JOHANNESBURG, 2 mars (IPS) – L'ancien président haïtien, Jean-Bertrand Aristide, qui a fui un assaut rebelle dimanche, est à la recherche d'un nouveau pays d'accueil et il semble qu'il pourrait trouver asile en Afrique du Sud.
Aristide est arrivé à Bangui, la capitale de la République centrafricaine (RCA), lundi (1er mars) avec son entourage immédiat, dont sa femme.
Il a démissionné de son poste durant le week-end pour éviter ce qu'il a appelé un "bain de sang", ceci après des mois de tension politique qui a commencé dans la ville occidentale de Gonaives. Les rebelles ont pris le contrôle de Cap Haïtien, la deuxième grande ville de Haïti, il y a une semaine. Au moment où Aristide quittait sous une forte escorte de la marine américaine, des forces rebelles se rapprochaient de la capitale, Port-au-Prince.
Des informations en provenance de Bangui indiquaient qu'on avait offert à Aristide un asile temporaire en RCA, mais qu'il continuerait son voyage sur l'Afrique du Sud après quelques jours. Le Maroc et Taiwan ont tous deux rejeté la demande d'asile politique d'Aristide.
Toutefois, le vice-ministre des Affaires étrangères d'Afrique du Sud, Aziz Pahad, a dit aux journalistes lundi que Pretoria n'avait encore reçu aucune demande d'asile de l'ancien dirigeant haïtien. "Une telle demande, si elle est reçue, devrait être approuvée par le gouvernement", a-t-il déclaré.
Le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique, a indiqué qu'il s'opposerait à toute démarche visant à héberger Aristide.
"Nous n'avons aucun intérêt réel en Haïti", a déclaré, à IPS, lundi, Douglas Gibson, un éminent membre de l'Alliance démocratique. "Les Etats-Unis, la France et tous les pays des Caraïbes, qui ont des frontières avec Haïti, ont des intérêts là".
"Ce qui se passe en Haïti n'est pas notre affaire. Nous devrions rester en dehors de cela", a ajouté Gibson.
Mais Pallo Jordan du Congrès national africain (ANC), au pouvoir, n'est pas de cet avis.
"En principe, je ne vois aucun problème à ce qu'on accorde un asile politique à Aristide. Il est le président démocratiquement élu de Haïti. Il n'est pas le Duvalier 'Papa Doc' ou 'Bébé Doc' (les dictateurs père et fils qui ont dirigé Haïti avant que Aristide ne prenne le pouvoir). Il pourrait s'être comporté comme un voyou quand il était au pouvoir. Mais tant de présidents ont fait cela", a-t-il affirmé à une conférence de presse à Johannesburg lundi.
François Duvalier (Papa Doc) est mort au pouvoir en 1971 après avoir nommé son fils âgé de 19 ans, Jean-Claude Duvalier (Bébé Doc), comme son successeur.
Suite à un soulèvement sanglant en 1986, le plus jeune Duvalier s'est enfui pour un exil en France.
"Ce que j'en déduis est que les rebelles sont des partisans des Duvalier.
Nous connaissons les antécédents des gens qui tentent de renverser Aristide", a souligné Jordan. "Il aurait été nécessaire que la communauté internationale soutienne le gouvernement élu en Haïti".
Mais, lorsqu'on lui a demandé s'il aurait approuvé une décision en faveur de l'envoi, par l'Afrique du Sud, d'armes et de soldats pour appuyer le gouvernement d'Aristide, Jordan a répondu : "Non. Je ne soutiendrai pas cela".
Les liens de l'Afrique du Sud avec cet Etat des Caraïbes ont été renforcés l'année dernière lorsque le président Thabo Mbeki a pris part aux célébrations marquant le bicentenaire de l'indépendance à Haïti. Sous la direction de Toussaint Louverture, l'île est devenue la première République noire indépendante, après une révolte d'esclaves.
Mbeki a également fait don de 1,5 million de dollars à l'île pauvre.
Ronnie Mamoepa, porte-parole du ministère sud-africain des Affaires étrangères, a exhorté la communauté internationale dimanche à ne pas laisser les rebelles prendre le pouvoir à Port-au-Prince.
"La communauté internationale ne doit pas laisser les 'rebelles' – dont bon nombre de responsables sont des criminels tristement célèbres, auteurs de graves violations des droits de l'Homme – décider de l'avenir de Haïti", a-t-il indiqué dans une déclaration.
"La communauté internationale doit agir avec fermeté pour empêcher la situation de se détériorer davantage et de virer vers l'anarchie et le désordre, dans le but de créer un climat favorable au dialogue entre Haïtiens, et de trouver une solution durable aux défis auxquels est confronté leur pays".
L'Union africaine forte de 53 nations a également appelé à un règlement politique pacifique en Haïti.
Comme une partie de leurs efforts pour rétablir l'ordre, les Etats-Unis ont dit qu'ils enverraient jusqu'à 500 soldats à Haïti. La France a accepté de déployer 300 soldats – tandis que le Brésil et le Canada ont indiqué qu'ils fourniraient également des troupes à l'effort de maintien de la paix.
Le déploiement des troupes vient juste 10 ans après l'envoi, par l'ancien président américain Bill Clinton, de 20.000 hommes pour rétablir Aristide au pouvoir. L'ancien président haïtien est devenu pour la première fois président en décembre 1990, mais a été déposé dans un coup d'Etat militaire l'année suivante.
Faisant fi d'une disposition constitutionnelle interdisant deux mandats consécutifs, Aristide a quitté le pouvoir en 1995, mais s'est encore représenté à la présidence dans une élection en 2000 – qu'il a remportée dans des conditions douteuses. L'opposition n'avait pas reconnu les résultats de ce scrutin, quelque chose qui avait conduit aux manifestations anti-gouvernementales devenues beaucoup plus bruyantes l'année dernière.
La recrudescence des crises politiques et économiques en Haïti a poussé les Etats-Unis et l'ancienne puissance coloniale, la France, à faire pression sur Aristide pour qu'il démissionne.

