SANTE-AFRIQUE DU SUD: Les soins de santé de la reproduction, un travail enmarche

JOHANNESBURG, 9 mars (IPS) – Avec la commémoration par le monde de la Journée internationale de la femme cette semaine, les femmes en Afrique du Sud pourraient se retrouver en train de se demander quels avantages 10 ans de démocratie leur ont apportés notamment dans l'important domaine de la santé de la reproduction.

"Les femmes ont à des différents niveaux, et de diverses manières, accès aux services de santé de la reproduction", déclare Martha Molette, chargée de communication de l'Association pour la planification familiale d'Afrique du Sud (PPASA). Elle a indiqué à IPS que les femmes urbaines avaient généralement plus accès aux soins de santé que leurs sœurs rurales. Toutefois, les femmes dans les zones rurales étaient sans aucun doute plus conscientes de leurs options contraceptives qu'elles ne l'étaient il y a une décennie.

"L'éducation à la sexualité et aux connaissances de la vie a été introduite dans les écoles et le département de la Santé ainsi qu'un certain nombre d'ONG (organisations non gouvernementales) ont mené avec succès plusieurs campagnes sur une série de questions relatives à la santé sexuelle et de la reproduction", a indiqué Molete.

De la même façon, la PPASA gère un programme qui implique des agents de la santé allant de village en village, à pied, et procurant des conseils et des services contraceptifs, même dans les zones les plus reculées.

Molete a souligné que l'Afrique du Sud était confrontée à un problème important en ce sens que le condom féminin n'était pas largement disponible. Ce condom offre aux femmes un contrôle substantiel sur leur santé de la reproduction, comme il peut être inséré quelques heures avant les relations sexuelles et est plus efficace qu'un condom masculin.

L'impact social et économique du VIH/SIDA avait également ébranlé sérieusement l'infrastructure et les budgets en matière de soins de santé.

Par ailleurs, Molete a exprimé sa préoccupation au sujet de ce qu'elle a décrit comme un virement international à droite sur la question des droits à la reproduction – avec les Etats-Unis, en particulier, attaquant les organisations pro-avortement et encourageant seulement l'éducation sur l'abstinence. Une loi restrictive est actuellement en place, qui empêche l'aide américaine au planning familial aux pays étrangers d'aller à une quelconque organisation qui propose l'avortement aux femmes.

"L'Afrique du Sud est l'un des rares pays en Afrique, qui a légiféré en faveur de l'interruption des grossesses. Des milliers de femmes en Afrique meurent chaque année à cause des avortements clandestins et des complications qui en résultent", souligne Molete.

L'Afrique du Sud a reformé ses lois il y a sept ans pour offrir l'avortement gratuitement dans des centres de santé publics. Dans certaines régions toutefois, la mise en œuvre a eu du retard sur la politique.

Lucky Barnabas, une personne vivant avec le SIDA, qui travaille comme avocat au sein des communautés dans la province du KwaZulu Natal, dit que la plupart des femmes ne savent pas que les avortements sont disponibles et légaux. Celles qui se rendent dans les hôpitaux trouvent souvent que le procédé n'est pas aussi efficace que cela.

"Plusieurs femmes que j'ai rencontrées ont essayé de se faire avorter, mais ont été inutilement retardées à cause de longues listes d'attente.

Elles ratent alors le deuxième trimestre – ce qui rend l'avortement risqué", note Barnabas.

Le chercheur Anso Thom, dans un rapport rédigé pour l'ONG internationale pour la santé des femmes, Ipas, indique que la Loi de 1997 sur l'interruption de la grossesse (TOP) en Afrique du Sud stipule que les services d'avortement doivent être accessibles sur demande à une femme durant les 12 premières semaines de grossesse (le premier trimestre).

L'avortement durant le deuxième trimestre est envisagé si un professionnel de la santé estime que la grossesse pourrait constituer un risque pour le bien-être physique, mental ou social de la femme – ou est un résultat de viol ou d'inceste.

Barnabas a dit à IPS que de nombreuses séropositives, qui cherchaient à se faire avorter, auraient été rendues stériles sans leur autorisation. "Ces jeunes filles ont été rendues stériles bien que la névirapine soit disponible". (La névirapine est le médicament qui empêche la transmission du VIH/SIDA de la mère à l'enfant). Un rapport 2002 de l'Ipas a fait une observation similaire : "La stigmatisation des femmes vivant avec le VIH/SIDA, y compris la croyance selon laquelle elles ne devraient pas avoir des enfants, constitue également des obstacles significatifs. Par exemple, elles pourraient également faire l'objet de discrimination lorsqu'elles demandent des soins liés à la grossesse et à l'avortement dans les services de santé de plusieurs pays".

Il souligne par ailleurs que des femmes vivant avec le VIH/SIDA font face à de nombreux obstacles dans la prévention des grossesses non désirées, y compris un manque d'information concernant les méthodes contraceptives les plus appropriées.

Toutefois, "très peu de recherches ont été faites par rapport à l'impact de l'avortement clandestin sur les femmes vivant avec le VIH/SIDA, en comparaison avec des femmes séronégatives, même si les conséquences néfastes sur la santé peuvent être pires pour elles".

Le rapport "Choix de la reproduction et femmes vivant avec le VIH/SIDA", était basé sur une recherche et des entretiens menés en Australie, en Inde, au Kenya, en Afrique du Sud et en Thaïlande.

Selon Thom, plus d'un quart de femmes sud-africaines ont eu accès à l'avortement depuis l'introduction de la TOP. Toutefois, il y a encore de grands écarts lorsqu'il s'agit de sensibiliser et d'uniformiser les services à travers le pays – notamment en zones rurales.

Pour sa part, la PPASA croit que l'une des clés pour le succès de la mise en œuvre de la TOP consiste à amener les hommes à supporter des partenaires qui choisissent d'utiliser des services de l'avortement. C'est pour cela que l'organisation a lancé une initiative "Hommes comme partenaires" qui utilise l'éducation et des programmes de formation pour mettre l'accent sur le rôle des hommes dans les questions de santé de la reproduction.

"Le programme utilise des ateliers sur les connaissances de la vie, qui incluent la sexualité, le genre, la santé sexuelle de l'homme et de la femme, les relations, la violence sexuelle, et la violence conjugale", explique Molete. Jusqu'ici, le programme a été utilisé avec succès dans des prisons, des hôtels et dans diverses communautés.