ECONOMIE-BURKINA FASO: Le marché difficile ne décourage pas les producteurs de coton

BOBODIOULASSO, 12 fév (IPS) – Malgré un marché international défavorable, le coton produit au Burkina Faso a atteint quelque 500.000 tonnes cette année, et les producteurs annoncent une production record de 600.000 tonnes à la saison 2004-2005.

La Société des fibres et textiles (SOFITEX), chargée de commercialiser le coton dans ce pays d'Afrique de l'ouest, vient d'obtenir un prêt de 40,5 milliards de francs CFA d'un pool bancaire international et 65 milliards de FCFA des banques nationales pour atteindre ces objectifs de production cotonnière.

Un dollar US équivaut à environ 510 FCFA.

Ces fonds permettront à la SOFITEX de payer à temps les producteurs au cours de la présente campagne et d'assurer l'achat des engrais et pesticides pour la campagne à venir.

"Nous les producteurs, notre souhait est qu'une fois le coton vendu, nous soyons payés aussitôt. Et cette confiance que les banques étrangères et nationales ont en nous, nous réconforte", se réjouit François Traoré, président de l'Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNCPB).

Cette année, les producteurs empocheront 100 milliards de FCFA contre 13 milliards il y a une dizaine d'années. Cette manne s'élèvera à 125 milliards l'année prochaine grâce à l'augmentation de 20 pour cent de la production attendue.

"Pour nous, 600.000 tonnes, ce n'est rien avec la confiance qui s'installe entre les producteurs et la SOFITEX d'une part, et entre la SOFITEX et les banques qui permettent à la société de payer à temps les producteurs, d'autre part, car nous ne pouvons pas lutter contre la pauvreté et refuser de produire quand les conditions le permettent", déclare Traoré.

"Nous sommes prêts à augmenter les rendements afin de gagner davantage en utilisant bien les engrais et les pesticides car cela permet de minimiser les pertes", indique Traoré dont l'organisation détient 30 pour cent des capitaux de la SOFITEX depuis la relance de production cotonnière en 1996.

La SOFITEX, qui attend un chiffre d'affaires de 225 milliards FCFA cette année, a annoncé une augmentation du prix d'achat à 210 FCFA le kilogramme de coton graine l'année prochaine pour inciter les paysans à en produire davantage. Le coton a été acheté à 185 FCFA cette année.

L'UNPCB salue cette hausse qui s'ajoute à une autre mesure incitative, celle du gouvernement qui a accordé une subvention de trois milliards à la SOFITEX pour l'achat des intrants, dont des fertilisants.

Les producteurs veulent atteindre les 600.000 tonnes sans augmenter la superficie cultivable, mais en accroissant le rendement à l'hectare qui devrait atteindre 1,3 tonne contre une tonne actuellement. Le coton ou "l'or blanc" fait vivre directement 2,5 millions de personnes au Burkina.

Il constitue 60 pour cent du produit intérieur brut (PIB).

La campagne étant bien bouclée financièrement, les producteurs du coton et tous les secteurs liés économiquement à la filière seront payés à temps, selon Célestin Tiendrébéogo, directeur général de la SOFITEX.

Avec sa production actuelle de 500.000 tonnes, le Burkina est le deuxième producteur de coton africain après le Mali, alors qu'il ne produisait qu'un peu plus de 110.000 tonnes au début des années 1990.

En outre, grâce à une pluviométrie exceptionnelle, cette année, les zones cotonnières ont permis d'atteindre également un excédent de plus d'un million de tonnes de céréales.

"Bien qu'injustement spoliée par les subventions à leurs productions que pratiquent certains pays du Nord, la culture du coton au Burkina Faso reste un puissant moyen de lutte contre la pauvreté", affirme Tiendrébéogo. "On est vraiment récompensé en voyant les efforts des producteurs. Malgré les difficultés, on a le sentiment d'avoir fait le bon choix en investissant à la SOFITEX", estime Pierre Francon, représentant du pool bancaire international. "Nous avons soutenu les producteurs dans les moments les plus difficiles, et nous n'allons pas les abandonner aujourd'hui au moment où les choses s'améliorent de jour en jour en terme de qualité et de quantité", ajoute-t-il.

Les 98 pour cent du coton produit au Burkina sont de première qualité, selon des spécialistes. Le coton burkinabè, comme celui des autres pays africains, est récolté à la main. "Le coton est un produit de prédilection pour le Burkina et pour son économie", selon Gaspard Ouedraogo, directeur général de la Banque internationale du Burkina, représentant du pool bancaire national soutenant la production cotonnière.

Le Burkina et trois autres pays d'Afrique de l'ouest et du centre – Bénin, Mali et Tchad – s'étaient beaucoup battus avant et pendant le dernier sommet de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), à Cancun, pour obtenir la réduction et l'élimination, ensuite, des subventions massives accordées par les pays riches à leur production cotonnière.

Depuis 1997, les pays de la sous-région perdent 150 millions de dollars US par an à cause des subventions américaines et européennes qui atteignent respectivement 4 milliards et 700 millions de dollars annuellement.

La Chine, autre producteur de coton, accorde par an 1,2 milliard de dollars à ses producteurs.

Vendredi dernier, le directeur général adjoint du Fonds monétaire international (FMI), Agustin Carstens, a exprimé son soutien aux producteurs de coton du Mali, et promis d'intervenir auprès des pays industrialisés pour qu'ils éliminent les subventions agricoles.