HARARE, 16 avr (IPS) – Rumbidzai Zulu, une femme d'un peu plus de 20 ans, regarde la quille nouvellement bandée qui lui sert de jambe.
Une mine terrestre a emporté son membre alors qu'elle cherchait du bois dans la brousse – lui faisant perdre également le bébé qu'elle portait – et elle s'efforce de faire face à ce traumatisme.
Des centaines de personnes ont été tuées, mutilées ou blessées par des mines qui ont été posées par des troupes gouvernementales et leurs opposants dans les années 70, durant la guerre de libération du Zimbabwe..
Beaucoup de victimes ont été également enregistrées dans les rangs des animaux domestiques et sauvages.
On estime que le Zimbabwe est l'un des pays les plus fortement minés au monde, ses frontières avec le Mozambique et la Zambie étant quasi-impraticables sur certains tronçons.
Au nombre des mines antipersonnel utilisées par les autorités dans ce qui était alors la Rhodésie, figuraient les R2m2, RAP Carrot, M972 et les engins VS50, qui étaient stratégiquement posés pour dissuader les combattants rebelles d'entrer dans le pays à partir des Etats voisins.
Vingt ans plus tard, les mines continuent de faire la guerre contre des civils innocents.
Selon des analystes en déminage, plus de 500 millions de dollars US sont nécessaires pour effectuer une opération complète de déminage le long des frontières. Toutefois, le gouvernement zimbabwéen à court d'argent manque de fonds pour fournir même des soins de santé de base à ses citoyens – et il paraît certain que le déminage restera en veilleuse pendant quelque temps encore.
En outre, une nouvelle bataille – la guerre politique des mots entre le Zimbabwe et les pays donateurs – a sérieusement affecté les opérations de déminage.
Les relations entre Harare et plusieurs pays développés sont tendues depuis le début des occupations de fermes au Zimbabwe en 2000. Des rapports sur des violations continues des droits de l'Homme de la part des autorités et des milices soutenues par le gouvernement ont accru les tensions, comme l'ont fait les déclarations selon lesquelles les élections parlementaires et générales étaient gâchées par la violence et la fraude électorale.
Selon le directeur général des opérations et de la planification au ministère de la Défense, Trust Mugoba, Washington a retiré le financement aux projets de déminage dans les zones septentrionales, autour des chutes de Victoria et de Binga.
"Malheureusement, le domaine militaire n'a pas été épargné par la politique entre le Zimbabwe et le gouvernement des Etats-Unis. Le gouvernement américain a interrompu le financement (pour le projet de déminage) du projet en 2000".
Selon Mugoba, les Etats-Unis avaient apporté cinq millions de dollars au projet depuis 1990, ce qui a abouti au déminage de plusieurs kilomètres de terres. Ils ont également formé 120 ingénieurs du ministère de la Défense et apporté des fonds pour l'équipement et la machinerie utilisés au cours du déminage. L'Union européenne a également retiré ses financements pour l'enlèvement des mines.
A cause du danger que représentent les mines terrestres, de vastes zones ou étendues de terre arable restent en grande partie en friche – une profonde ironie dans un pays si marqué par des disputes autour de la propriété et de la disponibilité de la terre.
Brain Mutsago, un fermier communautaire de la Vallée de Dande qui est située le long de la frontière du Zimbabwe avec le Mozambique, a dit à IPS que les gens de ce coin vivaient dans la peur des mines antipersonnel.
"C'est dangereux d'essayer de cultiver dans la zone puisque l'on peut être soufflé n'importe quand", a-t-il affirmé.
Jennifer Cohen, directrice des opérations de Mine-Tech, la seule société privée du Zimbabwe spécialisée dans le déminage – indique que les armes continuent également d'être un danger pour les gens qui traversent les frontières du pays illégalement. L'expertise de Mine-Tech a été utilisée dans des opérations au Mozambique voisin – ainsi qu'en Angola, au Kosovo et au Sri Lanka.
Le problème des mines terrestres a empiré il y a deux ans après que des pluies provoquées par le cyclone Eline ont exhumé plusieurs engins.
Le sort des victimes des mines au Zimbabwe pourrait être mis en relief au Sommet de Nairobi sur un monde sans mines, qui se déroulera fin novembre-début décembre de cette année.
Cette conférence passera en revue les progrès accomplis dans la mise en œuvre de la Convention de 1997 sur l'interdiction de l'utilisation, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel ainsi que dans leur destruction – le soi-disant Traité sur l'interdiction des mines.
Le Zimbabwe est signataire de cet accord, qui est entré en vigueur en mars 1999. La convention a fixé 2009 comme date à laquelle les pays, qui l'avaient ratifiée en 1999, devraient avoir achevé le déminage. Plus de 140 Etats ont signé le Traité sur l'interdiction des mines – bien que les Etats-Unis, la Chine et la Russie doivent encore venir à bord.
Selon Campagne internationale pour l'interdiction des mines terrestres (ICBL), un groupe basé à Washington qui a joué un rôle majeur dans la prohibition des mines, près de 20.000 victimes liées aux mines sont rapportées chaque année – la majorité des victimes étant des civils (les enfants représentent 23 pour cent des blessés). Plusieurs attendent des années avant de recevoir des prothèses qui leur permettront de reprendre une vie relativement normale.
Toutefois, l'ICBL note également que plus de 50 millions de mines stockées ont été détruites ces dernières années. Le groupe a reçu le Prix Nobel de la paix en 1997 pour ses efforts dans la lutte contre le fléau des mines terrestres.

