ECONOMIE: Les Etats d'Afrique centrale s'engagent pour l'intégration

Par Juakali KambaleBRAZZAVILLE, 28 jan (IPS) – Les chefs d'Etat et de gouvernement de huit pays membres de la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC) ont décidé, à l'issue de leur 11è sommet à Brazzaville, la création d'une zone de libre échange à lancer à partir de décembre 2007.

Cette zone, qui garantira la libre circulation des biens et des personnes, concerne principalement et d'abord les commerçants, les sommités scientifiques (professeurs, chercheurs) et les étudiants, selon un communiqué du sommet. Le sommet de la CEEAC, qui s'est réuni à Brazzaville, la capitale de la République du Congo, les 26 et 27 janvier, a examiné les différentes questions relatives aux possibilités d'intégration économique dans cette région. Ont pris part à cette rencontre les dirigeants du Congo-Brazzaville, de la République démocratique du Congo (RDC), de l'Angola, du Burundi, du Rwanda, de Centrafrique, du Gabon, de Guinée Equatoriale, du Tchad, du Cameroun et de Sao-Tomé et Principe. La plupart de ces pays ont souffert de troubles politiques internes ou de guerres civiles. En somme, après les conflits, ces pays veulent organiser leur reconstruction dans la perspective d'une intégration économique régionale. Il s'agit également, pour ces pays, de donner une réponse à l'appel au réveil économique du continent dans le cadre du Nouveau partenariat pour le développement économique de l'Afrique (NEPAD). "Nous avons de grands défis à relever", a expliqué, à IPS, Mbusa Nyamwisi, ministre de la Coopération régionale de la RDC. "Nous ne pouvons pas détenir la plus grande réserve d'eau douce d'Afrique ainsi que de nombreuses autres ressources naturelles et, en même temps, nous trouver en queue de peloton sur la compétition pour le développement".

"L'avenir appartient aux grands ensembles et nous n'avons pas le droit de nous dérober. Le NEPAD a prévu des projets intégrateurs qui nous permettent d'obtenir des crédits ensemble afin de développer notre partie du continent", a-t-il ajouté.

Créée en 1983 par le Traité de Libreville, la CEEAC qui a son siège dans la capitale gabonaise, n'a pratiquement jamais réussi l'intégration économique qui est pourtant le fondement de son existence. Passer d'une frontière à une autre relève d'une véritable gageure en Afrique centrale alors que des organisations similaires en Afrique occidentale, orientale et australe ont dépassé ce stade. De nombreux Congolais de Kinshasa ont renoncé à traverser le fleuve pour se rendre à Brazzaville, sur l'autre rive, à cause des tracasseries dont ils sont l'objet au beach de la capitale voisine : "On a souvent l'impression que les pays d'Afrique centrale sont en perpétuelle guerre les uns contre les autres, même quand c'est visiblement l'accalmie totale", s'étonne Martine Alili, une commerçante de la RDC. "Au départ de Kinshasa, nous subissons des fouilles parfois corporelles comme si toutes, nous pratiquions un commerce illicite. Et à l'arrivée, c'est pire. Nos frères d'en face nous malmènent littéralement comme pour nous dégoûter de faire du commerce", déplore-t-elle. Mêmes plaintes de la part des Brazzavillois à l'endroit des services d'immigration du beach de Kinshasa. Pour parvenir à payer ses frais de scolarité, Emile Milandou, étudiant à l'Université Marien Ngouabi de Brazzaville, fait des navettes entre cette ville et Kinshasa pour vendre et acheter des bricoles, profitant du taux de change favorable au franc CFA par rapport au franc congolais de la RDC. "A mon avis, on devrait supprimer les services de douanes et d'immigration entre les deux villes. Au beach de Kinshasa, il arrive que les policiers nous donnent des coups de matraque comme si nous étions de vulgaires voleurs. C'est ce que j'attends d'une réunion comme celle qui se tient à Brazzaville en ce moment", souligne-t-il. Il est effectivement question de circulation des biens et des personnes au sommet des chefs d'Etat de la CEEAC, mais la méfiance persiste. Le ministre de l'Intérieur de la RDC, Théophile Mbemba, évoque des problèmes de sécurité aux frontières et plaide pour une harmonisation des textes devant permettre une bonne circulation des personnes. "Nous sommes pour une réunion qui regroupera à la fois les services d'immigration et les services judiciaires pour harmoniser les points de vue. Ce que nous voulons surtout éviter, c'est la criminalité transfrontalière. Il faut éviter qu'en ouvrant les frontières, des criminels en profitent pour s'infiltrer et semer le désordre dans la région", explique-t-il.

Mais, en dépit de la méfiance persistante due à sept années de guerre, la circulation des personnes semble mieux se passer aux frontières entre la RDC, le Burundi et le Rwanda. La Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL), bien qu'étant en veilleuse depuis l'éclatement de la guerre, continue de fonctionner, tant bien que mal, en matière de circulation des personnes. Emilie Muhindo, commerçante contactée par téléphone à Goma, en RDC, affirme qu'elle continue d'utiliser la carte CEPGL qui lui permet de circuler dans les trois pays. "C'est la seule qui nous est restée car nous avons tout perdu avec la guerre". C'est en fait l'un des rares souvenirs positifs que la population dit avoir gardé du RCD/Goma, le mouvement rebelle qui contrôlait les provinces frontalières avec le Rwanda. Selon Muhindo, le RDC/Goma a même revu à la baisse, les tarifs pour l'obtention de la carte. "De 60 dollars sous Mobutu, elle en coûte maintenant 40 et reste valable durant six mois". La carte CEPGL permet également aux étudiants congolais, habitant la frontière avec le Rwanda et le Burundi, d'étudier dans ces pays voisins, la guerre ayant pratiquement détruit toutes les écoles supérieures, et désorganisé leur fonctionnement. Toujours dans la perspective de l'intégration économique, la RDC espère faire aboutir son projet de réhabilitation de ses infrastructures routières, notamment sa partie de la route transafricaine qui relie les villes de Bondo sur la frontière centrafricaine, et de Kasindi sur la frontière avec l'Ouganda. La réhabilitation de ces routes désenclavera l'intérieur du pays et permettra l'exportation des produits agricoles et miniers, mais également du bois précieux.

La RDC compte en outre sur la réhabilitation du barrage d'Inga. Ce qui lui permettra de vendre de l'électricité aux pays voisins et ailleurs en Afrique. Il y a également l'eau du fleuve Congo dont les transactions sont en cours pour une vente au Tchad et à la Libye.