NAIROBI, 1 juil (IPS) – Une décennie après la Conférence internationale des Nations Unies sur la population et le développement, la mortalité maternelle continue d'accabler l'Afrique.
Des délégués à une réunion organisée dans la capitale kényane, Nairobi, ont récemment appris que sur les 585.000 décès causés chaque année par des complications obstétricales, plusieurs surviennent en Afrique subsaharienne.
La conférence de l'ONU, tenue dans la capitale égyptienne, Le Caire, en 1994, avait développé un plan d'action qui appelait les nations à accroître les fonds et l'attention accordés aux questions de la santé de la reproduction et autres questions sanitaires.
Toutefois, les efforts pour réduire la mortalité maternelle en Afrique ne semblent pas avoir beaucoup bénéficié de ce plan, laissant les femmes enceintes vulnérables à l'hémorragie, l'éclampsie (crises) et d'autres complications lorsqu'elles accouchent. Alors que les décès provenant de ces affections peuvent être évités, ils ne le sont pas souvent.
La conférence organisée au Kenya la semaine dernière, du 23 au 26 juin, a rassemblé des représentants d'une large variété d'organisations non gouvernementales (ONG) pour discuter des raisons pour lesquelles les gouvernements africains se battent en vue d'honorer les engagements pris au Caire.
"Pour la région subsaharienne en particulier, nous devons avouer que l'importance des questions sanitaires, et plus spécifiquement celle de la santé de la reproduction, n'est pas reflétée par le niveau très bas des ressources qui leur sont allouées dans les budgets généraux des pays", a déclaré Tamaro Toure, directeur général du bureau Afrique de la Fédération internationale de planification familiale.
Solomon Marsden, directeur adjoint de la Division santé de la reproduction au ministère kényan de la Santé est de cet avis. Dans une interview accordée à IPS le lundi 28 juin, il a indiqué que le "gouvernement" de ce pays d'Afrique de l'est "n'avait (eu) aucune allocation budgétaire spécifique à la santé de la reproduction. C'est maintenant qu'il y a des tentatives pour en trouver une".
Malgré le franc-parler du gouvernement sur cette question, ses statistiques sur la mortalité maternelle au Kenya ont été contestées. Selon la dernière étude démographique et sanitaire, qui est faite tous les cinq ans, le pays a un taux de mortalité maternelle de 590 décès pour 100.000 naissances..
Toutefois, le 'Kenya Medical and Education Trust' (Société de médecine et d'éducation, KMET), une ONG, affirme que le taux est d'environ 1.000 décès pour 100.000 naissances.
De l'autre côté du continent en Côte d'Ivoire, la mortalité maternelle est passée de 540 décès pour 100.000 naissances en 1994 à 856 actuellement.
Pour Marie Claire Ade, présidente de l'Association ivoirienne pour le bien-être familial, l'inaccessibilité des centres qui offrent des services d'accouchement est en partie responsable du phénomène.
"Les femmes dans mon pays, comme dans d'autres pays africains, doivent faire de longues distances à pied pour donner naissance à leur bébé. Par conséquent, plusieurs d'entre elles choisissent d'accoucher dans leurs maisons, augmentant le risque (de décès liés aux complications)", a-t-elle dit à IPS à la réunion de Nairobi. Dans d'autres pays d'Afrique, le taux de mortalité maternelle peut atteindre 1.800 décès pour 100.000 naissances. Et comme le souligne la directrice exécutive du KMET, Monica Aguttu, ceci n'est qu'une partie du tableau.
"Ces décès en couches n'incluent pas les femmes qui sont mortes d'autres causes comme la pandémie du SIDA", a-t-elle indiqué à IPS dans un entretien.
Ade a ajouté : "Pour que les nations (adhèrent) au plan d'action de la CIDP (Conférence internationale sur la population et le développement), et aux Objectifs du Millénaire pour le développement des Nations Unies de réduction de moitié de la mortalité maternelle d'ici à 2015, il faut que les centres de santé soient rapprochés des femmes, même dans les parties les plus reculées".
Huit Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) ont été fixés par les dirigeants du monde au Sommet du millénaire des Nations Unies à New York il y a quatre ans, pour s'attaquer aux fléaux de la pauvreté et du sous-développement d'ici à 2015. Parmi eux, figure l'objectif de réduction du taux de mortalité maternelle de 75 pour cent, d'ici à cette date.
Selon Marsden, le Kenya essaie de faire en sorte que même les plus rudimentaires des infrastructures médicales – le centre médical – aient des membres du personnel formés pour aider les femmes à accoucher.
"Ceci a commencé depuis deux ans. Nous avons un arrangement pour offrir les services d'accouchement dans les dispensaires parce qu'ils sont plus proches des populations (qui) n'auront pas à faire des kilomètres à pied pour se rendre dans des hôpitaux de district ou de province".
"Actuellement, nous offrons ces services dans juste une poignée de dispensaires, mais nous avons l'intention d'étendre nos tentacules à tous les 1.630 dispensaires du pays", a-t-il ajouté.
Malgré l'avantage d'avoir plus à portée de main un endroit où accoucher, des questions subsistent sur la capacité des femmes à payer pour ce service.
"La plupart des mères dans les zones rurales n'ont même pas les moyens de payer les frais d'accouchement qui, dans certains cas, s'élèvent à 500 shillings kényans (environ 6,4 dollars)", affirme Margaret Meme, de la Division santé de la reproduction au Kenya. Elle croit que des services de santé de la reproduction gratuits sont essentiels à cet égard. D'autres estiment que la réforme de la loi sur l'avortement est également importante, puisque la loi restrictive actuelle, dans plusieurs Etats, pousse les femmes à subir des avortements "clandestins" peu hygiéniques – avec des conséquences désastreuses pour leur santé.
Une cause majeure de ces morts en couches inutiles se trouve être les lois restrictives dans les pays africains, héritées presque toutes, mot pour mot, des pays coloniaux d'avant indépendance, qui ont tous, depuis, abrogé ces lois en faveur d'une meilleure santé des femmes et de leur droit de choisir", a déclaré Eunice Brookman Amissah, vice-présidente pour l'Afrique de 'International Projects Assistance Services' (Services de projets internationaux d'assistance, IPAS) au cours de la rencontre de Nairobi. L'IPAS fait pression en faveur des droits des femmes à la santé de la reproduction.
"Les pays africains ont continué à dépendre de ces lois archaïques qui causent le décès de tant de femmes", a-t-elle ajouté.
L'Organisation mondiale de la santé estime que plus de cinq millions de femmes africaines subissent des avortements clandestins chaque année.

