POLITIQUE-AFRIQUE DU SUD: ''Il est temps maintenant que les populationsparlent''

PRETORIA, 15 avr (IPS) – Les Sud-Africains attendent toujours les résultats définitifs de la troisième élection démocratique de leur pays. Une heure et demie seulement après la fermeture des bureaux de vote mercredi soir (14 avril), des résultats partiels avaient commencé par tomber.

Les responsables avaient fixé comme heure de fermeture des bureaux de vote 21 heures locales (19 heures GMT). Toutefois, les longues queues devant certains bureaux de vote signifiaient qu'ils devaient rester ouverts pour satisfaire les électeurs. Plus de 20 millions de personnes – 75 pour cent d'électeurs potentiels – étaient inscrits pour prendre part à l'élection des parlements nationaux et provinciaux.

S'adressant aux journalistes au siège de la Commission électorale indépendante (IEC) dans la capitale sud-africaine – Pretoria – la présidente, Pansy Tlakula, a déclaré que l'organisation ne pouvait encore donner aucun chiffre sur le taux de participation.

Le KwaZulu-Natal apparaissait comme l'une des provinces les plus affectées par la fermeture tardive des bureaux de vote. Cette région, le bastion de l'Inkatha Freedom Party (IFP) de l'opposition, est l'une des deux provinces où la victoire du Congrès national africain (ANC) n'est pas donnée d'avance.

Des tensions entre l'IFP et l'ANC ont fait plusieurs morts liés à la politique – bien que cette violence n'ait rien à voir avec celle qui a fait des milliers de victimes dans la période qui a précédé la première élection générale d'Afrique du Sud en 1994. Ce scrutin avait mis fin au règne de la minorité blanche, et au tristement célèbre régime d'apartheid qui faisait de la discrimination envers les Noirs.

Plus tôt mercredi matin, la directrice de la police nationale, Jackie Selebi, avait indiqué que les conditions étaient pacifiques sur toute l'étendue du pays, à l'exception "d'incidents mineurs d'incompréhension entre individus".

Trois alertes à la bombe ont été vérifiées par la police à Gauteng et dans le KwaZulu-Natal – mais des responsables ont constaté que c'étaient des canulars. Selebi a démenti les rumeurs d'une alerte dans la province du Northwest.

Dans son premier point de presse sur l'élection, l'IEC a dit que 13 présidents de bureaux de vote dans le KwaZulu-Natal avaient été déchargés de leurs obligations parce qu'ils avaient été surpris en train de battre campagne, tandis qu'un incident similaire avait été signalé dans la province septentrionale du Limpopo. Dans un point de presse donné plus tard, la commission a révélé que quatre des présidents de bureaux de vote du KwaZulu avaient été en fait déchargés pour "des questions liées à la performance", tandis que trois avaient démissionné volontairement.

Tlakula a refusé de répondre à une question de IPS sur les partis pour lesquels les présidents restant battaient campagne – ou sur comment ces activités avaient été menées.

"Par souci d'assurer des élections libres et équitables, nous ne révélerons pas l'activité politique à laquelle prenaient part ces présidents de bureaux. Nous ne dirons pas les partis pour lesquels ils battaient campagne", a-t-elle dit.

Plus d'une centaine d'autocollants avec code-barres avaient également été découverts dans une pension d'ouvriers à Durban, incitant les responsables électoraux à mener des investigations. Ceci fait suite aux affirmations de l'IFP selon lesquelles un journaliste de la British Broadcasting Corporation (BBC) avait vu des militants du parti au pouvoir insérer des autocollants à code-barres dans des pièces d'identité pour permettre probablement un vote illicite. Les autocollants sont un élément capital des précautions de l'IEC pour empêcher le truquage électoral.

Trente-sept partis ont pris part à l'élection de 2004, même s'ils ne l'ont pas tous fait aussi bien au niveau national que provincial. "La criminalité, la corruption et le chômage, ainsi que le VIH/SIDA, occupent une place prédominante dans cette élection. Ce sont des questions qui sont cruciales pour la plupart des électeurs", a indiqué à IPS, Khabele Matlosa, de l'Institut électoral d'Afrique australe.

Marietha de Beer, une électrice, a déclaré : "J'ai vu un aperçu de ce pour quoi chaque parti milite, et je me suis alors rendu compte que le parti pour lequel je voulais voter ne supportait pas ce que je croyais qu'il défendait. Je crois fortement que la peine de mort doit revenir, j'ai donc voté pour un parti qui se bat pour cela".

"Je pense personnellement que nous ne sommes pas assez protégés. Nous avions eu un cambriolage, notre deuxième cambriolage, il y a trois jours", a-t-elle ajouté.

Entre 30 et 40 pour cent de Sud-Africains sont au chômage. Alors que l'ANC affirme qu'environ deux millions de nouveaux emplois ont été créés sous son contrôle, ce chiffre a été fortement contesté par des partis d'opposition – qui disent qu'un million de postes ont été supprimés en fait.

L'ANC a promis de créer un million de nouveaux emplois à travers un programme de travaux publics. L'Alliance démocratique (DA), décrivant ces opportunités comme des emplois éphémères, a contrecarré en couvrant Pretoria et Johannesburg de posters de campagne qui promettaient "Un million de véritables emplois".

De la même façon, l'ANC a utilisé l'extension des droits des travailleurs aux ouvriers agricoles et aux domestiques comme une attraction de carte pour des électeurs, (l'IEC a rapporté mercredi qu'un fermier dans la province du Cap septentrional avait congédié ses ouvriers parce qu'ils sont allés voter). La plate-forme adoptée par la DA dans sa campagne incluait diverses réductions fiscales, et la libéralisation d'un cadre de travail décrit comme ayant trop de contraintes légales.

Sprinkaan Phora, un électeur du quartier noir de Mamelodi, non loin de Pretoria, était sceptique sur tous les arrivants : "J'ai observé. Ils promettent tous de bonnes choses, mais je ne sais pas s'ils vont les réaliser ou s'ils veulent juste que nous votions pour eux!".

Suite à la longue dispute entre le gouvernement et les activistes anti-SIDA sur la fourniture des anti-rétroviraux (ARV), les politiques nationales pour traiter de la pandémie ont été au centre de la campagne – après le passage de Mbeki à l'isoloir mercredi.

Répondant à une question relative à la difficulté que rencontraient toujours certains malades dans l'obtention des ARV sous le nouveau programme gouvernemental de fourniture de médicaments, Mbeki a déclaré : "Nous avions parlé de cela dans la campagne électorale… Vous n'étiez pas à l'écoute?".

Il a également dit aux journalistes que "Les politiciens faisaient beaucoup de bavardage. Je crois qu'il est temps maintenant que les populations parlent".