COTONOU, 1 mars (IPS) – Un journaliste initie un projet culturel dénommé Bénin Passion, qui consiste à éditer sur support numérique – des chansons africaines célèbres des années 60 et 70 aujourd'hui menacées de disparition, notamment en Afrique de l'ouest.
"Bénin passion, c'est quatre albums produits en quatre ans, c'est 46 titres sauvés de l'oubli et de la disparition, c'est une vingtaine de bibliographies rédigées pour les bibliothèques africaines, c'est un hommage rendu à de grands noms de la musique africaine, c'est un voyage au cœur de la musique africaine des années 60 et 70…", déclare Jean-Luc Akplogan, initiateur de Bénin Passion. La saga de Bénin Passion a commencé en juin 2000 avec la sortie du premier album, puis en novembre 2001 avec Bénin Passion 2. Elle s'est confirmée le 28 février à Cotonou, au Bénin, avec la sortie des albums 3 et 4 de Bénin Passion. Le concept Bénin Passion vise à "ressusciter et immortaliser sur support pérenne les succès des années 60 et 70, promouvoir, soutenir et accompagner toutes les célébrités africaines". Son credo : "Il ne suffit pas d'avoir de la mémoire, il faut la préserver", explique Akplogan, qui est également journaliste correspondant de Radio France internationale (RFI) au Bénin et au Nigeria. Bénin Passion, au départ, ne visait que des chansons béninoises, d'où le nom de l'initiative. Mais le volume 4 de la saga, intitulé "Les sucrées de Bella Bellow", montre que les ambitions de l'initiateur vont bien au-delà de son pays, le Bénin. Cet album consacre la dimension internationale de l'aventure puisque ce volume 4 reprend sept titres de Bella Bellow, une célèbre artiste togolaise disparue dans un tragique accident de la circulation en 1974. Le volume 3, intitulé "Génération Vickey", rend hommage à un grand nom de la musique béninoise, un virtuose des années 60, du nom de Gustave Gbénou Vickey, alias GG Vickey, 65 ans, auteur de chansons à succès comme "Vive les mariés", jouée souvent aux cérémonies de mariage depuis sa sortie, en 1964, jusqu'à ce jour; "Gentleman Vickey", une chanson adorée notamment par les femmes; et "Le lac Ahémé" qui est une poésie, etc. Bénin Passion 2 rendait déjà hommage à 14 artistes béninois au nombre desquels GG Vickey, mais également Gnonnas Pedro, un ancien de la musique béninoise, aujourd'hui membre du groupe de réputation mondiale, Africando. Quant au volume 1 de Bénin Passion, le premier de la saga, celui par qui le succès est arrivé, il reprenait 11 titres des années 60 et 70, et avait obtenu un succès immédiat. "Il y a un travail de sauvegarde et de revivification du patrimoine musical africain qui se fait à travers Bénin Passion et auquel RFI entend contribuer", déclare Jean-Paul Cluzel, président directeur général de RFI, venu à Cotonou à la tête d'une importante délégation de sa radio, pour appuyer le lancement des volumes 3 et 4 de la collection. Bénin Passion permet de mettre sur support numérique pérenne une partie de la production musicale africaine des 40 dernières années. "C'est cet aspect de sauvegarde du patrimoine musical africain qui intéresse surtout RFI parce que si rien n'est fait, toutes ces musiques vont disparaître dans peu de temps", explique Cluzel. Il y a très longtemps, dit-il, que la France a eu à faire la même chose pour sa musique. "Aujourd'hui, tous les succès français du début du siècle sont sur support numérique et ne sont plus menacés de ce point de vue-là…", confie-t-il. La même chose doit être faite pour le patrimoine radiophonique et télévisuel africain des années d'indépendance, en 1960, qui est également menacé de disparition tout comme le patrimoine musical parce que conservé sur des supports qui ne durent pas, fait-il remarquer. "Si rien n'est fait d'ici-là, c'est à Paris ou dans d'autres capitales européennes que les Africains iront consulter leurs archives sonores des quarante dernières années, comme c'est déjà le cas pour les archives coloniales", avertit Cluzel. RFI offre une promotion sans limite, sur ses antennes, aux albums de Bénin Passion avec une diffusion de 60 messages publicitaires. En outre, toutes les émissions culturelles de la chaîne parleront des albums et du concept Bénin Passion; et des interviews seront réalisées avec les artistes pour promouvoir les albums. Aïcha Koné, artiste ivoirienne, marraine de Bénin Passion, déclare avoir accepté de parrainer l'événement parce que "ces artistes ont du talent et méritent d'être réhabilités". Eric Thompson, un artiste béninois, affirme qu'il se souvient de son enfance quand il écoute les chansons de Bénin Passion. "Je me rappelle surtout que j'apprenais toutes ces mélodies par cœur". "Plus qu'une action de préservation de la mémoire culturelle, il s'agit d'une grande œuvre de création et d'amour", estime Mireile Bokpè-Anoumou, une mélomane de la musique. Toutefois, Edith Ezin, comme beaucoup d'autres mélomanes, reproche au producteur de Bénin Passion de "ne pas savoir dire non à certains artistes et de sélectionner souvent leurs chansons même si ce ne sont pas de grands succès du passé". L'initiative culturelle de Bénin Passion est également appuyée par d'autres médias internationaux ainsi que par Ecobank, une banque régionale de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) et d'autres entreprises béninoises.

