PORT-LOUIS, 3 mai (IPS) – Le gouvernement de l'Ile Maurice a entrepris d'encourager la production et l'utilisation de sacs biodégradables capables de mieux assurer un environnement plus propre et plus sain pour les êtres humains et les animaux.
Pour cela, les usines de production du plastique doivent ajouter un additif spécial appelé "exoconcept" aux matières premières. Ce qui permet aux sacs de se décomposer plus rapidement lorsqu'ils sont exposés à la lumière, à la chaleur et à l'humidité. Ces sacs auront une durée de vie réduite à moins d'une année contre 50 à 100 ans pour les sacs en plastique actuellement.
La police de l'environnement surveille, depuis la semaine dernière, ces usines sur l'île, de même que les centres commerciaux où les sacs en plastique sont distribués gratuitement.
Les sacs en plastique non-dégradable sont interdits par le gouvernement sur l'île depuis la dernière semaine d'avril. Seuls les sacs biodégradables, d'une épaisseur de 20 micromètres sont autorisés. (Un micromètre est une unité de longueur valant un millionième de mètre).
La police a débarqué, sans s'annoncer, la semaine dernière, dans quatre usines de production du plastique à Quatre-Bornes, dans le centre de l'île.
Elle voulait vérifier si ces usines respectent les règlements – fabriquer des sacs biodégradables de 20 micromètres, ou 24 micromètres au maximum, soit une tolérance de 20 pour cent de plus pour s'autodégrader et pour les rendre durables et réutilisables. Cette démarche du ministère de l'Environnement fait suite aux remarques concernant le comportement des Mauriciens qui se débarrassent des sacs en plastique de manière indisciplinée, malgré les nombreuses campagnes de sensibilisation menées ces dernières années par des services publics et des organisations non gouvernementales (ONG). Les rues, les jardins, les forêts, les plages – toute l'île est devenue une poubelle pour le plastique. Des millions de sacs finissent sur le seul site d'enfouissement de l'île, à Mare Chicose, dans le sud, et demeurent intacts durant des années. Ils se retrouvent également dans le lagon, causant ainsi l'asphyxie de la faune marine.
Avec la décision de l'interdiction, les autorités espèrent réduire la consommation de ce produit, qui s'élève actuellement à 300 millions de sacs en plastique par an pour une population de 1,2 million d'habitants – soit plus d'un millier de sacs par foyer, qui sont offerts gratuitement dans les supermarchés, les boutiques, et dans tout le commerce. Annuellement, c'est un millier de tonnes de plastique, constituant 8 pour cent des déchets solides, qui sont générés dans l'île, selon le ministère de l'Environnement.
"L'Etat ne peut plus dépenser de l'argent pour gérer les déchets et la pollution en raison d'un manque de prévoyance et de précaution de la part des entreprises. Nous devons changer les modes de production et de consommation du plastique et le mettre en ligne avec le développement durable de l'île", a déclaré le ministre de l'Environnement, Rajesh Bhagwan, à la presse, la semaine dernière à Port-Louis, la capitale mauricienne. Il veut à tout prix diminuer la quantité de déchets en réutilisant, revalorisant et recyclant tout ce qui peut l'être. Les producteurs de plastique, au nombre d'une trentaine dans l'île, ont bien accueilli cette mesure et se sont mis à la tâche de réformer leurs systèmes de production pour satisfaire les nouvelles normes. Moonesh Mareachealee, directeur de Plaspak Ltée, et vice-président d'une association regroupant les producteurs de sacs en plastique, souligne que ceux qui ne respecteront pas les nouveaux règlements le feront à leurs propres risques et périls. "La police de l'environnement descendra à tout moment dans les usines avec le résultat : 50.000 roupies d'amende (environ 2.000 dollars US) et pas moins de deux années de prison pour un premier délit", a-t-il déclaré, le mois dernier, lors de la présentation des sacs biodégradables à la presse, à Port-Louis. Depuis le début de l'année, la police de l'environnement multiplie ses actions pour faire de cette démarche un succès – sensibilisation de la population et des opérateurs économiques et réunions de travail avec les services des douanes pour vérifier l'importation des additifs et pour empêcher l'importation de sacs non-dégradables.
"Nous avons également profité du moratoire pour consolider notre capacité technique et nous équiper de micromètres pour pouvoir effectuer des tests sur les sacs et vérifier leur épaisseur", a indiqué à IPS, Ananda Rajoo, conseiller technique du ministre de l'Environnement.
La mesure d'interdiction des sacs en plastique avait été annoncée par le gouvernement mauricien le 24 janvier, suivie d'un moratoire de trois mois qui a pris fin le 24 avril. La fabrication et la distribution des sacs non-dégradables a cessé, mais les consommateurs qui les possèdent encore continuent à les utiliser jusqu'à les épuiser. La campagne intensive en faveur de la protection de l'environnement semble porter ses fruits avec la prise de conscience d'une partie de la population. Déjà, beaucoup de Mauriciens refusent les sacs en plastique offerts gratuitement dans les marchés, les supermarchés et autres magasins.
Certains utilisent maintenant des sacs plus épais, d'autres préfèrent les sacs fabriqués à partir des feuilles naturelles de pandanus pour se rendre au marché. Pour Priscilla Lassémillante, femme au foyer à Port-Louis, les sacs non-dégradables sont désuets. "Il est bon de mettre fin à leur utilisation", dit-elle à IPS. D'autres dames ménagères, comme Primerose Callou, veulent utiliser les sacs en feuilles de pandanus, mais elles ne les trouvent pas facilement dans l'île. "Il faut introduire des sacs en papier; ils sont plus économiques et moins polluants", ajoute-t-elle.
La protection de l'environnement préoccupe également des ONG dans l'île.
L'une d'elles, le MAUDESCO (Mauritius Development Environment and Social Council), milite depuis longtemps en faveur de l'interdiction du plastique de la vie mauricienne. Son animateur, Rajen Awotar, réclame, après l'élimination des sacs en plastique, celle de bouteilles de boissons gazeuses, autre source de pollution dans l'île. Pour que, selon lui, le projet d'élimination du plastique soit complet. "Le ramassage des bouteilles par les services de voirie n'ayant pas marché, il faut demander aux chômeurs et aux membres des ONG de les collecter et de les monnayer chez les entreprises de recyclage. C'est de cette façon qu'on pourra mettre fin à cette nuisance", suggère Awotar à IPS. Outre l'interdiction de la production des sacs en plastique non-dégradables, les nouveaux règlements favorisent également la réutilisation et le recyclage du plastique. Deux entreprises privées se sont lancées dans cette nouvelle opération car, comme l'avoue Mareachealee, les Mauriciens ne vont pas abandonner le plastique de sitôt.

