-t-elle indiqué à IPS.
Muluzi avait promis de faire pression en faveur d'un amendement constitutionnel qui permettrait au président du Malawi de nommer des femmes au parlement. Il s'est, toutefois, retiré du pouvoir sans avoir réalisé sa promesse.
Des observateurs électoraux locaux et internationaux ont exprimé plusieurs préoccupations sur des aspects des élections de mai, au nombre desquelles la monopolisation des médias d'Etat par l'UDF. Après le vote, l'UDF s'est joint à ses anciens adversaires, le Parti républicain, l'Alliance démocratique nationale et autres, pour obtenir une majorité parlementaire.

