NAIROBI, 11 fév (IPS) – Le Kenya a été réduit à une nation à la marche, avec des centaines de milliers de personnes couvrant de longues distances à pied pour se rendre au travail ou rentrer chaque jour. Certains font plus de 20 kilomètres à pied par jour.
La vue de flots sinueux d'individus, dès 4h.30 du matin, se rendant au travail était devenu un spectacle quotidien. La crise a atteint son paroxysme le 1er février après que des taxis minibus du Kenya, connus sous le nom de matatus, ont refusé de se conformer à de nouvelles règles pour rétablir le bon sens sur la route. L'année dernière, le gouvernement a lancé une campagne massive pour ramener la discipline et la sécurité dans le secteur du transport en commun, qui a été caractérisé par le désordre. Durant la campagne en octobre 2003, le ministre des Transports et des Communications, John Michuki, a introduit de nouvelles règles.
Les règlements exigent que les matatus installent des régulateurs de vitesse et des ceintures de sécurité pour augmenter la sécurité sur la route.
Avant l'introduction des nouvelles règles, un matatu à 14 places transportait généralement 22 passagers. Maintenant, ils doivent s'en tenir au nombre requis des 14 passagers. Le régulateur de vitesse veillera à ce que les véhicules ne dépassent pas la vitesse maximale spécifiée de 80 km/h.
Ces règles s'appliquent également aux bus publics, qui transporteront également 62 passagers assis. Auparavant, les bus embarquaient environ 180 passagers : 62 passagers assis et environ 120 debout. Les nouveaux règlements visent à renforcer la sécurité sur les routes, 3.000 personnes en moyenne meurent dans des accidents chaque année, selon le département de la police de la circulation routière.
"Les chiffres pourraient être plus élevés ou un peu moins, mais nous fournirons les chiffres exacts bientôt", a indiqué, à IPS, un haut responsable au département de la sécurité routière. "Il y a de fortes chances que le carnage sur la route soit considérablement réduit si les nouveaux règlements entrent en vigueur".
Lorsque les nouvelles règles ont été introduites, les conducteurs de matatus ont réagi en se lançant dans une grève de deux jours en novembre dernier, paralysant tout le système de transport. Les conducteurs de taxi protestaient contre la date limite, 31 janvier, fixé par Michuki en vue d'équiper leurs véhicules de régulateurs de vitesse. Ceux qui ne le feront pas, se verront retirer leurs permis de conduite, a prévenu le ministre.
Des statistiques montrent que les matatus constituent environ 78,2 pour cent du système de transport en commun du pays.
L'Association des propriétaires de matatus, une organisation qui regroupe ces derniers, a demandé à Michuki de reconsidérer sa décision. "On peut éviter la crise en prorogeant de trois mois supplémentaires le délai initial", a indiqué le président de l'organisation, Simon Kimutai.
Leurs appels sont tombés dans des oreilles de sourd, avec le gouvernement qui a déployé des policiers sur toutes les routes pour discipliner ceux qui enfreignent la loi.
Sans se laisser décourager, Kimutai a introduit son affaire au tribunal en vue d'obtenir une ordonnance annulant la décision du gouvernement. Mais le 4 février, la Haute Cour a rejeté sa demande.
"Certains des propriétaires de matatus s'attendaient à ce que j'assouplisse ma position. Je veux dire que ce n'est pas le cas. Je serai ferme", a déclaré Michuki à une conférence de presse à Nairobi, récemment.
Il a prévenu : "Un appel à la prorogation du délai est un appel pour accroître le nombre de personnes qui meurent dans les accidents de la route".
Un peu plus de 10.000 sur quelque 40.000 véhicules du service public ont été équipés de mécanismes de contrôle de vitesse et de ceintures de sécurité, selon des sources à l'Unité d'inspection des véhicules automobiles du ministère des Transports à Nairobi. Dans une manifestation improvisée, des centaines de banlieusards ont soutenu la décision du gouvernement de ramener le bon sens sur les routes. Certains affirment que le système de transport en commun du Kenya est caractérisé par des racoleurs indisciplinés, la violence et le vol.
"Nous étions habitués à ce que les racoleurs nous insultent lorsque nous prenons place à bord de leurs fourgonnettes. Ils augmentent le volume de leur musique et lorsque vous leur demandez de le baisser un peu, ils vous disent d'acheter votre propre voiture. La décision du gouvernement de ramener le bon sens sur la route est la meilleure chose qui soit jamais arrivée au Kenya", a indiqué, à IPS, Lilian Otoyo, secrétaire dans un département gouvernemental à Nairobi. Elle fait cinq kilomètres pour se rendre au service chaque jour. Excitée, Mwaura Mwania, étudiante dans un lycée de Nairobi a ajouté : "Dans les matatus, nous étions serrés comme des sacs de patates et le conducteur roulait à une vitesse folle, ne se souciant pas du fait qu'il transportait des êtres humains. Avec les nouvelles lois, nous allons maintenant voyager confortablement".
Le président de l'Association des banlieusards du Kenya, Mwangi Wakibi, a déclaré : "Les Kényans ne devraient pas se lasser. Les changements sont en bien, et la marche est juste pour quelque temps. Le moment venu, la situation se stabilisera".
Toutefois, les quelques véhicules, qui ont subi les tests de conformité aux normes de sécurité, profitent du manque de minibus pour augmenter les prix des tickets.
Dans un incident bizarre, un conducteur de bus aurait menacé de plonger son véhicule dans une rivière proche après que les passagers ont protesté contre une augmentation du coût de transport.
Le conducteur exigeait un équivalent de 8 dollars au lieu du prix officiel de 2,7 dollars. Les passagers en détresse ont crié au secours attirant l'attention des policiers qui étaient dans les environs. Le conducteur a sauté par la fenêtre et s'est enfui lorsque les policiers sont arrivés.
Le gouvernement a mis en garde les conducteurs de matatus et de bus contre une augmentation des prix des tickets.

