ENERGIE-SENEGAL: L'électrification rurale éloigne les ténèbres des villages

DAKAR, 28 juin (IPS) – Grâce à d'importants programmes d'électrification rurale, la presque totalité des villages de l'intérieur du Sénégal vit, depuis trois ans, une "révolution technologique" et sortent des ténèbres. Ces programmes d'électrification sont réalisés avec l'appui de la Société nationale d'électricité du Sénégal (SENELEC), mais aussi grâce à l'utilisation de l'énergie solaire, ont expliqué les techniciens de la SENELEC à IPS.

Ces projets, qui sont pilotés par l'Agence sénégalaise d'électrification rurale (ASER), une structure étatique créée en 2001, ont ainsi transformé le monde rural en un véritable chantier où les ouvriers des sociétés concessionnaires sélectionnées plantent des poteaux, procèdent au raccordement sur le réseau conventionnel et mettent en marche des modules individuels d'énergie solaire.

Le principal objectif de ce projet pluriannuel est de porter l'actuel taux d'électrification des 324 chefs-lieux des grands centres ruraux du pays, de l'ordre de neuf pour cent à 15 pour cent en 2005, et au moins à 60 pour cent dans 20 ans.

Le retard constaté dans le projet de développement de l'électrification rurale au Sénégal serait lié notamment au coût exorbitant de l'énergie, à la faiblesse des consommations énergétiques des populations rurales, mais également et surtout à l'éparpillement de l'habitat rural.

De récentes statistiques, publiées par le ministère de l'Energie et des Mines, soulignent qu'en 2000, la population sénégalaise était estimée à 9.524.089 habitants dont 56 pour cent vivaient en milieu rural dans plus de 13.263 villages. Les villages de plus de 1.000 habitants abritent au total plus de 2.048.000 personnes, représentant 38 pour cent de la population rurale, alors que plus de 6.500 villages comptent moins de 250 habitants.

"En 2001, moins de cinq pour cent des villages de 250 habitants étaient électrifiés. En quatre ans, nous avons atteint le taux de neuf pour cent et nous prévoyons l'électrification de 30 villages par an, par la SENELEC, et cela grâce à un fonds de préférence. D'autre part, l'ASER veut expérimenter un système hybride basé sur l'utilisation de petits groupes électrogènes, mais aussi sur l'énergie solaire", a déclaré récemment Madické Niang, ministre sénégalais de l'Energie et des Mines.

Selon des sources gouvernementales, en 2001, environ 7,4 pour cent des ménages ruraux sénégalais avaient accès à l'électricité alors que ce taux était de 55 pour cent en milieu urbain.

L'exécution de ce projet a réjoui les populations rurales confrontées à une forte demande énergétique pour satisfaire leurs besoins en matière d'éclairage, d'éducation, d'irrigation, de conservation, etc.

Originaire du village de Maka Bira Gueye, dans la région de Louga (nord du Sénégal), Ibrahima Diouf, évoque avec bonheur les bienfaits apportés par l'arrivée de l'électricité dans le quotidien de ses habitants.

"L'électricité a vraiment bouleversé la vie quotidienne dans notre village", a expliqué à IPS, Diouf, en marge d'un récent séminaire d'évaluation du programme de l'ASER, à Dakar, la capitale sénégalaise. "Désormais, l'on peut s'attarder dehors sans crainte des morsures de serpent ou d'autres bestioles dangereuses", indique Diouf à IPS. "Avec l'apparition du courant électrique dans notre village, la télévision est devenue un véritable pole d'attraction surtout pour les jeunes qui parcouraient, presque tous les soirs, de grandes distances pour aller suivre les programmes dans les autres villages déjà électrifiés, puisque situés sur les grands axes routiers", déclare-t-il.

Les mêmes appréciations élogieuses à l'égard du programme de l'ASER sont reprises par une autre participante à la réunion, Bintou Sarr, habitant un village du département de Kaolack (centre du pays), situé presque à la frontière avec la Gambie. Elle explique, à son tour, la grande joie procurée par l'arrivée du solaire dans les foyers de sa localité. "Aujourd'hui, les habitants de mon village refusent encore de croire qu'ils peuvent disposer du courant à tout moment de la journée et qu'ils peuvent s'en servir à satiété pour tous leurs besoins", souligne Sarr, une dame d'un âge avancé, qui signale que "depuis le début de l'année, elle ne manque plus l'occasion d'envoyer du poisson frais à sa famille avec l'assurance qu'elle pourra le conserver au frais des jours durant".

Pour la réalisation de ce programme, le gouvernement a fait appel au secteur privé national et international et a décidé de créer 18 concessions résultant du découpage du territoire national en des zones d'électrification.

Chaque concession a, à sa tête, un opérateur qui aura l'obligation de distribuer l'électricité à partir du solaire ou du gasoil. Il pourra également, s'il le désire, recourir aux services de la SENELEC pour élargir le cercle des abonnés à l'électricité.

La concession comprenant un ensemble de localités urbaines et rurales distinctes, les concessions rurales seront attribuées sur la base des localités que l'opérateur s'engage à électrifier suivant un programme prédéfini. Tout concessionnaire disposera d'un droit exclusif d'assurer la distribution d'électricité à l'intérieur du périmètre de sa concession durant toute la durée du contrat de concession.

Les objectifs et contours de la politique de concession d'électrification rurale de l'ASER tiennent compte du fait que sur les quelque 14.000 villages recensés au Sénégal, seuls 600 ont accès à l'électricité.

La coopération espagnole a déjà répondu à cet appel à travers deux projets dénommés ISOFOTON et ATERSA. Ils vont coûter respectivement 13.975.867 dollars US et 10.706.411 dollars US.

Ces deux projets ambitionnent notamment d'installer des centrales solaires dans une douzaine d'îles du Saloum (région située dans le centre du pays), d'initier l'étude de faisabilité d'une usine de montage de modules solaires et de fourniture de pièces de rechange, et d'installer 2.648 lampadaires d'éclairage public solaire dans 227 localités du Sénégal profond.

Sur un rythme initial d'installation de 500 modules individuels d'énergie solaire par mois, la société espagnole est passée au chiffre de 800 nouvelles implantations mensuelles. Ce rythme ramène les délais d'installation prévus à 15 mois, contre 20 initialement.

Pour bénéficier d'un module solaire individuel, le demandeur doit s'acquitter d'un versement de 20.000 francs CFA (environ 38 dollars US).

Après un moratoire de deux à trois mois, le bénéficiaire verse alors une redevance mensuelle basée sur le montant de la consommation.

Le prix des modules est fixé en fonction du faible pouvoir d'achat des populations rurales. Le souci d'intéresser le plus grand nombre à ce projet justifie cette option, selon les autorités. Selon le Rapport 2003 sur le développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement, 65 pour cent de Sénégalais vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour.