BUJUMBURA, 8 mars (IPS) – Le lac de Gacamirinda, d'une superficie de deux kilomètres carrés, est menacé de disparition dans la province de Kirundo, dans la commune de Bugabira, dans le nord-est du Burundi.
Pour Philippe Njoni, gouverneur de la province de Kirundo, "la longue période de sécheresse allant de 1998 à 2001, la destruction en aval de la végétation naturelle faite de papyrus qui servait de tampon pour retenir l'eau du lac, aujourd'hui remplacée par des cultures de toutes sortes, sont autant de facteurs à l'origine de l'assèchement progressif du lac Gacamirindi".
"Nous étions entre l'enclume et le marteau devant une population qui fuyait en masse la famine vers le Rwanda voisin", a indiqué Njoni, expliquant que "la population a aussitôt pratiqué les cultures de bas-fonds comme la colocase, le bananier, le sorgho, mais d'une façon anarchique dans les périmètres aux alentours". Le représentant légal de l'Association 'Biraturaba' (qui signifie en français : cela nous concerne), Emmanuel Nshimirimana, membre du Réseau d'évaluation des impacts environnementaux dans les pays des Grands Lacs, affirme : "L'exploitation sans étude préalable, l'absence des pluies au nord du Burundi et l'évaporation très forte dans la région ainsi que des éboulements si fréquents sont les facteurs qui risquent de précipiter l'assèchement total du lac".
L'assèchement progressif de ce joyau de la nature comporte des conséquences néfastes sur la nature, soulignent les environnementalistes. "Le bouchon, jadis destiné à réguler les régimes hydrologiques des eaux du lac et de la rivière Akanyaru, a disparu, laissant place à des cultures de collines. Ce marais étant d'ailleurs exploité toutes les saisons car la nappe phréatique s'est rabattue de plusieurs dizaines de centimètres. Pour le moment, plus de la moitié du lac a disparu, d'environ 1,25 kilomètre carré, laissant place aux bananeraies", indique un rapport d'experts qui se sont rendus sur les lieux en janvier dernier. Le rapport de trois pages, qui n'a pas été publié officiellement, était adressé spécialement au gouverneur de la province de Kirundo. Selon le même rapport, les "perturbations de cet écosystème ont provoqué des répercussions sur le régime hydrique, notamment la diminution du niveau d'eau, d'où un réchauffement d'eau avec des conséquences néfastes sur la faune et la flore aquatiques".
"Le changement de cet écosystème a introduit une autre espèce d'oiseaux de l'ordre des échassiers qui sont des prédateurs pour le poisson", précise le directeur de département du Génie rural et de la protection du patrimoine foncier, Bonaventure Gakukwe. Vincent Nzisabira, président de l'Association de l'eau dans la commune Bugabira – dans laquelle se trouve Gacamirinda – déclare que l'eau est devenue une denrée rare. "Des gens font facilement quatre à six kilomètres à la recherche de l'eau potable qui est devenue presque comme de la boue".
"C'est le cinquième lac sur les huit lacs que compte la province de Kirundo, après Cohoha, Rweru, Rwihinda et Kanzigiri, et avant Narugazi et Mwungere quand l'on regarde la superficie", lit-on dans une note du cabinet du gouverneur de Kirundo, adressée, le 16 septembre 2003, au ministre de l'Aménagement du Territoire et du Tourisme. La note sollicitait une intervention pour sauver le lac Gacamirinda en voie de disparition. Selon Alphonse Niyongere, de la direction du Projet des travaux publics et de création d'emploi (PTPCE), un projet sera financé au cours de cette année pour accroître l'eau dans la province. "Les études sont en cours pour une production en alimentation de l'eau potable sur sept kilomètres", a-t-il dit. Le projet a été présenté au gouvernement par les autorités de la commune Bugabira dans laquelle se trouve le lac en disparition.
Le gouvernement préconise des stratégies pour sauver le lac Gacamirinda. Le ministère burundais en charge de l'Environnement a déjà proposé un programme d'aménagement de la rivière Akanyaru pour augmenter la superficie cultivable, et limiter la pression autour du lac Gacamirindi. Mais, la rivière Akanyaru est transfrontalière avec le Rwanda voisin. "Nous allons nous entendre avec le Rwanda pour mener des actions similaires. Au cours de cette année, on réalisera des études de faisabilité, puis des contacts diplomatiques avant d'entamer le projet", déclare Savatore Ndabirore, conseiller chargé des questions forestières et d'aménagement des bassins versants.
Pour éviter la disparition du lac Gacamirindi, Gakukwe, du département de Génie rural et de la protection du patrimoine foncier, propose "un aménagement intégral en amont du bassin versant". En aval, souligne-t-il, "il faut établir une mise en défense d'une zone de plus de 525 hectares entre le lac et la rivière Nyavyamo". D'autres actions sont envisagées, notamment un atelier régional sur la biodiversité dans la province de Kirundo, vers les 15 et 16 de ce mois.
Selon Njoni, gouverneur de la province, "il sera question de tous les problèmes de l'environnement, entre autres, la réserve naturelle du lac Rwihinda, du lac Gacamirindi et des réserves de Murehe dans la commune de Busoni", voisine de Bugabira.
La province de Kirundo, frontalière avec le Rwanda et la Tanzanie, qui s'étend sur une superficie 1.700 kilomètres carrés, dont 160 km2 sont occupés par des lacs, regorge une bonne partie du réseau hydraulique du Burundi. Mais, c'est également la région qui, au cours de l'histoire, a été frappé par des famines cycliques.

