HARARE, 10 fév (IPS) – Mathew Gondo est devenu un sans-abri au plus fort du programme de réforme agraire chaotique du Zimbabwe, qui a commencé en 2000. Il était un contre-maître à la ferme de Tate, située à environ 120 kilomètres au nord de la capitale, Harare.
Son employeur a fui après les violentes invasions des fermes conduites par les vétérans de la guerre de libération du Zimbabwe de 1970. Gondo a indiqué à IPS qu'il a décidé de ne pas bouger de la ferme puisqu'il n'a nulle part où aller.
"Mes parents avaient travaillé sur cette ferme toute leur vie. Mon père est venu du Mozambique quand il était adolescent. Il a épousé ma mère ici, et je suis né ici. Il n'y a pas un autre lieu que je puisse appeler maison à part cet endroit", a déclaré Gondo qui est né sur la ferme il y a 50 ans.
Comme Gondo, plusieurs des anciens ouvriers agricoles ont des origines étrangères. Certains sont venus de la Zambie et du Malawi. Et la plupart d'entre eux ne peuvent pas retourner dans leurs pays d'origine, étant donné les coûts élevés du ticket de transport et les frais d'installation que cela implique. D'autres, qui sont de la deuxième génération au Zimbabwe, ont perdu tout contact avec leurs parents, s'ils en ont, dans leurs pays d'origine.
Winnet Banda, une veuve, s'est également terrée sur la ferme de son ancien employeur. Elle espère qu'un jour, David Smith, son ancien employeur, reviendra. Banda a perdu son mari il y a quatre ans.
"M. Smith était un homme bon… un homme vraiment très bon. Il nous donnait de la nourriture à la fin de chaque mois. Maintenant, les choses vont mal. Je mourrai ici car je n'ai nulle part où aller. Mes espoirs portent maintenant sur les élections. Peut-être qu'après la prochaine élection, M. Smith sera autorisé à revenir".
Le programme de réforme agraire controversé du Zimbabwe n'a pas non plus épargné les enfants. Leurs parents, qui sont déjà financièrement asphyxiés, n'ont pas les moyens de payer leurs frais de scolarité. Certains des enfants ont des perspectives d'avenir et des rêves. L'un d'entre eux, Tinashe, 12 ans, qui montre des signes de malnutrition, dit qu'il veut être médecin lorsqu'il sera grand pour s'occuper de sa mère.
Les anciens ouvriers agricoles ont reçu de l'aide de la 'Farm Community Trust of Zimbabwe' (FCTZ – Cartel de la communauté agricole du Zimbabwe), une organisation non gouvernementale à Harare. Selon le porte-parole du groupe, les nouveaux occupants, à qui le gouvernement a octroyé la terre, commencent par supporter mal la présence continue des ouvriers agricoles sur leur propriété. Ils les menacent maintenant d'expulsion. Quelque 200.000 ex-ouvriers agricoles, avec environ un million de personnes qui dépendent d'eux, passent le clair de leur temps à chercher du travail ou de la nourriture. Environ 94 pour cent des fermiers commerciaux ont reçu des avis d'expulsion. Takaitei Bote du FCTZ indique que son organisation fournit des vivres aux ouvriers agricoles.
"Nous sommes intervenus en tant qu'organisation pour réagir parce qu'ils (les ouvriers agricoles) sont devenus très vulnérables. Nous avons eu à intervenir avec un programme d'alimentation général ainsi qu'un programme d'alimentation complémentaire".
"Le programme d'alimentation général cible 100.000 ouvriers agricoles en leur donnant des rations de 'mealie meal' (farine de maïs), de l'huile de cuisine et des haricots secs. Avec des enfants âgés de six mois à 12 ans, nous gérons un programme complémentaire dans des écoles maternelles et primaires comme un moyen d'atténuer l'impact de la crise sur les ménages des ouvriers agricoles.
"Ils ont besoin de toute l'assistance qui peut être mise à leur disposition parce qu'ils sont dans une situation tellement difficile", a déclaré Bote.
Pour joindre les deux bouts, certains des anciens ouvriers agricoles dans la province centrale de Mashonaland, à environ 120 km au nord d'Harare, ont commencé par laver à la batée du sable aurifère alluvial le long de la rivière Mpfurudzi.
Certains parmi eux ignorent l'effet du lavage du sable aurifère à la batée, qui inclut l'érosion et l'ensablement possible de la rivière. Certains laveurs ont dit à IPS qu'ils n'avaient pas le choix puisqu'ils n'avaient pas d'autres moyens de survie.
Josephine Zulu souligne qu'elle a onze enfants dont le père est mort de SIDA l'année dernière. Ils vivent dans un refuge temporaire le long de la rivière Mupfurudzi, avec trois enfants, qui ont également commencé le lavage à la batée du sable aurifère.
"Nous lavons du sable aurifère parce que nous voulons survivre. Si nous ne pouvons pas laver le sable aurifère, alors nous mourrons de faim. Quand les vétérans de la guerre ont pris notre ferme, je n'ai pas pu trouver un autre emploi. Je dois m'occuper de tous ces enfants, et les enfants doivent également m'aider à laver le sable aurifère", a souligné Zulu.
Certains ex-ouvriers agricoles déplacés et leurs familles vivent autour de Harare. Bien qu'ils soient nés au Zimbabwe, ils ne sont pas perçus comme des citoyens et devraient, selon le président Robert Mugabe, retourner d'où ils sont venus.
Environ 30 pour cent des 2.900 fermiers blancs qui ont reçu des avis d'expulsion ont quitté le pays pour explorer des opportunités agricoles en Zambie, au Mozambique, en Ouganda, au Botswana, en Nouvelle Zélande, au Canada et en Australie.

