ECONOMIE-NIGERIA: Des retraités deviennent des mendiants

LAGOS, 11 fév (IPS) – Même si la culture africaine peut vénérer les personnes âgées, les retraités du continent ne se retrouvent pas toujours en train de passer une retraite paisible. Il n'y a pas d'endroit où cela soit plus vrai que le Nigeria, où la faillite des caisses de retraite a enfoncé plusieurs anciens fonctionnaires dans la pauvreté.

De nombreux fonctionnaires à la retraite attendent leurs frais de pensions pour des périodes de 10 mois à deux ans.

Peut-être que le pire dans leur situation est que plusieurs d'entre eux sont des gens qui ont refusé de profiter de la corruption endémique qui a caractérisé le gouvernement nigérian pendant une grande partie de son histoire récente.

"J'étais en mesure de me faire de l'argent lorsque j'étais en service, mais ce n'était pas ma nature. Mais, mes collègues qui se sont fait de l'argent ont des maisons et quelque chose en réserve – et aujourd'hui ils ne le regrettent pas", affirme Olumomi Moyo, un fonctionnaire à la retraite.

"Pouvez-vous imaginer qu'à mon âge (71 ans) je sois encore obligé de travailler comme portier dans cette école pour survivre?" Comme Moyo, plusieurs retraités ont dû reprendre le travail – ou avoir recours à la mendicité pour joindre les deux bouts.

"Apprendre à survivre est devenu notre deuxième nature. La majorité d'entre nous survivent à travers la mendicité ou à travers certaines personnes bienveillantes qui nous aident de temps en temps", souligne Razak Azeez, un ancien responsable au bureau de l'Union des retraités du Nigeria (NUP) qui s'occupe des anciens travailleurs des chemins de fer.

"Nous ne sommes pas satisfaits de ce qui arrive aux retraités en général, notamment avec les retards dans le paiement de nos pensions", ajoute-t-il.

On doit actuellement aux retraités des chemins de fer 20 mois de pension, ce qui revient à 37 millions de dollars. Ils ont été payés pour la dernière fois en juin 2002.

La société des chemins de fer du Nigeria – qui compte 18.974 retraités dans ses registres, à cause de la retraite massive en 1996 – selon l'organisation, a besoin d'environ 24 millions de dollars pour payer les retraités chaque mois. Les allocations pour les fonctionnaires retraités varient entre 56 et 500 dollars US, suivant la durée du service, et le grade à la retraite.

"On nous a dit que rien n'avait été prévu pour les retraités dans le budget de cette année, ainsi nos principaux responsables au niveau national sont à Abuja pour connaître la vérité sur la question. Nous ne savons pas qui trompe qui", a indiqué Azeez à IPS.

Même si le chaos administratif actuel peut sans aucun doute être imputable aux régimes précédents, certains commencent par repenser au régime militaire du Nigeria avec nostalgie.

"Nous n'avons pas eu de pensions régulières depuis le début de l'administration civile. Le paiement était régulier sous le régime militaire"', affirme Vincent Anaele, un autre responsable de la NUP.

Les pensions militaires connaîtraient également des arriérés.

Un agent du ministère des Finances du Nigeria, qui a requis l'anonymat, a confirmé que le gouvernement devait actuellement aux retraités civils et militaires plusieurs mois de fonds de pension.

Le fonctionnaire a indiqué que le non-paiement était en partie dû à la corruption de haut niveau au Département des pensions militaires, notamment à propos de l'argent donné aux "retraités fictifs" qui avaient collaboré avec des responsables. Une étude de 2002, conduite par la Commission technique présidentielle sur les pensions, a révélé que 24.000 de pareils individus avaient touché des pensions auprès du gouvernement du Nigeria pendant plus d'une décennie.

Selon le président de la commission, Peter Ebhaleme, "Les chiffres incluent ceux qui percevaient des pensions sous le couvert de retraités qualifiés, alors qu'ils n'étaient ni des soldats renvoyés de l'armée, ni des gens qui ont disparu sans une permission officielle – (ainsi que des gens ) qui invoquaient à tort … l'invalidité médicale".

"Figuraient également sur la liste de ceux qui percevaient des pensions … des parents …. (au nom) des retraités décédés", a-t-il ajouté.

En signe de protestation, des fonctionnaires à la retraite ont installé un camp au siège du ministère de la Défense à Abuja il y a quelques mois, affirmant qu'ils attendraient là jusqu'à ce que leurs pensions soient payées. Certains ont également emmené leurs familles avec eux, même s'ils ont été délogés des lieux par la suite.

Selon le commandant à la retraite Asuquo Bassey, président des militaires retraités du Groupe anti-intimidation, cinq soldats à la retraite sont morts depuis le début de cette année à Abuja alors qu'ils attendaient de toucher leurs pensions.