MEDIA-LIBERIA: La radio communautaire reprend un second souffle

MONROVIA, 12 fév (IPS) – Lorsque l'ancien président libérien Charles Taylor a accepté l'offre d'exil du Nigeria l'année dernière, il a laissé derrière lui un pays où l'information ne circulait presque plus notamment dans les zones rurales.

Avant son départ, Taylor a dirigé pendant six années comme chef de l'Etat, un poste auquel il a été élu après avoir mené une rébellion contre le gouvernement.

"Quelques mois après la prise de fonction du président Charles Taylor, il a retiré la fréquence des ondes courtes aux principales stations de radios privées et, par la suite, leur a interdit d'émettre. Par conséquent, nous vivions sur des rumeurs et la désinformation qui nous étaient servies par les partisans de l'ancien président", affirme Gedemina Forkpa, un maître d'école du centre du Liberia.

"Pendant six ans, nous étions pratiquement coupés de l'actualité qui provenait de la capitale, Monrovia".

Pour Mambu Sonni, un travailleur humanitaire dans l'ouest du pays, "C'était une période au cours de laquelle les murs de la terreur et du banditisme ont été érigés".

Sonny ajoute : "L'industrie de la désinformation de Taylor – le Réseau de communication du Liberia, en réalité un réseau de mensonges, de confusion et de tromperie… a réussi à non seulement nous priver de l'information exacte sur les événements à Monrovia, mais également à nous insuffler la peur".

Le Réseau de communication du Liberia – dirigé par Taylor – comprenait des journaux, des stations de radios et de télévisions qui dominaient précédemment la presse de la nation.

Des stations de radios à ondes courtes comme Star Radio – une station indépendante financée par des organisations non gouvernementales (ONG) – et Radio Veritas, une station d'obédience catholique, étaient parmi les premières victimes des efforts de Taylor pour restreindre la liberté de parole. Les stations étaient accusées de vouloir "détruire le Libéria".

Lorsque la guerre civile a repris en 1999, les rebelles ont également saccagé les stations de radios éloignées.

Maintenant, les ondes du pays sont en train d'être libéralisées comme une partie des efforts visant à permettre aux Libériens de donner leur avis sur la reconstruction et le développement. En conséquence, le nombre des radios communautaires augmente – une fois encore avec l'assistance des ONG internationales.

Mercy Corps est l'un de ces groupes d'aide. Selon le directeur local de cette organisation, Sam Gotoma, l'idée est de veiller à ce que les "habitants de la communauté aient leur mot à dire dans le développement de leurs régions et obtiennent le genre d'information dont ils ont besoin pour travailler correctement. Le but est de donner la voix aux sans-voix".

Radio Veritas a recommencé par émettre une fois encore, diffusant des programmes sur les développements politiques et la religion aussi bien sur FM que sur ondes courtes. Eternal Love Winning Africa (ELWA)- une autre station religieuse – est financée par des évangélistes américains.

Des ouvriers de la plantation de caoutchouc de Firestone, à quelque 50 kilomètres au sud de Monrovia, gèrent une station communautaire appelée Stone 105 FM. Auparavant, le personnel utilisait une batterie de voiture pour alimenter la station, qui mettait l'accent sur les informations et le divertissement. Maintenant, un groupe électrogène et un équipement moderne permettent à la station de servir ses auditeurs.

Stone 105 relaie des informations politiques et générales venant des stations de radios basées à Monrovia aux communautés situées dans un rayon de 30 kilomètres de son siège. Ceci équivaut à une population de 60.000 auditeurs.

Le directeur de la division radiodiffusion au ministère de l'Information, Jacob Hina, a bien accueilli la création des stations communautaires, la décrivant comme un moyen de permettre aux gens de modeler leur avenir.

"L'opération est un grand pas vers le renforcement des dispositions constitutionnelles conformément aux droits fondamentaux", a-t-il ajouté..

L'article 15 de la constitution du Liberia stipule que le public doit avoir gratuitement accès à l'information sur le gouvernement.

Hina a ajouté que le gouvernement de transition du Liberia, mis en place après le départ de Taylor, était conscient que "le manque d'information, l'information insuffisante, l'information manipulée et l'information biaisée étaient certains des maux responsables des nombreux problèmes auxquels est confrontée la nation." Avec des élections générales prévues pour octobre 2004 pour installer une administration permanente, les stations communautaires doivent jouer un rôle beaucoup plus important au Liberia.

"Nous utiliserons les stations de radios communautaires qui sont en train d'être créées dans les zones sous contrôle de la force des Nations Unies pour assurer l'éducation des électeurs", a déclaré le chargé des élections, Henry Cherue.

Mais, alors que des stations communautaires sont florissantes, la radio d'Etat va clopin-clopant.

Un directeur de l'Office de radiodiffusion du Liberia, qui a parlé sous anonymat, a indiqué que le gouvernement ne donnait pas beaucoup d'assistance à l'organe – et que les choses avaient été aggravées par une baisse constante des revenus publicitaires au cours des dernières années..