JOHANNESBURG, 29 juin (IPS) – Un musulman fervent avec une barbe, une longue toge et un bonnet de prière, a croisé les bras au moment où une participante s'approchait de lui pour lui serrer la main. Ils ont fini par échanger des salutations verbales.
Du côté opposé du hall, un homme suggérait un code vestimentaire aux jeunes femmes, attirant le courroux des féministes. Bienvenus à la conférence d'Afrique du Sud sur 'L'éradication de la discrimination injuste à travers l'accès aux tribunaux d'égalité', qui s'est tenue dans la capitale économique, Johannesburg, la semaine dernière (24-25 juin).
Depuis juin 2003, 220 tribunaux d'égalité ont été créés pour faire disparaître le racisme qui s'est enraciné en Afrique du Sud durant la période coloniale et celle de l'apartheid – ainsi que d'autres formes de discrimination qui peuvent se développer dans une société ayant une variété culturelle.
"Nous devons changer la mentalité de nos populations", a indiqué Johnny de Lange, vice-ministre de la Justice et du Développement constitutionnel, aux participants de la conférence, qui a été organisée par la Commission sud-africaine des droits de l'Homme.
"Une égalité d'opportunité seule n'est pas suffisante pour gérer l'héritage imposé par l'apartheid", a-t-il ajouté.
Plus de 70 affaires ont déjà été entendues par ces tribunaux, au nombre desquelles 31 plaintes de discrimination raciale, 23 de discours de la haine, 17 de harcèlement sexuel et quatre de discrimination à l'égard de personnes vivant avec le VIH/SIDA.
Environ 800 juges et magistrats ont été formés pour traiter de questions se rapportant à l'égalité.
A la conférence de Johannesburg, des Blancs côtoyaient des Sud-Africains noirs, indiens et métis d'une manière qui aurait été impossible dans le passé. Cette année marque le dixième anniversaire de la fin de l'apartheid, le tristement célèbre système de ségrégation raciale légalisée du pays. Mais malgré les efforts du gouvernement, l'Afrique du Sud demeure une société polarisée. Sampie Terreblance, un universitaire de l'Université de Stellenbosch, non loin du Cap, a dit que la pauvreté avait attisé la discrimination et la tension dans le pays.
Selon un rapport 2003 du Programme des Nations Unies pour le développement, a-t-il ajouté, cinq millions de Sud-Africains – y compris 70.000 Blancs – vivaient avec moins d'un dollar par jour. Le taux de chômage du pays est également passé de 34 pour cent en 1994 à environ 40 pour cent en 2003, selon la Confédération des syndicats sud-africains.
"Cela montre comment la disparité sociale est enracinée dans notre société", a fait remarquer Terreblance, ajoutant qu'il était essentiel que le gouvernement accroisse l'assistance aux pauvres.
"Je pense qu'on devrait donner aux pauvres 100 rands (environ 15 dollars) par mois sous forme d'aide sociale. Ceci fera beaucoup pour régler certains de leurs besoins fondamentaux comme la nourriture", a-t-il dit à IPS le jeudi, 24 juin.
De Lange a exhorté les Sud-Africains à signaler les cas de discrimination aux tribunaux d'égalité, et il s'était donné beaucoup de mal pour montrer que ces tribunaux ont une grande mission. "Les débats ne devraient pas porter seulement sur l'inégalité sociale, mais devraient également aborder d'autres questions tout aussi importantes comme le genre et les droits des handicapés", a-t-il déclaré.
Mais tandis que la discrimination sous l'apartheid était bien claire, il a été moins facile de légiférer sur le préjudice dans des cas ultérieurs.
Un cas d'espèce concernait un incident ayant fait les gros titres en 2002, dans lequel des partisans du Congrès national africain au pouvoir ont scandé le slogan "tuer le boer, tuer le fermier", durant deux manifestations publiques. Le terme "boer", signifiant fermier, est souvent utilisé pour se référer aux Blancs qui parlent l'Afrikaans en Afrique du Sud.
Le Front pour la liberté, de l'opposition, qui représente les intérêts de certains Afrikaners, a dit que le slogan constituait un discours de la haine, et que cela avait entraîné le meurtre de fermiers afrikaans.
Toutefois, la Commission des droits humains a choisi de voir cela simplement comme la critique d'un autre groupe racial.
S'attendant peut-être à ce que des questions charriant les passions débattues à la conférence donnent lieu à de vifs échanges du genre, le président de la conférence a lancé un appel au début des échanges pour que les participants évitent un langage incendiaire.
Il n'aurait toutefois pas dû s'inquiéter. Bien que les esprits se soient parfois échauffés, tout s'est poursuivi d'une façon méthodique et civilisée – et l'atmosphère est restée cordiale.
Les tribunaux d'égalité ont été créés sous la Loi d'amendement pour la promotion de l'égalité et la prévention de la discrimination injuste.
La section 13 de la loi a déclenché une controverse, puisque cela déplace la charge de la preuve dans certains cas. Dans ces cas, il ne revient pas à l'accusateur de prouver que quelqu'un est coupable de discrimination; la personne accusée doit plutôt prouver son innocence.

