POLITIQUE-AFRIQUE AUSTRALE: Replacer la région dans une perspective plusclaire

LUSAKA, 4 mai (IPS) – Lorsqu'on la compare à d'autres parties du continent, l'Afrique australe peut sembler relativement riche et paisible en dépit de la crise économique et politique au Zimbabwe, et du conflit en cours dans certaines parties de la République démocratique du Congo.

Les guerres civiles en Angola et au Mozambique ont pris fin, et l'Afrique du Sud a confondu les sceptiques en émergeant de sa première décennie de démocratie en bonne santé politique.

Cette perception optimiste de la région a toutefois été remise en question par 25 journalistes d'Afrique australe qui se sont rencontrés dans la capitale zambienne – Lusaka – du 29 au 30 avril.

Les journalistes, qui prenaient part au deuxième 'Atelier des professionnels des médias de la SADC-UE (Communauté de développement de l'Afrique australe-Union européenne)', ont identifié une multitude de problèmes dans la zone. Au nombre de ceux-ci, figuraient l'absence de liberté de mouvement des personnes, qui pensaient-ils, entravait le progrès de l'Afrique australe et de ses 210 millions d'habitants.

L'un des journalistes, un Tanzanien, s'en est pris de façon détournée à certaines lois sur l'immigration : "Lorsque nous sommes arrivés en Zambie, nous avons été traités comme une personnalité de marque (VIP). Mais lorsque nous retournerons chez nous, nous ne serons pas autorisés à sortir de l'aéroport de Johannesburg. Nous passerons la nuit à l'aéroport avant de nous envoler le lendemain pour notre pays. Je m'interroge simplement sur les engagements de l'Afrique du Sud vis-à-vis de la SADC".

La libre circulation des personnes et des biens a été envisagée comme l'un des principaux objectifs de la création de l'organisation en 1980.

Toutefois, certains pays dans la région exigent toujours des visas pour les ressortissants des Etats voisins qui désirent s'y rendre.

"La libre circulation des personnes ne peut pas venir immédiatement après l'adhésion à une communauté. Il y a des procédures qui doivent être suivies", a déclaré le porte-parole de la SADC, Anjelo Mondlane, à une réunion, au cours de l'atelier.

"Lorsque des gens quittent des pays plus pauvres pour se rendre dans des pays riches par exemple, cela crée des problèmes. L'exemption de visas dépend des négociations entre gouvernements. Cela implique également la souveraineté", a-t-il ajouté.

Malgré les déséquilibres économiques entre ses Etats membres et la taille relativement petite de son marché (comparable à ceux de la Belgique et de la Norvège), le Produit intérieur brut (PIB) annuel de 226,1 milliards de dollars de la SADC est plus du double de celui de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO), forte de 16 membres – ceci selon le 'Plan de développement régional stratégique et indicatif', un document de 148 pages de la SADC publié en mars cette année.

Le marché de la SADC représente également plus de la moitié du PIB annuel de l'Afrique subsaharienne.

En 2002, indique le plan de développement, le PIB de la région a augmenté de près de 3,2 pour cent, dépassant le taux de croissance de la population d'environ 2,1 pour cent.

Toutefois, on craint que des immigrants illégaux des pays plus pauvres n'aillent submerger les nations les plus riches de la SADC, l'Afrique du Sud, le Botswana et l'Ile Maurice.

Selon la SADC, 40 pour cent de la population de la région – ou 76 millions personnes – vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour. Les statistiques de la Banque mondiale à partir de 2003 montrent que ce chiffre augmente dans certains Etats membres comme le Mozambique et la Zambie, où environ 80 pour cent de la population vit dans l'extrême pauvreté.

Une autre question problématique mise en exergue à l'atelier de Lusaka était celle du mauvais environnement de la presse dans la région. Des délégués du Zimbabwe se sont plaints de ce que leur pays est en train d'être critiqué de façon injuste par la presse britannique et américaine.

Mais Kaitira Kandjii de l'Institut des médias d'Afrique australe (MISA), un organisme régional de contrôle basé en Namibie, a dit que le Zimbabwe ne devait s'en prendre qu'à lui-même pour la mauvaise couverture qu'il recevait actuellement.

Il a déclaré que les lois répressives contre la presse, promulguées par le gouvernement d'Harare, avaient renforcé les perceptions d'un manque de liberté de la presse dans le pays. "Nous avons besoin d'un environnement favorable à l'exercice de la presse dans la région", a indiqué Kandjii aux journalistes à Lusaka.

Dans sa publication annuelle 'Ceci est-il vraiment de la démocratie? : L'état de la liberté de la presse en Afrique australe' – parue en commémoration de la Journée internationale de la liberté de la presse (3 mai) – Le MISA a souligné qu'il avait lancé 188 alertes en 2003 sur les violations de la liberté d'expression dans les pays de la SADC. Sur un plan positif, ceci a marqué une baisse de 9,7 pour cent par rapport aux 208 alertes enregistrées l'année précédente.

"La nature des 188 alertes et leur influence sur le psychisme des journalistes ont conduit à un environnement dans lequel les journalistes pratiquent de l'autocensure, où des organes de presse sont soit fermés par les gouvernements à travers l'application d'une législation répressive soit à la suite de conditions économiques en dégénérescence – et où la poursuite du journalisme indépendant est souvent qualifié d'anti-patriotique", a écrit Zoe Titus du MISA dans le rapport.

"Au Zimbabwe, la fermeture forcée par l'Etat du Daily News, le 12 septembre 2003, au motif qu'il paraissait illégalement sans une autorisation de l'Etat, a été sans aucun doute la pire violation de la liberté de la presse enregistrée en 2003", a-t-elle ajouté.

Titus a souligné que la Loi répressive sur l'accès à l'information et la protection de la vie privée au Zimbabwe constituait 54 pour cent de toutes les violations enregistrées par le MISA l'année dernière. Cette loi, largement critiquée par les médias et les activistes des droits de l'Homme, oblige aussi bien les journalistes que les organes de presse à se faire enregistrer auprès d'une commission mise en place par le gouvernement avant de pouvoir travailler.

Titus a également averti que dans ces pays où l'état de la liberté de la presse n'avait pas été ouvertement détérioré, le besoin de réformes subsistait pour traiter des obstacles juridiques qui entravaient la liberté de la presse.

Une analyse des 188 alertes lancées en 2003 révèle, entre autres, que 33 journalistes ont été attaqués, 53 détenus et 37 censurés.

Juliana Mwila, coordonnatrice nationale des médias de la SADC en Zambie, a exhorté les journalistes "à mettre l'accent sur des questions affectant la région dans leurs écrits".

"D'importantes questions au sein de la SADC sont généralement reçues dans un autre pays de la SADC via des agences de presse étrangères", a-t-elle remarqué.