JOHANNESBURG, 10 mars (IPS) – La campagne pour les élections générales de l'Afrique du Sud, qui se tiendront le mois prochain, a atteint sa vitesse de croisière avec des politiciens se disputant pour obtenir l'adhésion des 20,7 millions d'électeurs inscrits.
"Les partis sont maintenant en pleine campagne électorale", déclare Khabele Matlosa de l'Institut électoral d'Afrique australe (EISA) basé à Johannesburg.
Deux des neuf provinces du pays sont le théâtre d'une campagne électorale particulièrement animée. "Les principaux partis semblent avoir leurs yeux fixés sur le KwaZulu-Natal et le Cap occidental", indique Matlosa, ajoutant : "Dans le reste des provinces, je crois que ce sera juste des formalités, rien de plus".
Les régions en question sont les deux seules provinces qui sont restées aux mains de l'opposition depuis la fin de l'apartheid en 1994. Maintenant, le Congrès national africain (ANC), au pouvoir, a résolument des visées sur elles.
A ce jour, le Kwazulu-Natal est resté un bastion de l'Inkatha Freedom Party (IFP). Cette province a également été la plus tendue durant la période qui a précédé les élections de 1994, selon l'EISA, avec l'impossibilité de battre campagne librement.
Selon Human Rights Watch, plus de 400 personnes avaient été tuées dans la violence politique pendant les dernières semaines avant l'élection de 1994 – principalement dans des affrontements entre des partisans de l'ANC et ceux de l'IFP. Des centaines d'autres ont également perdu la vie durant la violence politique en 1994.
Depuis les élections de 1999, l'IFP a tenté de transformer son image de nationaliste zulu et de parti traditionaliste en un parti faisant la promotion du pluralisme et de la liberté. Ce processus a toutefois connu un revers récemment.
La semaine dernière, Pallo Jordan, un haut responsable de l'ANC, a accusé l'Inkatha de perpétuer la violence au Kwazulu-Natal après la mort d'un certain nombre de personnes.
"J'ai vu la violence d'un côté. Je ne tente pas de blâmer l'autre parti – mais je pense que nous avons besoin de la tolérance zéro par rapport à la violence", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse des partis politiques, organisée par l'Association des correspondants étrangers (FCA) à Johannesburg le 1er mars.
Musa Zondi de l'IFP a souligné que Jordan avait été mal informé par les médias. "En tant que résident du KwaZulu-Natal, je me suis rendu compte que la presse attise toujours la campagne médiatique. En fait, les six personnes qui sont mortes au Kwazulu-Natal se sont révélées plus tard être des soûlards et des toxicomanes. Elles ne sont pas connues des deux partis (Inkatha et ANC)", a-t-il souligné.
Zondi a dit aux journalistes que l'IFP était attaché à un code de conduite électoral signé par la plupart des partis politiques d'Afrique du Sud.
Les mécanismes de vote dans les élections du 14 avril ne devraient pas beaucoup différer de ceux observés dans les précédentes élections, où l'ANC avait gagné haut la main.
Selon l'EISA, le parti au pouvoir jouit du soutien d'environ deux-tiers de l'électorat, avec des Noirs ruraux qui sont particulièrement attachés à l'ANC. A ce jour, les sondages d'opinion confirment ces perspectives : "Nous voulons avoir une forte majorité retentissante. La politique est une question de victoire. Nous obtiendrons au moins une majorité des deux-tiers", a déclaré Jordan.
Néanmoins, même les politiciens du parti au pouvoir devront se poser certaines questions difficiles dans la période précédant le scrutin – particulièrement sur la pauvreté généralisée qui continue d'accabler l'Afrique du Sud.
Le président Thabo Mbeki et des responsables de l'ANC ont fait face nez à nez à ce problème puisqu'ils ont fait une campagne de proximité dans les provinces de Gauteng et de Mpumulanga pendant le week-end.
Dans l'une des maisons, Mbeki a écouté une famille dont l'électricité et l'eau ont été coupées parce qu'ils ne pouvaient plus payer pour les services.
Selon un rapport publié le 7 mars par l'Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), près de 60 pour cent de Sud-Africains noirs vivent dans la pauvreté, comparés à trois pour cent de Blancs. Des disparités similaires se notent dans le domaine des compétences, l'éducation, les soins de santé, et de l'habitat.
Le ministre des Finances Trevor Manuel a dit au parlement en février, lorsqu'il prononçait son discours sur le budget, que le gouvernement avait fait des efforts concertés pour corriger la pauvreté et l'injustice à travers des dépenses publiques sur des programmes sociaux et économiques..
L'argent dépensé sur les services sociaux est passé de 44,4 pour cent des dépenses générales du gouvernement en 1982/83 à 56,7 pour cent en 2002/03.
"La plupart de nos dépenses, notamment dans les services sociaux, sont dirigés vers des groupes pauvres et vulnérables comme une base pour élargir la prospérité économique à travers le renforcement des capacités humaines", a déclaré Manuel.
Il a déclaré au parlement que le gouvernement avait construit 1,6 million de maisons pour les pauvres, 700 nouveaux centres de soins de santé primaires, et étendu les fournitures d'eau potable à quelque 9 millions de personnes. Des installations sanitaires avaient été fournies à 6,4 millions de personnes.
"Mais nous reconnaissons que la vulnérabilité reste profondément enracinée, exacerbée par le taux de chômage en hausse et les longues zones d'ombres projetées par la dislocation et l'exclusion du passé", a ajouté Manuel.
Un autre centre d'inquiétude est la désaffection des électeurs. "Inscrire des électeurs est une chose. Mais les encourager à voter est une autre tâche", estime Khabele.
"Il y a eu beaucoup d'anxiété et d'apathie par rapport aux jeunes qui ne s'inscrivaient pas pour voter en Afrique du Sud", ajoute Wole Olaleye, également de l'EISA.
"La Commission électorale indépendante a réussi à capter seulement 15 pour cent des jeunes", a-t-il indiqué à IPS, rendant l'insuffisance de l'éducation de l'électeur responsable de cette performance peu brillante.
Mais, le porte-parole de la commission, Victor Mukine, affirme que le fait que le taux d'inscription des électeurs soit passé de 34 pour cent à 43 pour cent entre 1999 et 2004 prouve une amélioration. "Ceci est un résultat de l'éducation des électeurs", a-t-il ajouté.
Quelque 142 partis politiques sont inscrits en Afrique du Sud. Selon la commission, seulement 37 disputeront les élections de 2004.

