LIBERTE DE PRESSE-ZIMBABWE: ''Ni dynamisme ni cran'' dans la presse?

BULAWAYO, 3 mai (IPS) – Même dans ses propres rangs, le parti au pouvoir au Zimbabwe a montré qu'il ne tolère pas les ambitions se référant à l'expansion de la minuscule presse indépendante.

Cela importe très peu que le gouvernement contrôle déjà toutes les chaînes de radio et de télévision, et que les journalistes qui travaillent pour les organes privés vivent dans la peur de l'arrestation et du harcèlement.

La semaine dernière, un député a été suspendu de la ZANU-PF pour avoir soi-disant sollicité des faveurs des éditeurs du seul quotidien indépendant du pays, qui a été brutalement fermé par le gouvernement il y a sept mois.

Très populaire auprès des lecteurs, le 'Daily News' était une source d'irritation constante pour le gouvernement du président Robert Mugabe qui l'a accusé d'être un porte-parole de l'opposition.

En outre, le journaliste devenu député – Kindness Paradza – est accusé de rechercher des financements britanniques en vue d'acquérir une part majoritaire dans un journal hebdomadaire qu'il a aidé à créer il y a à peu près deux ans. La Grande-Bretagne, l'ancienne puissance coloniale au Zimbabwe, avait été accablée d'opprobre par Mugabe, qui la considère comme le meneur de l'isolement international de son pays.

Le pays a tenu inconfortablement la vedette depuis le début de 2000, lorsque la saisie, par de présumés vétérans de la guerre, de fermes appartenant à des Blancs a retenu l'attention internationale. Des rapports de violence politique, deux élections problématiques et des pénuries généralisées de vivres n'ont pas été d'un grand secours pour soustraire le Zimbabwe des feux des projecteurs.

Paradza est également en train de rendre des comptes pour avoir dénoncé les lois répressives contre la presse dans son premier discours au parlement il y a un mois.

La suspension du député, indique Abel Mutsakani de l'Association des journalistes indépendants du Zimbabwe, confirme ce qui est bien connu.

"C'est à peu près la même chose que nous avons vue durant les 12 mois derniers, où le gouvernement veut contrôler les médias – même en sacrifiant l'un des siens".

Alors que la communauté internationale célèbre la Journée internationale de la liberté de la presse (3 mai), l'agitation entourant les plans commerciaux de Paradza a encore focalisé l'attention sur la manière dont la presse, comme d'autres institutions au Zimbabwe, a été fragilisée et politisée par le gouvernement.

Selon le vice-président du Syndicat des journalistes du Zimbabwe, Njabulo Ncube, depuis que le même événement a été observé l'année dernière, la liberté de la presse dans ce pays d'Afrique australe a été érodée à un plus grand degré qu'auparavant.

Trois lois, en particulier celle obligeant aussi bien les journalistes que les organes de presse à se faire enregistrer auprès d'une commission mise en place par l'Etat, ont fait qu'il était difficile aux voix indépendantes de se faire entendre.

"L'AIPPA (La loi sur l'accès à l'information et la protection de la vie privée) a directement conduit à la fermeture du 'Daily News', jetant dans les rues plus de 200 personnes travaillant dans la presse", remarque Ncube.

Cependant, un professeur de journalisme à l'Université nationale de science et de technologie, Ronit Loewenstern, croit que les journalistes ne doivent s'en prendre qu'à eux-mêmes pour la carence de la liberté de presse dans le pays.

Elle estime qu'en Afrique du Sud, des journalistes travaillant dans les années 1980 faisaient fi de la race et de la couleur de la peau pour résister à la répression de la presse durant la période de l'apartheid.

Mais, ajoute-t-elle, alors que ses étudiants en journalisme étaient en deuxième année d'un cursus de quatre ans, plusieurs avaient perdu espoir et choisi de poursuivre une carrière dans un autre secteur de l'industrie de la communication : "Il n'y a ni dynamisme ni cran au sein de l'association des journalistes au Zimbabwe". Les résultats d'une étude mondiale de 2003 publiée le mois dernier par un organisme de contrôle des médias basé à Washington, Freedom House, attire l'attention sur une réalité différente.

L'étude met dans le même sac le Zimbabwe, l'Erythrée et la Guinée équatoriale, concluant que les conditions du travail de reportage dans tous les trois Etats restent désastreuses. Elle souligne que les gouvernements autoritaires dans ces pays utilisent la pression légale, l'emprisonnement et d'autres formes de harcèlement pour réduire sérieusement la capacité des organes indépendants à faire librement des reportages.

Dans un développement assuré pour faire monter la température chez des responsables de la ZANU-PF, il semble maintenant que le vide de l'information créé par la fermeture du 'Daily News' est en train d'être comblé par des médias étrangers. L'un d'entre eux est le programme 'Studio Sept' de la Voix de l'Amérique (VOA), destiné spécifiquement aux Zimbabwéens.

Ce week-end, Studio Sept a étendu ses programmes d'information de la semaine au samedi et au dimanche. Diffusant dans toutes les trois langues nationales du Zimbabwe, les shows d'une heure ont été lancés l'année dernière.

Avec des élections législatives dans 10 mois, le gouvernement se prépare toutefois à une bataille.

Le ministre de l'Information Jonathan Moyo – le récipiendaire du prix Golden Raspberry (en or pour la dérision) pour les ennemis de la liberté de la presse – a qualifié Studio Sept de "subversif" et a menacé ses correspondants de conséquences désastreuses non spécifiées. Il a également critiqué le Botswana voisin d'abriter un réémetteur de la VOA.

Bien qu'elles créent des opportunités pour quelques journalistes, ces stations basées à l'étranger ne peuvent pas remplacer une presse solide et plurielle à l'intérieur même du Zimbabwe.

Ncube affirme qu'à cause du paysage médiatique limité, la capacité des journalistes à négocier de meilleurs salaires a également été sérieusement réduite.

"Nous sommes maintenant dans un cul-de-sac", a-t-il observé. "Nous acceptons simplement tout ce que les employeurs nous offrent".

Cette situation, dit-il, a donné naissance au "journalisme alimentaire", où des journalistes approchent des individus et personnalités pour un financement, afin de leur faire de la publicité. Dans ce scénario, les femmes journalistes semblent particulièrement vulnérables à l'abus, ajoute Ncube.

Le sort des ex-employés du 'Daily News' illustre davantage le manque d'opportunités d'emplois.

Dans une déclaration faite le vendredi (30 avril), les travailleurs ont énuméré les difficultés financières qu'ils ont endurées, malgré l'engagement de l'éditeur à continuer de leur payer leurs salaires pendant deux ans.

Et, il y a peu de chances que la presse sorte de ses chaînes de sitôt. Ce qui constitue la seule lueur d'espoir, c'est la rumeur selon laquelle un autre quotidien indépendant a été enregistré et sera lancé avant la fin de l'année.