DEVELOPPEMENT: Les problèmes de l'eau demeurent entiers en Afrique

LOME, 3 mars (IPS) – "L'eau que je puise est très rouge, mais nous n'avons que ça, alors nous la buvons", témoigne Bilao Tchaa, 11 ans, élève en classe de 6ème à Adjengré, une localité située à 300 kilomètres au nord de Lomé, la capitale du Togo.

"Il n'y a pas de fontaine dans mon village", affirme Tchaa, ajoutant : "Tôt chaque matin, je dois faire trois kilomètres pour aller chercher de l'eau dans une rivière et chaque soir, de retour des classes, je fais encore le même trajet". L'accès à l'eau potable demeure donc un problème crucial dans ce pays d'Afrique de l'ouest, d'environ 4,5 millions d'habitants. Au Togo, en dépit des 12 milliards de mètres cubes d'eau de surface disponible par an et des 9 milliards de mètres cubes d'eau souterraine dont dispose le pays, des milliers de femmes et d'enfants font en moyenne six kilomètres par jour à la recherche de l'eau.

"A peine les besoins de 40 pour cent seulement de la population totale du pays sont assurés en eau potable", reconnaît Adjaora Amétiagbé, conseiller technique au ministère de l'Environnement du Togo.

Les rares sources d'eau dont disposent certaines localités sont polluées, mais les populations ne peuvent pas s'en passer. "La situation va empirer si chacun d'entre nous n'adopte pas des comportements durables dans la gestion de l'eau et si rien n'est fait à l'endroit des hameaux les plus reculés", affirme Séna Alouka, président de l'association des Jeunes volontaires pour l'environnement (JVE).

"Le problème d'eau ne touche pas que les zones reculées; bien que nous soyons dans la capitale, nous avons des difficultés pour nous approvisionner en eau potable", souligne Amavi Djogbéma, ménagère à Lomé.

"Nous passons notre soirée dans des files d'attente pour avoir juste un peu d'eau".

La situation de l'eau exige donc une solution urgente au Togo et dans plusieurs autres pays africains. "Le Bénin doit faire face à des besoins toujours croissants et aux urgences exprimées de partout avec insistance", lit-on dans un document élaboré en 2002 par la direction de l'hydraulique de ce pays voisin du Togo. Le Bénin compte 6,7 millions d'habitants. Selon Alpha Oumar Konaré, président de la Commission de l'union africaine (UA), plus de 450 millions d'Africains n'ont pas accès à l'eau potable, soit un Africain sur deux.

Konaré, qui s'exprimait au récent sommet extraordinaire de l'UA à Syrte, en Libye, le 27 février, estime que la question de l'eau est l'un des plus grands défis du 21ème siècle pour le développement durable en Afrique.

Des experts de l'UA indiquent que l'Afrique dispose de 9 pour cent des ressources en eau douce du monde, mais elles sont inégalement réparties, mal utilisées et menacées de pollution. Pourtant, le continent compte environ 12 pour cent de la population mondiale.

Le Programme mondial pour l'évaluation des ressources en eau estime que la République démocratique du Congo (RDC) est le pays le plus arrosé, avec 25 pour cent des ressources d'eau disponibles en Afrique, et la Mauritanie le pays le plus sec avec 0,001 pour cent. L'Afrique de l'ouest et du centre reçoit des précipitations nettement plus importantes que le Maghreb, la Corne et le sud de l'Afrique.

Les mêmes experts affirment cependant, dans un document de l'UA, que le continent pourrait disposer d'assez d'eau pour faire face à ses besoins de développement si son utilisation était équitable.

Selon les Nations Unies, seulement 64 pour cent de la population africaine a accès à l'eau potable.

Par ailleurs, 60 pour cent de la production vivrière africaine provient d'une agriculture non irriguée. Pourtant, l'Afrique renferme plus de 1.200 barrages dont certains parmi les plus grands du monde.

Le Panel international sur le changement climatique (IPCC), basé à Genève, a soulevé également, lors de la réunion des experts de l'UA à Syrte, la vulnérabilité du continent africain aux changements climatiques. Selon l'IPCC, 25 pays africains devraient connaître des pénuries d'eau ou des "stress hydriques" dans les 20 à 30 prochaines années.

Aussi, les chefs d'Etat et de gouvernement d'une quarantaine de pays africains, réunis à Syrte au sommet extraordinaire de l'Union africaine, ont-ils adopté une déclaration sur les défis du développement intégré et durable de l'agriculture et des ressources en eau du continent.

La déclaration de Syrte appelle à soutenir le Conseil ministériel africain de l'eau (AMCOW) dans son rôle d'élaboration de plans et de politiques relatifs à la gestion des ressources en eau sur le continent.

Le document souligne également la nécessité de l'élaboration de protocoles régionaux relatifs à la répartition des ressources en eau par les communautés économiques régionales en vue d'assurer leur gestion intégrée.

L'autre objectif est de renforcer les organisations existantes de mise en valeur des bassins fluviaux et lacustres ou de créer, si c'est nécessaire, de nouvelles structures.

La déclaration de Syrte demande, en outre, l'approbation du principe d'un fonds de facilitation pour l'eau à l'horizon 2005.

Mais Augustine Goudré, enseignante à Lomé, se dit pessimiste par rapport aux actions proposées par les chefs d'Etat. "Ils étaient environ 43 pour cent d'Africains à n'avoir pas d'accès à l'eau en 1990, ils ne sont que 38 pour cent en 2000", indique-t-elle, affirmant qu'on ne sent pas les efforts déployés pour améliorer les conditions de vie des populations du continent.