POLITIQUE: Le sommet sur le NEPAD lance le Mécanisme africain d'évaluationpar les pairs

KIGALI, 15 fév (IPS) – Le lancement effectif du Mécanisme africain d'évaluation par les pairs (MAEP) est la principale résolution de deux sommets successifs sur le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) tenus ce week-end à Kigali, la capitale du Rwanda.

Le premier Forum du MAEP a réuni, vendredi, 16 chefs d'Etat et de gouvernement qui ont souscrit à ce mécanisme d'auto-surveillance, prévu dans le cadre du NEPAD. Le forum a été suivi, samedi, par le 9ème sommet des chefs d'Etat et de gouvernement chargés de la mise en œuvre du NEPAD. Adopté au sommet inaugural de l'Union africaine (UA) à Durban, en Afrique du Sud, en juillet 2002, le MAEP est un des outils de la bonne gouvernance, explique Louis Napo, un des porte-parole du NEPAP présent au sommet de Kigali.

C'est un mécanisme d'échange d'expériences et de renforcement des meilleures pratiques de gestion. Il vise à favoriser l'adoption des politiques, normes et pratiques qui conduiront à la stabilité politique, à une plus grande croissance économique, au développement durable, et à accélérer l'intégration sous-régionale et continentale. Un groupe de six personnalités africaines avait été désigné en mai 2003 pour piloter le MAEP et élaborer son mode de fonctionnement. Leurs propositions ont été soumises au forum des chefs d'Etat et de gouvernement qui les a adoptées. Il s'agit des critères et du calendrier des évaluations; de la mise en place, dans chaque pays, d'un point focal MAEP; et du règlement intérieur du futur secrétariat du MAEP.

Sur proposition du président nigérian Olusegun Obasanjo, président du comité des chefs d'Etat et de gouvernement chargés de la mise en œuvre du NEPAD, la Sénégalaise Marie-Angélique Savané a été désignée présidente du groupe de pilotage du MAEP. Le groupe comprend également Adebayo Adedeji du Nigeria, Bethuel Kiplagat du Kenya, Graça Machel du Mozambique, Dorothy Njeuma du Cameroun et Chris Stals d'Afrique du Sud.

Le Rwanda, le Ghana, le Kenya et l'île Maurice sont les premiers pays à avoir accepté de se soumettre, cette année, à ce mécanisme d'évaluation.

Selon le calendrier adopté au cours du forum, le pays, qui accepte de se soumettre au MAEP, sera évalué une première fois, puis une deuxième fois 18 mois après la première évaluation et, par la suite, tous les deux ans.

L'évaluation portera sur la situation politique et économique, l'état de la corruption, le degré de respect des droits de l'Homme, l'avancement de la démocratie, la gouvernance et les réglementations en matière de commerce.

"Le sommet aurait dû prévoir également de véritables sanctions contre les futurs mauvais élèves du MAEP", estime Noël Twagiramungu, président de la Ligue des droits de la personne dans les pays des Grands Lacs (LDGL).

A défaut de sanctions, les pays qui souscriront au MAEP "s'encourageront et se soutiendront mutuellement et exerceront un dialogue constructif entre les pairs, et utiliseront la persuasion, si nécessaire, pour s'assurer qu'ils se conforment totalement au mécanisme", souligne un document distribué au cours du sommet. Ce premier Forum du MAEP, aura réuni, en plus du président rwandais Paul Kagamé, hôte du sommet, les présidents Obasanjo du Nigeria, John Koufour du Ghana, Omar Bongo Ondimba du Gabon, Abdoulaye Wade du Sénégal, Joachim Chissano du Mozambique, Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville, Thabo Mbeki d'Afrique du Sud, et le Premier ministre d'Ethiopie, Meles Zenawi.

L'Algérie, le Burkina Faso, le Cameroun, l'île Maurice, le Kenya, l'Ouganda, l'Angola et le Mali, autres pays ayant également souscrit au MAEP, ont été représentés par des délégations ministérielles ou diplomatiques. Samedi, des délégués de Tunisie et du Botswana sont venus se joindre à eux pour les travaux du 9ème sommet des chefs d'Etat et de gouvernement chargés de la mise en œuvre du NEPAD. A la fin, le président Obasanjo a dévoilé à la presse la principale résolution de ce second sommet tenu au pays des Mille collines : l'harmonisation des structures du NEPAD avec celles de l'Union africaine. Le secrétariat du NEPAD, basé en Afrique du Sud et dirigé par le professeur Wiseman Nkulhu, est donc désormais intégré au sein de la Commission de l'UA, dirigée par l'ancien président malien Alpha Oumar Konaré, basée à Addis Abeba, en Ethiopie, siège de l'union. Le NEPAD, lancé en 2001, est présenté comme le plan global de développement du continent. Les dirigeants africains se sont engagés à promouvoir la bonne gouvernance et la stabilité dans leurs pays respectifs afin d'attirer les investisseurs privés et l'aide des pays du Nord.

Kigali n'avait pas lésiné sur les moyens pour accueillir son premier sommet continental. "Jamais, on n'avait connu une effervescence comme celle qui a marqué les préparatifs de ce sommet sur le NEPAD", commente le journaliste Eustache Rutabingwa. Une semaine avant le sommet, avait été inauguré l'hôtel Intercontinental de Kigali, un palace cinq étoiles, construit en 13 mois, à un rythme marathon.

C'est cet hôtel qui a abrité les deux sommets.

Dans les rues de la capitale, il n'y avait plus, depuis plusieurs jours, ni mendiants, ni enfants de la rue, ni clochards. Pas non plus de paysans mal vêtus, de marchandes ambulantes des fruits et légumes, de vendeurs à la sauvette ou de brasseurs de devises étrangères au marché noir, qui encombrent d'habitude le centre-ville. Les rues étaient proprement nettoyées chaque matin. Les tronçons menant à l'hôtel Intercontinental avaient été réfectionnés depuis fin 2003. Dans tous les quartiers de Kigali, les bistrots, bars et autres débits de boissons, devaient, sous peine d'amende, fermer à 22 heures locales. Kigali devrait présenter un nouveau visage aux hôtes de marque.