CULTURE-BENIN: Des artistes expriment leurs difficultés à obtenir descrédits

COTONOU, 14 avr (IPS) – "Je cherche un financement pour une pièce de théâtre qui traîne dans mon sac depuis plus de deux ans", se plaint Euloge Béo Aguiar, alias Master Cool, un comédien créateur béninois.

Tout comme Aguiar, beaucoup d'autres d'artistes béninois parcourent les administrations et les salons des institutions de financement, leurs projets sous le bras, à la recherche d'une hypothétique institution financière qui accueillerait favorablement leur proposition de sortie de disque ou de création de pièce de théâtre. "Les artistes béninois souffrent beaucoup pour obtenir le financement de leurs projets. Pour être plus proche de la réalité, je devrais plutôt dire qu'il n'y pas du tout de financement local à part le Fonds d'aide à la culture", explique Aguiar à IPS. Ce fonds est de 150 millions de francs CFA (288.461 dollars US), annuellement alimenté par l'Etat béninois et quelques sociétés publiques.

"En Côte d'Ivoire à côté, ce fonds est de plusieurs milliards de francs CFA", selon Aguiar. Mieux, il estime dérisoire les montants octroyés par le fonds, car le maximum qu'un artiste béninois puisse obtenir est d'un million de FCFA (1.923 dollars US). "Que peut-on faire aujourd'hui avec un million de FCFA? Cela ne suffirait même pas pour sortir un album ou monter une pièce de théâtre, encore moins monter un orchestre ou un studio de musique. De plus, tous les artistes n'arrivent jamais à obtenir l'aide du fonds", déplore Aguiar. C'est pour cette raison qu'il s'est très tôt tourné vers des institutions étrangères pour faire financer ses projets de création. "L'essentiel", souligne-t-il, "est que le projet soit bon, véridique, bien monté et convaincant". C'est ainsi qu'en 2003, il a réussi à obtenir un financement de l'Agence intergouvernementale de la francophonie (AIF) pour monter une pièce avec des artistes brésiliens à l'occasion du 100ème anniversaire de la naissance d'un ethnologue français, amoureux du Bénin et du Brésil, du nom de Pierre Fatoumbi Verger. Aguiar déplore l'inexistence, au niveau national, de structures adéquates de financement de l'industrie culturelle. Marcel Padey, artiste-musicien, a fait également la triste expérience de la recherche de financement. Il est musicien, arrangeur d'œuvres musicales et ingénieur du son. Depuis plus d'une dizaine d'années, il s'acharne à monter un "home studio où les artistes pourront venir faire les premiers enregistrements de leurs maquettes avant d'aller les perfectionner à l'étranger". Mais, son studio n'est pas terminé jusqu'à ce jour, faute de financement. "On ne vous prête de l'argent au Bénin que lorsqu'on vous connaît", regrette Padey. "Très souvent, il faut aller vers les privés pour solliciter leur sponsoring. Là encore, il faut connaître les gens. Si vous ne connaissez personne, il faut passer par des intermédiaires à qui il faut donner un pourcentage…". La seule chance d'obtenir encore un financement auprès d'une institution au Bénin est de faire des chansons sur un thème qui intéresse l'institution, fait remarquer Padey. Par exemple, une chanson sur les enfants peut être produite par l'UNICEF; une chanson sur le SIDA, par l'ONUSIDA, etc. Ces multiples difficultés ont poussé la chanteuse Perpétue Dagbéto, alias Dalina Pep's, à attendre près de vingt ans avant de sortir son premier album, dénommé "Passion". Et encore, elle l'a fait en duo avec une autre artiste, Castella Ayilo, sur financement propre. "Nous nous sommes donné le temps pour sortir cet album parce que nous n'avons pas voulu faire comme certaines artistes femmes qui sont obligées de coucher d'abord avec leur producteur avant de sortir leur album. Nous avons voulu rester dignes", confie Dagbéto. A la question de savoir pourquoi elle ne s'était pas tournée vers les banques pour financer son album, elle répond sans ambages. "Les institutions bancaires sont réticentes quand il s'agit de financer les industries culturelles. Elles préfèrent financer les secteurs sûrs comme le bâtiment, le commerce, où les risques sont plus ou moins maîtrisés".. Cette affirmation est malheureusement confirmée dans le système bancaire par un agent de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), à Cotonou, qui a requis l'anonymat. Selon lui, le financement des industries culturelles ne figure pas dans la gamme des activités financées par la BOAD "parce qu'elles n'offrent pas assez de garantie". Tous ces artistes ont poussé un grand ouf! de soulagement lorsqu'ils ont appris que l'AIF venait de créer, dans neuf pays africains, dont le Bénin, un fonds spécial de financement des industries culturelles, "qui servirait de fonds de garantie aux prêts que les banques locales n'hésiteraient plus désormais à leur accorder", déclare Grégoire Faïhoun, coordonnateur de ce fonds au Bénin. "Grâce à ce fonds, je vois désormais florissant le futur des artistes béninois", affirme Faïhoun. Pour Aguiar, "Le fonds de garantie de l'AIF est le bienvenu parce qu'il va aider à régler nombre de problèmes des artistes béninois". "Ce fonds suscite un grand espoir chez tous les artistes béninois. Il est vraiment salutaire parce qu'il nous offre plus de facilité de crédit", ajoute Dagbéto.