CORRUPTION-AFRIQUE: La brigade anti-corruption de la police a un succèslimité

LAGOS, 13 fév (IPS) – Il y a deux ans, l'inspecteur général de la police du Nigeria Tafa Balogun – prenait service en promettant de sévir contre des fonctionnaires de police corrompus.

Préoccupé par la mauvaise image de la police, Balogoun a présenté une stratégie en huit points en avril 2002 en vue de réorganiser le département. Ce plan incluait la création d'une brigade spéciale avec un mandat national pour cibler les policiers corrompus.

En l'intervalle de trois mois, l'équipe avait arrêté 234 policiers pour corruption et extorsion – et a récupéré environ 790 dollars.

En tout et pour tout, 800 policiers à travers le Nigeria ont été révoqués pour extorsion depuis l'arrivée de Balogun – tandis que 65 autres se sont retrouvés devant des tribunaux. Chris Alape, chargé des relations publiques de la police déclare : "Nous avons décidé de lutter contre la corruption dans notre organisation et personne n'empêchera l'IG (inspecteur général) de faire en sorte que ce ver rongeur de plantes soit éradiqué".

Mais, les arrestations et les révocations ne semblent pas être en train d'ébranler véritablement les niveaux de la corruption de la police à Lagos, par rapport à l'extorsion des sous aux automobilistes. Lagos est le centre commercial du Nigeria.

Les chauffeurs, qui refusent de payer les montants exigés par les policiers corrompus, sont souvent retardés ou battus. Certains ont même été fusillés à mort par des agents à la gâchette facile pour avoir refusé de payer le pot de vin – ordinairement fixé à 20 nairas (environ 15 cents US).

"Ils prennent toujours de l'argent, même (si) certains d'entre eux se sont fait arrêter", indique un conducteur de minibus qui n'a donné comme nom que Tajou. "Ils disent toujours que les autres (qui ont été arrêtés) sont malchanceux".

Il a ajouté : "En dehors des motards qui érigent des barrages routiers la nuit, les responsables de la circulation ont conçu un mécanisme pour prendre de l'argent à travers des garçons de zone (racoleurs) à chaque arrêt de bus. Nous payons pour le chargement (des passagers aux arrêts de bus). Certains des racoleurs sont ces policiers (qui ont été) renvoyés de la police".

Le syndicat national des travailleurs des transports terrestres a envoyé une délégation à Balogun pour débattre de la question. Mais, certains analystes soutiennent que la seule façon de régler le problème est de changer la manière dont la société nigériane en général perçoit la corruption.

Folu Olamiti, un sociologue affirme : "la guerre contre la corruption dans la police ne sera pas gagnée seulement avec des mesures punitives contre les policiers et les hommes reconnus coupables. Il est également nécessaire d'exiger un changement de comportement des simples citoyens qui sont enclin à commettre des délits et à corrompre pour se sortir d'affaire".

"Certains de ces chauffeurs conduisent des voitures très bringuebalantes, certains sans (les) papiers nécessaires du véhicule et les phares", a-t-il ajouté.

Alape est de cet avis : "Nous avons besoin du soutien des Nigérians… la menace est un phénomène de la société qui doit être combattu à tous les niveaux avec une bonne politique gouvernementale".

Le porte-parole a indiqué que les autorités tentaient de trouver des voies novatrices pour réaménager la police. Au nombre de celles-ci, figure la proposition de création d'un Fonds spécial pour la police, qui est déjà sur la table de l'Assemblée nationale. Le Fonds aiderait à fournir un bon logement et des avantages aux policiers – et serait géré par des organisations non gouvernementales et l'administration.

De jeunes agents ont signifié au ministre en charge des Affaires de la police, Broderick Bozimo, que les policiers se lancent dans l'extorsion à cause de la frustration due à leur bas salaire et aux mauvaises conditions de vie.

Selon l'inspecteur Michael Attah, qui a travaillé dans la police pendant 28 ans, "l'hébergement du policier en caserne est pratiquement inexistant ou n'a rien d'attrayant". D'autres se sont plaints de l'absence de couverture d'assurance qui est inappropriée étant donnée la nature dangereuse de leur travail.

La police nigériane est présentement constituée d'environ 295.000 agents, même si le gouvernement indique qu'il a en projet d'amener cet effectif à 577.600 hommes.

Avant mai 1999, où l'administration actuelle a été investie, les jeunes policiers gagnaient environ 40 dollars le mois. Toutefois, leurs salaires sont depuis passés à environ 100 dollars.

Le gouvernement a également approuvé quelque 7,5 millions de dollars pour la construction et le développement des casernes de police à travers le pays, ainsi qu'un plan de cinq ans destiné à aider la police à exécuter ses tâches avec plus d'efficacité.