SANTE-BURKINA FASO: Un premier test du vaccin contre le paludisme

OUAGADOUGOU, 27 jan (IPS) – Pour mieux lutter contre le paludisme qui tue par an 20.000 enfants chez les moins de cinq ans au Burkina Faso, le gouvernement a entrepris les premiers essais d'un vaccin contre la maladie.

Les premiers essais du vaccin antipaludiques ont commencé au Burkina depuis trois mois, mais les informations sur le test à base du vaccin MSP3 – découvert par l'Institut Pasteur de Paris – ont été révélées seulement la semaine dernière. Le paludisme est la première cause de décès dans ce pays sahélien d'Afrique de l'ouest. Selon le ministre burkinabè de la Santé, Alain Yoda, les tests cliniques sont menés sur une trentaine de patients âgés de 18 à 40 ans.

Quelque 600.000 personnes sont victimes du paludisme chaque année au Burkina. Entre 39 et 43 pour cent des consultations annuelles sont dues au paludisme. Les femmes enceintes et les enfants âgés de six mois à cinq ans sont les plus menacés par la maladie endémique au Burkina et dans nombreux autres pays africains.

"C'est une fierté pour moi de présider une cérémonie qui traite d'un thème aussi sensible parce que touchant à la fois le social et l'économique", a déclaré Yoda lors de la cérémonie de révélation sur le test.

"Les soins préventifs et curatifs fragilisent l'économie des ménages et absorbent les ressources de nos nations. Malheureusement, à défaut de pouvoir éradiquer le paludisme, nos efforts se sont surtout orientés vers la réduction de la morbidité et de la mortalité", a indiqué Yoda.

Les traitements du paludisme coûtent entre 6.500 et 8.000 francs CFA (environ 13 à 15 dollars US), un coût élevé dans ce pays ou plus de 46 pour cent des 12 millions d'habitants vivent en dessous du seul de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour.

Le test va durer une année et les 30 volontaires en bonne santé ont déjà reçu chacun trois doses. "Le premier objectif est de voir si le vaccin est toléré et s'il réussit dans une synthèse avec d'autres anti-corps", explique Dr Sodomou Sirima, directeur du Centre national de recherche et de formation sur le paludisme (CNRFP).

Selon Dr Sirima, les premières doses administrées aux volontaires ont été bien tolérées et "tout se déroule normalement". S'il est jugé satisfaisant, le vaccin sera mis sur le marché dans cinq ans, indiquent les autorités sanitaires du Burkina.

"Les volontaires seront suivis afin d'évaluer l'innocuité du vaccin à long terme de même que la réponse immunitaire au MSP3", précise Sirima.

Le vaccin MSP3 a été déjà testé avec succès en Suisse et est testé pour la première fois dans un pays où le paludisme sévit de façon endémique. Le vaccin a été développé à partir des protéines de la surface du parasite du paludisme. Il doit favoriser la production d'anticorps capables d'inhiber la production de parasites paludiques.

L'étude clinique du vaccin est le fruit d'un partenariat entre, d'une part, le CNRFP du Burkina et, d'autre part, l'African Malaria Network Trust (AMANET) et l'European Malaria Vaccine Initiative (EMVI), respectivement bailleur de fonds et promoteur de l'initiative.

AMANET finance à hauteur de 250 millions FCFA (environ 490.196 dollars US) l'étude clinique du candidat vaccin. "Je crois que l'étude du vaccin constitue une étape importante dans la mise en place d'un vaccin contre le paludisme dans la sous-région. Il faut saluer le fait que l'étude soit menée localement, mais grâce à une interaction panafricaine et régionale", se réjouit Odile Leroy, directrice clinique de EMVI au niveau européen.

Des chercheurs sénégalais et maliens participent à l'étude aux côtés de leurs confrères burkinabè. Au Burkina, 19 pour cent des hospitalisations totales et 65 pour cent de celles des patients de moins de cinq ans sont liées au paludisme, pendant que 35 pour cent des cas de palu sont à la base des décès dans les hôpitaux.

Le Burkina a lancé en 2002 l'initiative "Faire reculer le paludisme" (Roll Back Malaria), visant à réduire de moitié les décès dus à la maladie en 2010. Soixante-douze agents de santé ont été formés pour la prise en charge des cas graves de paludisme. Le plan comprend également la formation de 36 techniciens de laboratoire et 183 autres agents pour la prise en charge des cas simples de paludisme. D'un coût de 12,5 millions de dollars, le plan de lutte contre le paludisme vise à fournir des moustiquaires imprégnées à 80 pour cent des foyers, à partir de 2005. Des agents ont été formés aux techniques d'imprégnation des moustiquaires. Dès 2005, le plan permettra la prise en charge de 80 pour cent des cas de complication dans les postes de santé primaires et de 75 pour cent des cas de fièvre dans les domiciles.

Les autorités du ministère de la Santé du Burkina Faso confient que si le vaccin est concluant, EMVI compte, avec le concours des partenaires, le rendre accessible en quantité suffisante et à un prix accessible aux démunis. EMVI bénéficie de fonds publics européens pour l'accélération de la mise au point de vaccins antipaludiques à moindre coût pour les populations des pays endémiques.