LIBREVILLE, 11 mars (IPS) – Des associations et organismes sous-régionaux de défense des tortues marines sont mobilisés pour enrayer l'intensification de leur extermination le long des plages équatoriales d'Afrique centrale.
Selon des chiffres officiels, les proportions de l'extermination des tortues marines sont estimées à 45 pour cent lors de la période des pontes, de janvier à mars.
Les tortues marines sont considérées comme la composante la plus abondante de la biodiversité mondiale. Les espèces emblématiques en voie de disparition en Afrique sont représentées par la tortue luth dont le Gabon est une importante zone de reproduction. Ce reptile est présent tout le long des plages de la côte atlantique.
Nicaise Moulombi, président de l'organisation non gouvernementale (ONG) Croissance saine, environnement, déplore qu'un "violent conflit de compétence institutionnelle, dont la société civile est la spectatrice atterrée, secoue le monde de la conservation au Gabon".
Pour Moulombi, "si les principaux protagonistes du combat pour la protection des tortues marines et la gestion des parcs nationaux consentent à partager la même ambition pour le Gabon et la même visionà pour y arriver, cela déboucherait sur plus d'efficacité". L'inquiétude de l'ONG Croissance saine, environnement se justifie par "l'absence d'harmonie entre les différents intervenants chargés de préserver la flore et la faune gabonaises". Selon Aventures sans frontière (ASF), une ONG gabonaise, qui s'investit pour faire connaître et protéger les tortues marines, "les tortues sont des emblèmes de bonne santé de la zone côtière, aussi bien du point de vue de l'espace marin que de l'espace terrestre".
L'ASF, qui a mené sa première action en faveur des tortues en 1996 par un programme de marquage, de sensibilisation et de surveillance d'une zone de ponte de cinq kilomètres à la Pointe Denis, non loin de Libreville, la capitale gabonaise, soutient qu'il faut "maintenir l'équilibre des tortues marines, mais également organiser efficacement les surveillances des plages en période de ponte et assurer l'utilisation durable de cette ressource naturelle".
L'ASF, qui poursuit ses efforts pour protéger les tortues marines du parc national de Pongara, a choisi pour partenaires la Wild Life Conservation Society (WCS), le Fonds mondial pour la nature (WWF), le Programme de gestion de l'information environnementale (PRGIE) et le Programme régional de l'Afrique centrale pour l'environnement (CARPE).
Pour Guy Philippe Sounguet, président de l'ASF, "les difficultés logistiques et l'insuffisance des fonds n'ont pas permis de maintenir une équipe permanente sur les sites menacés ni de développer d'autres activités de surveillance des côtes".
"La tortue luth présente au Gabon est la plus grosse tortue marine du monde. Observable en haute mer, elle peut mesurer trois mètres de long et peser 850 kilos. Cinq des huit espèces mondiales de tortues marines sont : Caretta caretta, Chelonia mydas, Dermochelys Coriacea, Eretmochelys imbricata et lepidochelys olivacea", ajoute-t-il.
D'autres organisations s'indignent de constater que les textes sur la convention de Washington, relatifs au Commerce international des espèces de la faune et de la flore menacées d'extinction (CITES), ne sont pas appliqués par rapport aux tortues marines.
Elles souhaitent l'arrêt de la guerre de leadership entretenue sur les projets de conservation et de valorisation des parcs nationaux par le ministère de l'Economie forestière, et proposent plutôt le renforcement des capacités financières, humaines et institutionnelles pour l'autonomie du Conseil national des parcs nationaux (CNPN). Moulombi, qui plaide pour l'implication de la société civile et des ONG dans l'initiative des parcs nationaux du Gabon, est favorable à "une gestion participative des eaux gabonaises et de la forêt pour éviter tout paradigme conflictuel". Il se pose, selon lui, la problématique de la bonne gouvernance. Les ONG se disent déterminées à protéger la tortue luth prisée par les prédateurs pour sa chair, ses œufs et sa carapace. "La tortue luth est le plus grand reptile vivant car il existe sur la planète du temps des dinosaures, il y a plus de 65 millions d'années. Tous les ans, elle parcourt des milliers de kilomètres, traversant des océans entiers", explique Omer Toungou, consultant auprès du ministère gabonais de l'Environnement.
La femelle pond environ 120 œufs sur les plages tous les trois ou quatre ans dont un peu plus de la moitié éclot. De ce nombre, environ 45 pour cent des jeunes seront dévorés par des prédateurs avant d'atteindre l'océan.
Ceux qui y parviennent ne vivent souvent que quelques années, victimes de la chasse et d'accidents en mer.
"Même si les mâles ne touchent jamais terre et si les femelles n'y passent que quelques heures pour pondre, les tortues luths risquent l'extinction à cause des pressions exercées sur les plages par les humains, principaux prédateurs", souligne Toungou.
Les scientifiques croient aujourd'hui que c'est sur la côte ouest de l'Afrique équatoriale que se joue la survie de cette tortue.
Dans un ouvrage récent intitulé "Gabon : Paradis de la biodiversité", Michele Lee, une scientifique, écrit que "les tortues luth sont même en péril dans l'océan. En effet, souvent emmêlées dans les filets de pêche industrielle, elles se noient et sont rejetées comme prises accessoires non rentables. Elles meurent aussi parfois d'occlusion intestinale pour avoir avalé des sacs de plastique qu'elles ont pris pour des méduses".
La pollution de l'eau, dans les zones des champs pétrolifères du Gabon, affecte également la survie des tortues luths. Au Gabon, les tortues affectionnent la Pointe Pongara, située à l'ouest de Libreville, où elles viennent de partout pondre leurs oeufs. C'est à cette période que les braconniers tuent ces reptiles. Les côtes gabonaises abritent les tortues luths vertes, olivâtres et imbriquées.
Pour interdire la destruction des tortues marines, une opération d'information et de sensibilisation, à l'intention des populations locales, a été initiée pendant et après les pontes sur les plages, qui nécessitent 50 à 60 jours d'incubation.
Les associations environnementales déplorent que le "développement urbain, dans les zones de ponte, laisse peu de place aux tortues marines pour venir pondre sur les plages de leur naissance. Les tortues marines, qui font partie de l'ordre des chéloniens, sont omnivores et sont dotées d'une longue longévité".
Migrant souvent sur des centaines et des milliers de kilomètres, elles passent plus de temps en mer. Roberta Hiss, une directrice d'école, déclare : "Nous avons eu la chance d'observer des bébés tortues luths, mais également deux grosses femelles lors de leur montée lorsqu'elles sont venues pondre sur le rivage… Nous avons pu ramener à l'eau une femelle qui s'était égarée la nuit dans l'herbe".
Des dispositifs ont été mis en place pour expliquer aux élèves les objectifs assignés à l'ASF pour protéger les tortues marines afin qu'ils soient sensibilisés sur les méfaits du braconnage.
Le Gabon et le Congo-Brazzaville se sont engagés à protéger de larges bandes de plages pour y permettre la nidification des tortues luths. Les jeunes élèves de l'école américaine font des excursions à Pongara relativement aux sciences de la vie pour mieux comprendre les interactions entre l'homme et son milieu naturel.

