KINSHASA, 12 mars (IPS) – Les médias audiovisuels congolais sont critiqués à cause de leur grande publicité et de l'utilisation abusive, par les femmes congolaises, des produits cosmétiques qui favorisent la dépigmentation de la peau.
Le président de la Haute autorité des médias (HAM), Modeste Mutinga, a interpellé, le 9 mars, à la fois, les fabricants des produits incriminés, les agents de l'Office congolais de contrôle (OCC) chargé d'en surveiller la conformité avec les normes nationales en la matière, ainsi que les maisons de radio et de télévision qui en font une large publicité en République démocratique du Congo (RDC). "Les entreprises fabriquant les produits de beauté, tirant profit de l'avantage qu'offre le support audiovisuel sur une population en majorité analphabète ou semi-lettrée, se sont ruées sur la radio et la télévision pour vanter les mérites, vrais ou supposés, des crèmes, lotions, et autres laits éclaircissant la peau sans tenir compte de leurs effets nocifs pour la santé des consommateurs et sans les prévenir du danger qu'ils encourent", déplore Mutinga. "Nous taire devant ces périls qui menacent gravement la femme et plus généralement la jeunesse congolaise, équivaudrait à commettre le délit de non assistance à personne en danger", ajoute le président de la HAM.
Le danger est d'autant plus grand que les produits incriminés se vendent partout dans le commerce général et en dehors des pharmacies. Des produits comme maxi-claire, top ou diprosone sont vantés ostensiblement comme ayant des propriétés capables d'éclaircir la peau alors qu'ils ne font que la dégrader. Fabriqués localement à Kinshasa, la capitale de la RDC, par des commerçants indo-pakistanais, ces produits ont la particularité d'être meilleur marché que ceux des officines pharmaceutiques pour le traitement de la peau. Les représentants des fabricants plaident non coupables, prenant à témoin l'OCC qui surveille de près la qualité de leurs produits. Moi Bongoma, qui travaille dans le service marketing de l'une de ces entreprises, estime que la production est fonction de la demande des consommateurs. "Nous sommes fabricants et il y a un marché favorable", a-t-il expliqué. "Quant à l'accusation qui nous est faite de vendre des produits nocifs, nous répondons que nous subissons le contrôle de l'OCC qui fixe le taux d'hydroquinone à ne pas dépasser". Mais, il ne faudrait pas jeter uniquement la pierre aux seuls fabricants des produits. Les services publics ont également une grande part de responsabilité dans la mesure où ce sont eux qui fixent les normes techniques aux fabricants et contrôlent la qualité des produits.
Pour Antho Kabamba, chimiste, directrice à l'Office congolais de contrôle, la RDC n'a pas de normes propres à elle. Ce qui fragilise d'autant le pouvoir de contrôle de l'OCC. Kabamba propose même "l'interdiction pure et simple de la fabrication de tous les produits cosmétiques à base de corticoïdes ou d'hydroquinone". Abondant dans le même sens, Dr Lola Kisanga, professeur à l'Université de Kisangani, dans l'est du pays, a démontré la nocivité de tous ces produits qui favorisent la dépigmentation de la peau des femmes noires au mépris des conséquences sur leur santé. "Les femmes, qui utilisent ces produits, développent des lésions locales sur la face, les bras ou les jambes et, d'une manière générale, sur les parties découvertes. La cortisone, qui est contenue dans les produits, fait partir la couche cornée de l'épiderme, entame le derme et parfois même l'hypoderme qui est la troisième couche de notre peau. Vous n'imaginez pas la gravité des dégâts sur la santé : le cancer et même la mort", explique Dr Kisanga. "Les radios et les télévisions, par des spots publicitaires ou des allusions indirectes, au cours des pièces théâtrales, sur les produits dépigmentant la peau, font la part trop belle aux services de marketing des entreprises", ajoute-t-il. Cette course effrénée des jeunes femmes congolaises vers une peau plus claire serait due à un certain engouement, bien que discutable, des males congolais pour des femmes à peau claire. Les femmes métisses auraient, semble-t-il, plus de chance de plaire aux hommes que celles qui ont la peau d'ébène. Selon une étude récente faite par l'ONG 'Femme et Famille', environ 90 pour cent de femmes, en milieu urbain, utilisent des produits pharmaceutiques pour rendre leur peau plus claire. Catherine Mayele, journaliste à Kinshasa, avoue avoir, certaines fois, recouru aux produits pharmaceutiques pour se faire éclaircir la peau, mais elle a dû vite arrêter, dit-elle, quand elle a remarqué "que la peau se dégradait dangereusement". L'utilisation des produits cosmétiques, favorisant la dépigmentation de la peau, est également courante dans plusieurs pays d'Afrique de l'ouest comme le Sénégal, le Nigeria, le Bénin, le Niger, le Mali, etc., où la pratique est souvent dénoncée par la presse. La Haute autorité des médias est une institution officielle nouvellement créée en RDC. Elle est chargée de réguler le fonctionnement les médias congolais. C'est sur la base de nombreuses plaintes des auditeurs et téléspectateurs que la HAM interpelle les parties concernées afin de trouver une solution à l'amiable.
Il y a un mois, la HAM est intervenue pour faire interdire la diffusion de la publicité sur les alcools avant 22 heures. Toutefois, les chaînes de radio et de télévision craignent, pour leur part, que les seules entreprises, qui fonctionnement encore dans le pays, ne retirent leurs annonces. "Cela risque de sonner le glas de l'audiovisuel privé", se plaint Albert Vanda de la Radio-Télévision du groupe l'avenir (RTGA).

