JOHANNESBURG, 15 mars (IPS) – Lorsque le nouveau Parlement panafricain sera installé en Ethiopie cette semaine, il sera confronté à une série de questions difficiles dont le rôle des mercenaires en Afrique n'est pas l'un des moindres.
"Les mercenaires sont maintenant d'actualité. Ils sont dans les informations", a dit aux journalistes Frene Ginwala, présidente de l'Assemblée nationale d'Afrique du Sud, vendredi (12 mars) à Johannesburg.
Ginwala faisait allusion aux 79 mercenaires présumés qui ont été arrêtés au Zimbabwe et en Guinée Equatoriale, une nation ouest-africaine riche en pétrole la semaine dernière. Avec quatre de ses collègues du parlement, la présidente de l'assemblée représentera l'Afrique du Sud au Parlement panafricain (PAP), qui devra tenir sa première session du 15 au 20 mars à Addis Abeba.
Le président Teodoro Obiang Nguema de Guinée Equatoriale a dit que les 15 suspects détenus dans son pays étaient "une équipe d'avant-garde" cherchant à renverser le gouvernement. Il a soutenu qu'ils avaient des liens avec 64 autres suspects arrêtés au Zimbabwe après la saisie, le 7 mars, du Boeing 727-L100 américain vieillissant à bord duquel ils voyageaient, à l'aéroport international d'Harare.
Mercredi, le ministre des Affaires intérieures du Zimbabwe, Kembo Mohadi, a déclaré que le leader de l'opposition de la Guinée Equatoriale – Severo Moto – avait offert aux mercenaires environ 1,9 million de dollars et des droits pétroliers pour renverser Nguema.
Le pays est actuellement le troisième plus grand producteur de pétrole en Afrique au sud du Sahara, avec une production de 350.000 barils de pétrole par jour.
Moto, qui est basé en Espagne, a réfuté ces allégations.
Mohadi a également indiqué que l'avion aurait été loué par des mercenaires sud-africains et des agents de sécurité occidentaux. Le gouvernement zimbabwéen, qui s'est brouillé avec les Etats-Unis et l'Union européenne, menace d'exécuter les mercenaires présumés.
Les détenus affirment qu'ils sont des agents de sécurité qui ont été embauchés pour protéger des sociétés minières au Burundi et en République démocratique du Congo (RDC), des pays d'Afrique centrale déchirés par la guerre.
Le ministère des Affaires étrangères d'Afrique du Sud a confirmé que 20 de ses ressortissants sont parmi ceux qui ont été arrêtés au Zimbabwe. Les autres viennent de l'Angola, de la Namibie, de la RDC et du Zimbabwe.
Ginwala estime qu'il y avait des instruments en place pour réduire les activités des mercenaires en Afrique. "Déjà, l'Union africaine ne reconnaît pas les prises de pouvoir par la force ou les coups d'Etat, y compris ceux des mercenaires. Nous opérons dans ce paramètre. Il existe également des instruments internationaux qui interdisent la destitution des gouvernements par la force ", a-t-elle dit aux journalistes. Barend Geldenhuys, un autre membre sud-africain du PAP, a déclaré : "Il nous revient d'influencer le Parlement panafricain pour qu'il règle la question".
Son collègue Mninwa Mahlangu a ajouté que l'Afrique du Sud s'était engagée à restaurer la paix sur le continent.
Divers facteurs ont toutefois contribué à saper ces bonnes intentions.
Depuis la fin de l'apartheid, l'Afrique du Sud a joué un rôle actif pour le retour de la paix dans un certain nombre de pays africains – au nombre desquels la RDC, le Burundi, le Liberia, le Mozambique et l'Angola.
Mais la fin de la ségrégation a également conduit à la réduction des troupes par le nouveau gouvernement. Du jour au lendemain, beaucoup se sont retrouvés dans la rue, avec peu de perspectives d'emploi ailleurs.
"Ce sont des gens qui sont bien formés …(mais) sous le nouveau système, leurs services ne sont pas requis. Ils se retrouvent sans emploi. Et cela (le service militaire) est le seul travail qu'ils peuvent faire", a dit, à IPS, Geldenhuys vendredi.
Des sociétés locales de gardiennage estiment que quelque 1.000 de ces anciens soldats travaillent actuellement en Irak – "protégeant des ministres et d'autres hauts responsables gouvernementaux", selon Geldenhuys.
Le membre du PAP a souligné qu'il ne voyait aucun inconvénient à ce que des soldats sud-africains gardent des puits de pétrole à l'étranger. "Ce qui n'est pas acceptable est qu'ils renversent un gouvernement étranger. Cela donne une mauvaise réputation à l'Afrique du Sud", a-t-il ajouté.
En vue de régler cette situation, l'Afrique du Sud a introduit des lois sévères pour s'occuper des mercenaires – auxquels on se réfère souvent comme des "chiens de guerre".
Le vice-ministre des Affaires étrangères, Aziz Pahad, souligne que si les Sud-Africains détenus au Zimbabwe sont impliqués dans des activités mercenaires, alors ils enfreignent la Loi sur l'assistance militaire à l'étranger. Elle interdit l'implication de ressortissants sud-africains dans des activités militaires en dehors du territoire sans l'autorisation de la Commission nationale de contrôle des armes conventionnelles.
L'Organisation de l'unité africaine (OUA), qui a été remplacée par l'Union africaine (UA) en 2002, avait également adopté une position ferme par rapport aux mercenaires. Rolf Stainer, un mercenaire allemand, a été extradé d'Ouganda au Soudan pour avoir supporté des rebelles Anyanya au Sud Soudan aux débuts des années 1970.
L'OUA avait condamné le légendaire mercenaire français Bob Denard, qui était impliqué dans plusieurs coups d'Etat dans la nation insulaire des Comores dans l'océan Indien. Elle avait également fait pression sur le 'Executive Outcomes', une firme mercenaire maintenant défunte, pour qu'elle se retire de la Sierra Leone et de l'Angola.
Au moins deux des mercenaires présumés arrêtés au Zimbabwe ont eu des liens avec 'Executive Outcomes', qui était précédemment basée dans la capitale sud-africaine – Pretoria. La compagnie a fermé ses portes en 1999 en pleine campagne d'une mauvaise publicité et d'un examen rigoureux du parlement national.
Le ministre angolais des Affaires étrangères, Joan Miranda, aurait déclaré à la radio d'Etat qu'il croyait que les mercenaires avaient appartenu au redouté Bataillon 32 (connu également sous le nom de "Bataillon Buffalo") qui a dirigé l'offensive clandestine de l'Afrique du Sud en Namibie et en Angola durant les années 1970 et 80. Les réfugiés angolais constituaient une large composante du bataillon, qui a été dissout à la demande du Congrès national africain – le parti au pouvoir maintenant en Afrique du Sud.
Il y a de fortes chances que la ministre des Affaires étrangères d'Afrique du Sud, Nkosazana Dlamini-Zuma, soulève la question des mercenaires lorsque qu'elle conduira la délégation de son pays à la session inaugurale du PAP.

