YAOUNDE, 17 mars (IPS) – Sept personnes sont décédées ou disparues, et une centaine d'autres blessées des suites de tortures et traumatismes divers subis pendant leur expulsion de Guinée Equatoriale, selon des informations reçues des autorités camerounaises par IPS, mardi, à Yaoundé, la capitale.
Les quelque 600 personnes de tous les sexes et tous les âges, expulsées de Guinée Equatoriale et échouées sur la côte sud-ouest du Cameroun, reçoivent depuis une semaine environ, une assistance multiforme des autorités camerounaises et des organisations non gouvernementales (ONG). "Il serait absurde que des Camerounais, qui ont survécu à des épreuves à l'extérieur, viennent mourir ici. Notre intervention entre dans le cadre de notre mission : l'humanitaire. Et on doit réagir avec promptitude. Voilà pourquoi on leur accorde l'assistance nécessaire", a indiqué, à IPS, Jean Pierre Nana, directeur de la protection civile au ministère de l'Administration territoriale et de la Décentralisation.
Depuis un mois environ, une certaine psychose s'était emparée des milieux immigrés des grandes villes de la Guinée Equatoriale. Selon le gouvernement du président Obiang Nguéma de Guinée Equatoriale, une tentative de renversement de son régime était en cours, avec l'appui des étrangers, notamment des Camerounais.
Les Camerounais seraient au nombre de 80.000 environ dans cet Etat du Golfe de Guinée qui compte quelque 1,100 million d'habitants dont plus de la moitié serait des étrangers. En une semaine, un peu plus de 600 immigrés camerounais ont été rapatriés, selon la police camerounaise des frontières. "Nous avons pris des dispositions afin que tous les expulsés qui arrivent soient accueillis et conduits chez un médecin pour ceux qui présenteraient des cas de maladie..
Ensuite, nous les logeons provisoirement à la bibliothèque pilote d'une école de Limbé", dans le sud-ouest, a expliqué le gouverneur de la région, Thomas Edjake Mbonda, mardi, par téléphone, à IPS.
"De plus, nous fournissons aux expulsés, sceaux, serviettes, eaux minérales, savons, matelas, papier hygiénique, plus une somme hebdomadaire de 5.000 francs CFA (environ 9,5 dollars US)", ajoute Mbonda.
Outre les Camerounais, on compte, parmi les personnes expulsées vers le Cameroun, neuf Ghanéens, six Maliens, 11 Sénégalais, trois Libériens, quatre Tchadiens, deux Nigérians et un Béninois.
"Je suis heureux de l'accueil qui nous a été réservé. On est bien encadré.
Nous avions risqué nos vies. D'abord avec les flics qui nous ont tabassés, ensuite avec la pirogue en bois où nous étions entassés à plus d'une centaine", déclare Sylvain Ngaleu, un commerçant camerounais établi à Malabo, la capitale équato-guinéenne, depuis trois ans.
"Sans les militaires camerounais, nous serions tous morts. Notre pirogue a été détruite par les vagues, et pendant que nous nous débattions en pleine mer, c'est alors qu'une vedette de la marine camerounaise, qui passait non loin de là, nous a repêchés avant de nous ramener à Limbé", a indiqué Robert Kuffour, un ressortissant ghanéen.
Kuffour a ajouté : "Trois personnes, qui étaient dans notre embarcation, ont péri en pleine mer, emportées par les vagues".
Depuis lundi, des ONG, jusque là restées timides, se sont associées à l'élan de compassion affiché par les pouvoirs publics, en envoyant des médicaments et des vivres, dans les villes de Limbé, à Douala, la capitale économique et, à Kye-Ossi, petite ville frontalière dans le sud du Cameroun, où arrivent d'autres expulsés par voie terrestre.
"Nous fournissons à ces 'réfugiés' nourriture et médicaments de première nécessité", a dit Jeanne d'Arc Teumo, présidente d'honneur du Programme intégré de lutte contre la pauvreté, une ONG. "Nous allons distribuer à ceux d'entre eux qui le veulent, un questionnaire à remplir. Ceci nous permettra d'envisager des éventualités de placement pour ceux qui savent faire quelque chose", a-t-elle affirmé.
La société civile a pourtant déploré l'inefficacité de l'aide apportée aux expulsés. "Pourquoi le gouvernement hésite-t-il à envoyer des charters en Guinée?", demande Manga Zambo, enseignant à l'Université de Yaoundé II.
"Ce type d'aide est inapproprié. Ce qui compte, c'est comment les réinsérer dans la vie active", commente-t-il.
Akere Muna, avocat représentant de l'ONG Transparency international, a offert aux rapatriés une somme de 200.000 FCFA (environ 377 dollars US).
"C'est ma manière à moi d'apporter une chaleur à ces hommes et femmes déshumanisés par un pays voisin et ami", a-t-il confessé à IPS.
Aujourd'hui, il existe une composante de la société camerounaise qui veut exprimer sa colère et son sentiment nationaliste, souhaitant une rupture des relations commerciales avec la Guinée Equatoriale. Ce qui explique certaines manifestations hostiles et quotidiennes devant le consulat de Guinée Equatoriale à Douala. Le week-end dernier, trois voitures ont été incendiées et six Equato-Guinéens blessés.
Pour l'heure, le gouvernement camerounais entrevoit la mise en place, explique Nana, "des mesures nécessaires afin que chacun des expulsés regagne dignement sa famille, quel que soit l'endroit où elle se trouve".
Le gouvernement a également décidé de rappeler son ambassadeur à Malabo, affirmant que le Cameroun n'était pas impliqué dans la tentative présumée de coup d'Etat en Guinée Equatoriale. Selon des sources proches de la représentation de la Communauté économique monétaire de l'Afrique centrale (CEMAC) à Yaoundé, le commerce de la Guinée Equatoriale dépendrait en grande partie du Cameroun d'où elle importerait au moins 40 pour cent de ses biens de consommation. Mais depuis peu, la Guinée Equatoriale est actuellement le troisième plus grand producteur de pétrole en Afrique au sud du Sahara, avec une production de 350.000 barils par jour, attirant beaucoup d'étrangers. La CEMAC, qui utilise également comme monnaie sous-régionale le franc CFA, comprend le Gabon, le Tchad, le Congo-Brazzaville, la Centrafrique, le Cameroun et la Guinée Equatoriale – le dernier Etat à rejoindre cette zone monétaire.

