MEDIA-RD CONGO: La presse nationale se dote d'un observatoire

KINSHASA, 6 mars (IPS) – Un observatoire des médias pour rappeler les journalistes à l'ordre de la déontologie et de l'éthique, pour plus de professionnalisme, tel est le principal résultat du 3ème congrès de la presse du Congo qui s'est achevé Kinshasa, la capitale, le samedi, 6 mars.

Pendant six jours, 213 professionnels des médias – dont une trentaine de femmes – venus de toutes les 11 provinces du pays ont fait l'autocritique de la profession telle qu'elle se pratique actuellement en République démocratique du Congo (RDC). Le paysage médiatique congolais s'est beaucoup métamorphosé en 15 années de flottement politique, de marasme économique accentué par des guerres civiles et conflits inter-Etats. Quinze ans d'inactivité de l'Union de la presse du Congo (UPC) qui, pour la circonstance, a changé d'appellation pour devenir l'Union nationale de la presse du Congo (UNPC). A la difficulté de pouvoir convoquer normalement son congrès ordinaire, pour des raisons essentiellement économiques, s'ajoutait, pour l'ancienne union, le problème du contrôle sur ses membres œuvrant dans les territoires sous contrôle des différentes rébellions. Beaucoup de jeunes journalistes sont entrés dans la profession, sans la formation nécessaire et sans autres repères que ce qu'ils voyaient pratiquer dans la presse locale, souvent sous le contrôle de courants politiques ou de puissances d'argent. Il était donc devenu nécessaire de remettre de l'ordre dans la profession à la faveur de la réunification du pays. "Il a été question non seulement de débattre de la structure même de la profession, mais également des conditions de travail du journaliste congolais", a expliqué, à IPS, Modeste Mutinga, président de la Haute autorité des médias (HAM), l'institution publique et officielle de régulation des médias en RDC, créée à l'issue du dialogue inter-congolais.

La HAM est chargée de s'occuper du règlement des problèmes des médias pendant la période actuelle de transition politique, jusqu'aux élections générales dans moins de deux ans. "Le journaliste doit maintenant apprendre à travailler dans un environnement démocratique et de pluralisme politique. Le journaliste congolais travaille dans des conditions matérielles difficiles. Livré littéralement à la merci de son employeur, il exerce sa profession sans contrat de travail et, donc, sans salaire minimum garanti. On ne peut demander au journaliste de bien faire son travail que s'il est sécurisé sur le plan des conditions matérielles", a-t-il dit.

Le paysage médiatique congolais actuel s'est enrichi d'un nombre de plus en plus croissant de radios et télévisions de proximité dites associatives et communautaires, spécialement dans les territoires sous contrôle des rébellions. A celles-là, s'ajoutent une floraison de radios et télévisions confessionnelles dont le discours messianique a beaucoup d'emprise sur les jeunes esprits non aguerris, en cette période de crise économique. Ce qui inquiète bon nombre de parents congolais. "Il était temps que nous débattions de tous ces problèmes de radios et télévisions confessionnelles", estime Anne Tumba, congressiste de la délégation de la province du Kasai oriental. "Ces radios et télévisions diffusent, à longueur de journée, des possibilités d'enrichissement miraculeux et de voyage en Europe, qui démotivent les jeunes sur l'effort à fournir pour leur propre développement".

Mère de quatre enfants, Tumba a vu beaucoup de jeunes de son quartier abandonner l'école pour suivre des pasteurs faiseurs de miracles. Aussi a-t-elle lutté pour que des parents d'élèves soient représentés dans l'observatoire de la presse nouvellement créé afin d'apporter leur contribution à l'assainissement des mœurs dans les médias congolais.

Le congrès de l'UNPC a également connu une participation très significative des femmes des médias. Bien que très minoritaires, elles n'ont pas manqué d'ambitions ni de moyens pour exprimer leur détermination. Elles ont, en effet, réussi à décrocher deux postes importants dans le comité directeur de l'union. Chantal Kanyimbo, rédactrice en chef à la télévision nationale, a été élue première vice-présidente de l'union tandis que Jacqueline Mulanga a décroché le poste de trésorière générale. "Je suis heureuse de constater que les journalistes congolais ont fait confiance en la femme journaliste que je suis", a déclaré Kanyimbo, après le scrutin. "Je suis sûre qu'ils ont plus voté pour la journaliste Kanyimbo que pour la femme que je suis également car je dirige une rédaction où il n'y a pas que des femmes".

Il y a de plus en plus de journalistes femmes dans les rédactions à Kinshasa comme dans les provinces. Rose Lukano a représenté, en même temps la province du Katanga, dans le sud-est, et Radio France Internationale (RFI) dont elle la correspondante dans sa province : "Je suis fière de voir Mme Chantal Kanyimbo briguer et décrocher le poste de première vice-présidente de l'UNPC", indique-t-elle.

"Il y a eu 30 femmes congressistes, contrairement au précédent congrès auquel n'avaient été invitées que deux femmes et à titre d'observatrices.

Au Katanga, je pousse les femmes journalistes à mieux s'affirmer dans la profession et je crois que dans cinq ans, les femmes congolaises auront une place significative dans la corporation", ajoute Lukano.