LIBREVILLE, 28 juin (IPS) – La baisse du prix des anti-rétroviraux, utilisés dans le traitement du SIDA, a redonné espoir à plusieurs malades du Gabon et "réduit aussi les inégalités dans les traitements", déclare à IPS, Hortense Mboumba, une malade du SIDA vivant à Libreville, la capitale gabonaise.
Les anti-rétroviraux (ARV) sont les seuls médicaments qui permettent, à l'heure actuelle, de prolonger la vie des personnes vivant avec le VIH/SIDA.
Le Gabon peuplé de 1,2 million d'habitants, se trouve dans une situation "alarmante", selon le ministère de la Santé qui indique que le taux de séroprévalence "est passé en moyenne de 1,8 pour cent en 1988 à 7,7 pour cent en 2000" dans le pays.
"Les frais de traitement sont passés du quadruple au simple. Selon les catégories sociales, certains malades bénéficient de la trithérapie qui associe trois médicaments. Pour les élèves, étudiants, indigents, retraités, chômeurs ainsi que certains fonctionnaires et personnels de santé, le coût mensuel des ARV est fixé au tarif unique de 2.000 FCFA (environ 3,7 dollars US).
Certains malades du SIDA peuvent avoir accès à la trithérapie pour 5.000 FCFA par mois (9,25 dollars US) et le coût sera de 10.000 FCFA (environ 18,5 dollars US) pour les salariés du secteur privé bénéficiant d'une assurance sociale.
Le coût des examens de dépistage a également été réduit. Un test de dépistage coûte désormais entre 1.000 et 2.500 FCFA (environ 1,8 dollar US) pour les élèves et 2.500 FCFA (environ 4,6 dollars), suivant la situation sociale du patient, selon un communiqué du ministère de la Santé. Ces décisions ont été prises après l'octroi au Gabon de plus de trois millions de dollars par le Fonds mondial des Nations Unies contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, précise le communiqué.
Depuis avril dernier, grâce au Fonds mondial de lutte contre le SIDA, le gouvernement gabonais a mis en place un fonds de solidarité thérapeutique d'environ un milliard de FCFA (environ 1,850 million de dollars US) pour prendre en charge les malades du SIDA. "La solidarité thérapeutique prend également en charge les maladies opportunistes", a déclaré à IPS, Dr Pascal Obiang, médecin épidémiologiste du bureau de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à Libreville. Dr Obiang rappelle que "La trithérapie coûtait auparavant entre 400.000 et 500.000 FCFA (entre 740 et 925 dollars US) par mois pour tous les patients.
Un prix inaccessible à de nombreux malades qui vivent en dessous du salaire minimum qui est près de 40.000 FCFA par mois (environ 75 dollars), et qui représentent plus de 35 pour cent de la population active, selon la direction générale de la statistique.
Selon le Rapport 2002 sur le développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), près de 20 pour cent de la population des plus grandes villes, Libreville et Port-Gentil (environ 70 pour cent de la population totale du Gabon est concentrée dans ces deux villes) vivaient en dessous du seuil de pauvreté absolue (estimé à environ 29.000 FCFA ou 45 dollars par mois et par personne), soit moins de deux dollars par jour. Au sein des populations rurales, l'incidence de la pauvreté absolue est plus grave, selon le PNUD. "Ces nouveaux tarifs arrangent déjà les sans-emploi et nous incitent à suivre régulièrement nos traitements. Ceci réduit aussi les inégalités dans les traitements en milieu hospitalier", explique Hortense Mboumba, une malade du SIDA, interrogée par IPS à l'hôpital général de Libreville.
Michel Abeme, un handicapé, qui lutte sans relache contre le SIDA depuis quatre ans, a déclaré à IPS : "J'ai la chance de posséder un emploi qualifié et de disposer d'un salaire qui me permet de payer mes médicaments, de suivre des soins régulièrement et d'améliorer mon alimentation. C'est un privilège dans un pays où il n'est pas possible de se faire traiter si on a pas d'argent…" Même si la prévention reste l'un des moyens efficaces pour contenir la propagation du SIDA au Gabon, les populations pauvres et les personnes marginalisées telles que les handicapés, les chômeurs et les jeunes filles mères payent le plus lourd tribut.
"Pour certains de mes amis handicapés infectés par le VIH/SIDA, la situation est catastrophique du fait qu'ils n'ont pas d'abord de logements décents ou adaptés à leur handicap et, de plus, sans ressources, ils ne peuvent se procurer les anti-retroviraux dont les prix ont pourtant énormement baissé aujourd'hui", déplore Abeme.
Le ministère des Affaires sociales est pris d'assaut par les personnes demandeuses d'aide alors que la lourdeur administrative, dans le traitement des dossiers, ne rassure pas les postulants.
"L'absence de 'visages humains' dans les hôpitaux et centres des soins publics a contraint certains malades à opter pour les cliniques, plus chères, pour démarrer rapidement un traitement approprié, dans l'espoir d'obtenir une aide ultérieurement", a témoigné, pour IPS, Etienne Maroga, un délégué médical affecté au traitement des dossiers relatifs aux ARV.
Pour réussir son programme de lutte contre le SIDA, le gouvernement gabonais a commencé par dénoncer la discrimination faite à des personnes infectées, invitant les personnels de santé à adopter de nouveaux comportements vis-à-vis des malades du VIH et à apprendre à vivre avec eux.
"Plusieurs compatriotes se montrent encore réfractaires à nos recommandations. Nous avons le devoir d'améliorer notre attitude envers les malades du SIDA et surtout leur entourage", a déclaré le ministre de la Santé publique, Faustin Boukoubi à l'occasion de l'instauration des nouveaux tarifs pour les traitements ARV contre le VIH/SIDA.
Pour Boukoubi, "la trithérapie étant disponible à peu de frais au Gabon, cela constitue une avancée exceptionnelle. Je me réjouis que les anti-rétroviraux prescrits aux femmes enceintes séropositives et aux enfants de moins de 12 ans soient gratuits".
Selon Dr Gabriel Malonga, directeur général du Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS), "les anti-rétroviraux sont des produits qui nécessitent une manipulation exacte. Des manipulations que seuls les médecins préalablement formés peuvent effectuer".
La création du Centre de traitement ambulatoire (CTA), à travers le pays, a permis aux autorités gabonaises de multiplier les efforts pour la mise en place des infrastructures sanitaires favorisant l'application des règles rigoureuses de prescription des ARV aux malades.
Le PNLS estime en 2004 le taux moyen de séroprévalence à 7,7 pour cent au Gabon et dans la capitale, Libreville, où vit plus de la moitié de la population gabonaise (plus de 600.000 habitants), avec un pic de 9 pour cent à Port-Gentil, une ville portuaire et la capitale économique du pays.

