POLITIQUE-MALAWI: Des allégations de partialité de la presse minent lacampagne électorale

BLANTYRE, 5 mars (IPS) – Des accusations de parti pris politique s'accumulent contre la radio d'Etat du Malawi dans la période qui précède les élections générales prévues pour le 18 mai. Dans la dernière salve à être tirée, un groupe de leaders religieux a demandé aux tribunaux d'assurer un temps d'antenne égal à tous les partis politiques.

Le procès contre l'Office de radiodiffusion du Malawi (MBC) a été intenté par une organisation dénommée Public Affairs Committee (Commission des affaires publiques) (PAC). Ce groupe accuse l'office d'accorder une préférence au Front démocratique uni (UDF) au pouvoir dans sa couverture pré-électorale. L'unique station de télévision du Malawi – Télévision du Malawi (TVM), appartenant également à l'Etat – est accusée du même parti pris. "Le fondement de notre procès est de faire en sorte que les antennes soient ouvertes à tous les partis politiques", affirme Boniface Tamani, président de la PAC. "En faisant cela, nous allons niveler le terrain et fixer une norme dans un futur où tous les partis politiques seront assurés d'une couverture égale durant chaque élection".

La PAC fait remarquer que les meetings du président Bakili Muluzi et d'autres hauts responsables de l'UDF sont couverts en direct par la presse d'Etat, et ensuite rediffusés dans la soirée. Lorsque l'opposition tient des meetings similaires, ils sont à peine mentionnés dans des bulletins. "Le seul moment où l'opposition est couverte est lorsqu'il y a des querelles internes entre ses membres ou qu'ils se contredisent les uns les autres", affirme Lowani Mtonga de la section malawite de l'Institut des médias d'Afrique australe (NAMISA).

Bon nombre de pays donateurs semblent être de cet avis.

L'Union européenne, le Royaume-Uni, la France, l'Allemagne et la Norvège se sont joints au Programme des Nations Unies de développement pour fait paraître un communiqué sur la question. Ils soulignent que c'est regrettable que la TVM et le MBC offrent au public des informations dominées par des reportages favorisant implicitement ou explicitement le parti au pouvoir.

"Nous craignons que ce reportage partial par les seuls organes couvrant l'ensemble du territoire, n'ait un impact négatif sérieux sur les chances d'une élection libre et équitable", ajoute le communiqué.

Toutefois, le rédacteur en chef de la TVM – Wellington Kuntaja – a dit à IPS que l'opposition n'était pas suffisamment couverte parce qu'elle avait cessé d'inviter les journalistes de la station pour couvrir ses manifestations.

"Ils ne communiquent jamais. Ils disent toujours que 'nous (TVM) sommes des pantins de l'UDF', nous craignons donc pour nos vies", a-t-il ajouté.

Kuntaja souligne qu'en vue d'assurer une couverture impartiale de la campagne électorale, la TVM a adhéré à une commission qui inclut le MBC, la Commission électorale du Malawi et l'Autorité de régulation des communications du Malawi. Ce groupe élabore actuellement un plan qui veillera à ce qu'aucun parti politique ne se sente roulé par les médias d'Etat.

La commission a été créée le mois dernier après le retour des membres des quatre institutions d'un voyage en Afrique du Sud où ils ont eu des discussions avec la Commission électorale indépendante, l'Autorité indépendante de communication d'Afrique du Sud et l'Office de radiodiffusion sud-africain (SABC).

Pour sa part, la responsable des relations publiques du MBC, Edith Tsirizani, aurait indiqué qu'il revenait seulement au public Malawi de se prononcer sur la couverture de l'office.

Le formateur en journalisme Zeleza Manda du Conseil des médias du Malawi dit que la partialité politique n'est pas nouvelle par rapport aux médias d'Etat dans le pays.

"Le gouvernement de l'ancien Parti du Congrès du Malawi avait une forte emprise sur les médias et c'est de cela qu'a hérité l'UDF. La culture de la liberté de la presse et des médias indépendants n'est pas entrée dans la tête de nos politiciens actuels ", a-t-il indiqué à IPS.

N'ayant pas envie d'être vus sous le même jour que le MBC, les deux quotidiens nationaux prennent des dispositions pour insister sur leur indépendance éditoriale.

Les éditeurs du 'Daily Times' et sa sœur hebdomadaire, le 'Malawi News', ont écrit une lettre aux journalistes travaillant pour les publications, leur rappelant d'être impartiaux dans la période qui précède le 18 mai. Et, l'éditeur de 'The Nation' a publié deux pages entières de publicité déclarant que le journal n'était pas partisan.

Mais, comme l'ont remarqué des analystes des médias, 'The Nation' appartient à la fille d'Aleke Banda, président du Mouvement populaire progressiste de l'opposition. Ceci crée une situation où d'autres partis pourraient recevoir un traitement défavorable de la part du journal.

De même, le 'Daily Times' pourrait favoriser le parti au pouvoir. Le directeur de publication, Cassim Chilumpha, est candidat au poste de vice-président de l'UDF dans la prochaine élection.

"Ces journaux, qui affirment être indépendants, ont parfois tendance à prendre parti", estime Innocent Chitosi, chargé de recherche à la NAMISA – et journaliste ayant travaillé pour les deux quotidiens.

Nichola Dausi, secrétaire à la propagande du Parti du congrès du Malawi, de l'opposition, ajoute : "En fin de compte, tous les médias resteront partiaux à cause des antécédents de leurs propriétaires".