POLITIQUE-AFRIQUE: Une rencontre interconfessionnelle se fixe pourobjectif la résolution des conflits

NAIROBI, 2 avr (IPS) – Ces derniers jours ont vu des dirigeants religieux des quatre coins d'Afrique prendre les devants pour s'attaquer à la violence sur le continent.

Au Zimbabwe, des responsables d'église de diverses dénominations chrétiennes se sont réunis à Harare et à Bulawayo pour prier en faveur de la paix dans leur pays, qui est en proie aux difficultés politiques et économiques. Des collègues venus d'Afrique du Sud, du Botswana et de Zambie se sont rendus au Zimbabwe pour prendre part aux cultes.

Plus au nord, au Kenya, quelque chose de similaire se déroulait.

Plus de 40 leaders religieux de l'Afrique de l'est et du centre se sont retrouvés à Nairobi durant le week-end passé pour un sommet qui s'est focalisé sur le travail que faisaient les diverses dénominations dans des situations de conflits dans ces régions.

La rencontre interconfessionnelle, qui a pris fin lundi (29 mars) était la troisième du genre en Afrique. Des responsables d'église d'Afrique de l'ouest se sont retrouvés pour une conférence similaire en octobre dernier au Liberia, tandis que leurs homologues d'Afrique australe s'étaient réunis en 2002. Un sommet interconfessionnel pour la paix en Afrique du nord est prévu pour juillet cette année.

Dans un communiqué publié après la rencontre, les dirigeants chrétiens, hindous et musulmans ont promis d'effectuer des visites conjointes dans des zones de conflits, et de faire pression sur les gouvernements afin qu'ils mettent fin à la violence dans leurs régions.

"Nous avions abandonné cette responsabilité aux politiciens – afin qu'ils rendent des comptes dans des questions de paix. Nous avons décidé désormais, en tant que communauté interconfessionnelle, que nous jouerons dorénavant un rôle important en engageant nos gouvernements dans la recherche de la paix", a indiqué, à IPS, Ishmael Noko, secrétaire général de la Fédération luthérienne mondiale.

Prabhu Pattni du Conseil hindou d'Afrique a déclaré : "Ce sont les leaders religieux, quelle que soit leur dénomination, qui accèdent aux populations à la base. Ce sont les mêmes dirigeants qui s'occupent de ces communautés dans leur vie quotidienne, et ils sont donc bien placés pour éduquer les communautés à adopter une culture de paix".

Ce qui préoccupait particulièrement était la situation au Soudan, où des progrès substantiels dans des pourparlers de paix entre le gouvernement et les rebelles de l'Armée populaire de libération du Soudan, n'ont pas mis fin à la violence dans la région de l'ouest, le Darfour.

Dans un point de presse donné mardi, le Bureau des Nations Unies pour la coordination des Affaires humanitaires (OCHA) a indiqué que des civils étaient attaqués quotidiennement dans le Darfour au moment où des forces gouvernementales, leurs partisans et des groupes rebelles se battaient pour le contrôle de la région.

L'OCHA a prévenu que la situation humanitaire se détériorait dans le Darfour, avec des milliers de Soudanais déplacés confrontés à des pénuries d'eau et à des maladies. Environ 750.000 personnes auraient fui leurs maisons.

La Somalie, qui a été paralysée par des combats de factions depuis la chute du gouvernement du président Siad Barre en 1991, était également une source d'inquiétude à la réunion de Nairobi – comme l'étaient les affrontements actuels entre les troupes gouvernementales et les rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) dans le nord de l'Ouganda.

L'Ethiopie et l'Erythrée tentent toujours de mettre définitivement fin à leur conflit frontalier, qui a éclaté en 1998, tandis que la fragilité d'un accord de paix de décembre 2002 au Congo-Kinshasa a été remis sous les projecteurs le week-end dernier pendant une tentative présumée de coup d'Etat.

"Si le gouvernement ougandais voulait mettre fin à la guerre, il l'aurait fait depuis longtemps parce qu'il en a la capacité. Mais il n'y a aucune volonté politique de contenir la guerre", a déclaré Macleord Baker Ochola, l'évêque anglican retraité du diocèse de Kitgum, dans le nord de l'Ouganda, qui a perdu sa femme et une fille à cause de la guerre.

Ochola travaille maintenant comme vice-président de l'Initiative des leaders religieux Acholi, qui cherche à promouvoir la paix dans la région.

La rébellion de la LRA, qui a commencé il y a 17 ans, a déplacé près de deux millions de personnes en Ouganda. Le mois dernier, le groupe aurait assassiné plus de 200 personnes dans un camp de réfugiés dans le nord – un incident décrit comme la pire attaque dans l'histoire de la LRA.

La rencontre interconfessionnelle a revêtu une importance particulière du fait que les différences religieuses ont fait beaucoup de victimes dans la région où elle s'est déroulée.

Au Soudan, le nord musulman a pendant longtemps été en désaccord avec le sud chrétien et animiste. Les propositions pour introduire fermement des tribunaux islamiques dans la nouvelle constitution du Kenya ont également fait monter la tension dans ce pays, avec des chrétiens – qui constituent plus de 80 pour cent de la population – exigeant que cette clause soit retranchée.

Le vice-président du Conseil suprême des musulmans du Kenya, Alhaji Yusuf Murigu, a déclaré à la réunion que "Des gens de différentes religions doivent apprendre à vivre en paix les uns avec les autres, acceptant leur diversité religieuse. Ils doivent saisir le don du dialogue".

Ses propos ont été repris par Mvume Dandala, secrétaire général de la Conférence des églises de toute l'Afrique, qui a déclaré qu'un exemple d'harmonie interconfessionnelle en Afrique "signifierait une contribution (du continent) à la paix globale dans un monde qui se déchire à cause des guerres motivées par la religion".