POPULATION-MAURICE: Une flottille de la paix pour Diégo Garcia

PORT-LOUIS, 19 avr (IPS) – Plusieurs organisations politiques, syndicales, et non gouvernementales mauriciennes ont lancé une initiative visant à constituer une flottille de la paix pour Diégo Garcia, en fin de semaine dernière, à Port-Louis, la capitale de l'Ile Maurice.

Le but est de permettre aux Chagossiens, populations de Diégo Garcia vivant à Maurice depuis près de 35 ans, de retourner sur cette île et sur l'archipel des Chagos, composé de 65 îlots, à environ 1.900 kilomètres au nord de Maurice, dans l'océan Indien. Les Chagossiens ont été expulsés de l'archipel par les Britanniques, avant l'indépendance de Maurice, en 1968.

Maurice revendique sa souveraineté sur l'archipel. Au nombre de 1.500 à cette époque, plus de 5.000 aujourd'hui, les Chagossiens vivent dans une pauvreté extrême à Pointe-aux-Sables, Grande Rivière Nord-Ouest, Cassis, Baie du Tombeau, des faubourgs de Port-Louis.

L'île de Diégo Garcia a été transformée en une base militaire par les Américains et a été utilisée à plusieurs reprises dans la guerre contre l'Irak depuis 1990, et contre l'Afghanistan en 2002, après avoir servi comme une place forte de dissuasion pendant la guerre froide avec les Soviétiques.

Citant une Déclaration commune adoptée par les organisations mauriciennes, et soutenue par une centaine d'organisations internationales, dont le "Campaign For Nuclear Disarmament" de Grande-Bretagne, Lindsey Collen, animatrice du groupe, indique qu'ils veulent faire savoir au monde entier leurs objections à l'utilisation d'une partie du territoire mauricien "comme une base de lancement de bombes sur des populations, laissant la place à la désolation".

"Nous soutenons la protestation mondiale contre la guerre et l'occupation de l'Irak, de la Palestine et d'Afghanistan, c'est pourquoi, nous réclamons la fin de l'occupation anglo-américaine de l'île de Diégo Garcia", insiste Collen.

Ces organisations réclament également le nettoyage de Diégo Garcia et des Chagos, "après tous les dégâts écologiques que les deux puissances ont causés à ces îles de coraux, et l'enlèvement de tous les dangers associés au stockage d'armes nucléaires".

"Nous soutenons l'initiative de trouver un bateau pour ramener les Chagossiens sur leurs îles. Ce qui incarnera leur droit au retour, car ils n'ont jamais abandonné leur lutte pour retrouver leurs terres. Nous soutenons leur réclamation pour toutes les souffrances qu'ils ont endurées à cause de leur déportation", soulignent les organisations dans leur déclaration.

Elles lancent un appel à toutes les organisations de travailleurs, les mouvements sociaux, les groupes de jeunes et ceux de femmes et tous ceux qui aiment la paix, à se joindre à leur action et à soutenir la flottille de la paix.

Cependant, les Chagossiens, eux-mêmes, sont divisés sur cette initiative..

Le Groupe réfugiés Chagos (GRC), mené par Olivier Bancoult, approuve la démarche de faire de l'océan Indien une zone de paix, mais ne souhaite pas, "dans un premier temps", la fermeture de la base militaire américaine sur Diégo Garcia. "Le maintien de cette base militaire permettra aux Chagossiens d'avoir des emplois", souligne Bancoult. Mais, s'il trouve un bateau pour amener les Chagossiens sur les autres îles de l'archipel, à part Diégo Garcia – autorisation obtenue de la Haute Cour de Londres le 3 novembre 2003 – il les emmènera, dit-il.

L'autre groupe qui lutte pour les droits des Chagossiens, le Comité social Chagos (CSC), mené par Fernand Mandarin, dénonce, lui, l'ingérence politique dans cette affaire. "Je ne cesse de dire que notre expulsion n'a rien à faire avec la politique ou le syndicalisme. Aux Chagos, nous ne savions rien de ces choses-là. Je suis en faveur des négociations entre les deux Etats – Maurice et Grande-Bretagne – pour le retour de nos îles. Je ne vois pas de meilleure solution à ce problème. Nous l'avons vu, dans le passé, l'ingérence politique n'a rien donné", déclare Mandarin.

A Cassis, un faubourg de la capitale, Désirée Labiche, et Liseby Radegonde, deux dames de la soixantaine, racontent : "Nous avons dû quitter nos maisons, nos animaux, nos terres, sous la menace de fusils". Elles affirment que les Britanniques ont mené des raids dans leurs îles pour rassembler ceux qui résistaient à la déportation. D'autres venus à Maurice pour faire des achats, étaient forcés de rester sur place, encerclés par la police, qui leur avait dit qu'il n'y avait aucun bateau pour les Chagos.

De nombreux autres Chagossiens estiment qu'ils n'ont pas de quoi nourrir leurs enfants. Ils ne peuvent pas, non plus, les envoyer à l'école, faute de moyens financiers. "Ils traînent dans les rues toute la journée", indique Radegonde.

Selon le journaliste Thierry Château, qui a mené une enquête sur la vie des Chagossiens, il y a deux ans, ces gens n'étaient pas préparés pour le style de vie qu'on mène à Maurice. "Déracinés de leur environnement traditionnel, ils ont mal démarré leur vie à Maurice, sombrant dans l'alcoolisme, la drogue et la prostitution", souligne-t-il.

En deux occasions – en 1973 et 1979 – les Chagossiens ont obtenu des compensations de 650.000 et 1,25 million de livres de la Grande-Bretagne, ainsi que des terres de l'Etat mauricien. Mais, cela n'a pas été suffisant pour les aider à intégrer et à prospérer dans la société mauricienne.

Il y a un mois, des juristes internationaux ont conclu que le décret de la "British Indian Ocean Territory" – une entité regroupant des îles détachées de Maurice et des Seychelles – qui a séparé les Chagos du territoire mauricien en 1965, est illégal. Le décret va à l'encontre du droit international car les Nations unies interdisent le démembrement d'un pays avant son indépendance.

Réconfortée dans sa lutte pour sa souveraineté sur cet archipel, Maurice examine aujourd'hui la stratégie à adopter à la suite de ce développement, tout en gardant l'espoir d'un accord avec la Grande-Bretagne.