SANTE-TOGO: Les travailleuses du sexe préfèrent le préservatif féminin

LOME, 9 mars (IPS) – Marcelline Adjovi (pas de son vrai nom), prostituée vivant à Lomé, la capitale du Togo, se dit être plus en sécurité avec le préservatif féminin appelé 'fémidom'.

"Je n'ai pas trop confiance aux clients", avoue-t-elle, regrettant le fait que certains viennent les voir avec des préservatifs déchirés. "Je mets mon préservatif et je m'assure de l'avoir bien mis, et donc les risques sont réduits", déclare Adjovi.

Les femmes, qui font le commerce du sexe, ont pris conscience de l'importance de se protéger dans leurs activités. Selon Adjovi, 85 pour cent des travailleuses du sexe utilisent de "façon systématique" le préservatif au Togo.

"Avant d'adopter le fémidom, je n'acceptais plus les préservatifs de mes clients et je leur en donnais", dit Diana Akpé, une autre prostituée de Lomé. Grâce Adékola, prostituée de nationalité nigériane, affirme avoir vu mourir une de ses amies. "Nous savions que c'était le SIDA", indique-t-elle. Son décès a poussé Adékola à n'avoir confiance qu'en elle-même.

"Au début, les prostituées étaient réticentes, mais elles ont constaté, par la suite, que le préservatif féminin les protège même plus que le condom masculin", déclare Mensah Adadé, un démographe habitant dans la capitale togolaise.

"Le préservatif féminin augmente leur pouvoir de négociation du port du préservatif vis-à-vis de leurs clients", ajoute Adadé qui indique que certains hommes finissent par approuver le préservatif féminin. Kossi Hounkali, un employé de bureau, apprécie positivement le préservatif féminin. "Moi, je le qualifie de double protection parce qu'il ne permet aucun contact", affirme-t-il.

Le rapport 2003 de l'organisation non gouvernementale (ONG) Population service international (PSI-Togo), affirme que le préservatif féminin, exclusivement destiné aux travailleuses du sexe, est commercialisé de façon attrayante et vendu à travers un réseau de plus de 65 paires éducatrices travailleuses du sexe sur tout le territoire togolais.

Le rapport de PSI-Togo est annuel et n'est pas rendu public. Chaque année, l'ONG fait le point de la vente de ses produits et fait un rapport qu'on peut consulter auprès d'elle. La commercialisation du fémidom a débuté en août 1999 au Togo et depuis, plus de 37.405 condoms féminins ont été vendus. "Le fémidom constitue un moyen permettant aux femmes d'exercer leurs droits à se protéger lors des rapports sexuels", indique le rapport de PSI-Togo.

Depuis 1996, PSI-Togo a déjà vendu plus de 48.342.400 préservatifs masculins, dont 8.798.164 en 2002, soit près de deux condoms (en 2002) par habitant dans ce pays d'Afrique de l'ouest. Ensuite, d'après les statistiques de vente, PSI-Togo fournit 93 pour cent des condoms vendus au Togo.

Plusieurs programmes ont été lancés à l'intention des travailleuses du sexe. Le projet SIDA 3, initié par l'Agence canadienne pour le développement international (ACDI), s'est focalisé sur la prévention des infections sexuellement transmissibles (IST) et le VIH dans le groupe des travailleuses du sexe sur toute l'étendue du territoire togolais.

Des paires éducatrices, initiées par l'agence de coopération allemande GTZ, mènent des activités de sensibilisation dans des maisons closes. Une paire éducatrice est une éducatrice issue du milieu de la prostitution, qui a reçu une formation spécifique lui permettant de prodiguer des conseils à ces consours sur les modes de transmission du VIH/SIDA, les moyens de l'éviter et sur tous les aspects de la maladie. Elle continue ses activités professionnelles tout en prodiguant des conseils à ses paires prostituées. L'ONG Force en action pour le mieux-être de la mère et de l'enfant (FAMME) assure également cette activité. "Travailler avec les femmes à partenaires multiples, c'est une gageure, c'est très difficile et c'est pourquoi nous utilisons la stratégie de la paire éducation dans la communauté des femmes à partenaires multiples", affirme Dométo Sodji, directeur exécutif de FAMME.

"Nous identifions des jeunes filles et des femmes au sein de ce groupe et elles sont formées en technique de communication sur le VIH/SIDA et sont outillées pour transmettre le message à leurs sours et amies", ajoute-t-il.

Selon le Cadre stratégique national de lutte contre le SIDA, un document datant de mars 2001, la plupart des prostituées au Togo (85 pour cent) ne sont pas des autochtones et ce pourcentage n'est valable que pour les maisons closes. "Aujourd'hui, on assiste à un renforcement de la tendance, avec une augmentation de la prostitution ambulante et clandestine, et une nette diminution de la prostitution dans les maisons closes", souligne le document. L'ONG FAMME estime entre 2.000 et 3.000 le nombre de prostituées au Togo, qui compte une population de 4,527 millions habitants dont 51,3 pour cent sont des femmes. Environ 53,2 pour cent des femmes mariées vivent dans une union polygame. Le nombre cumulé de cas de SIDA de 1887 à 2000, officiellement enregistrés dans le pays, s'élève à 12.527 dont 81,5 pour cent touchent des sujets de 19 à 49 ans. La contamination par la voie sexuelle est de 85 pour cent, selon des statistiques officielles.