EDUCATION-ZAMBIE: Qui aime bien châtie bien?

LUSAKA, 26 jan (IPS) – Des militants des droits de l'Homme en Zambie ont remporté récemment une victoire lorsqu'ils ont amené le parlement à proscrire le châtiment corporel dans le pays.

Il y a juste six mois, le gouvernement a également aboli la peine capitale et a commué toutes les peines de mort en emprisonnement à vie.

Selon le ministre des Affaires juridiques, George Kundaa, le châtiment corporel ne pouvait plus être toléré, puisqu'il va à l'encontre des dispositions constitutionnelles qui interdisent la torture et toutes les formes de punition qui sont inhumaines ou dégradantes.

L'abandon du châtiment corporel est venu comme un soulagement particulier pour les écoliers qui subissent de sévères corrections sous le couvert de punitions régulières. Ceci en dépit du fait que les règlements de l'école sont supposés réguler l'usage du fouet.

Batuke Mwandilila, âgé de quinze ans, semble être l'un de ceux qui ont subi des corrections sans la moindre opposition. Comme conséquence, Il a eu un index cassé, et des cicatrices sur le dos, les mollets et le ventre.

Maintenant, en dernière année dans un lycée rural dans le nord de la Zambie, il estime que l'abolition est arrivée trop tard pour lui.

"Depuis que j'ai commencé la première année d'école, j'ai été battu. Les corrections n'ont cessé que récemment – je pense que les enseignants ont un peu peur de moi : je suis physiquement plus grand qu'eux".

Mwandilila est prosaïque à propos de son traitement et montre volontiers ses cicatrices. Mais, il est heureux que ses jeunes frères n'aient pas à subir des corrections à l'école. "C'est douloureux", avoue-t-il.

Les enfants à l'école de Mwandilila sont battus pour une vaste gamme de fautes, et avec une variété d'objets. "Parfois, nous sommes battus avec un sjambok (une queue d'hippopotame qui provoque une brûlure atroce), un fouet en caoutchouc, un bambou ou un bâton. Mais la plupart du temps, c'est un….. bâton".

Les garçons sont fessés alors que les filles reçoivent des coups dans les paumes des mains ou sur les jointures des doigts. On sait que les enseignants, qui se retrouvent sans un fouet, giflent, pincent ou donnent des coups de pied à leurs élèves.

Au nombre des fautes qui donnent lieu à une correction, figurent un uniforme sale ou déchiré, un mauvais rendement scolaire, une fuite de l'école, l'utilisation du vernaculaire (on demande aux enfants de parler anglais à l'école), le fait d'arriver en retard à l'école, ou de ne pas avoir un crayon ou d'autres fournitures scolaires.

Selon Judith Mwanza – une élève de terminale choisie pour maintenir la discipline dans un établissement public dans le sud – les parents encouragent les enseignants à les battre "pour assurer la discipline".

"Le professeur s'est une fois plaint à ma mère que je ne travaillais pas bien en maths. Avant même qu'il n'ait fini de parler, ma mère lui a demandé 'pourquoi ne la tapez-vous pas?'. Lorsque nos parents rencontrent les enseignants, ils leur disent de nous frapper pour nous discipliner".

Mwanza est contente que le châtiment corporel ait été aboli – non pas parce que c'est inhumain, mais parce que cela donne aux enseignants moins de d'influence sur les élèves.

Elle ajoute que la menace de la violence explique pourquoi "certaines filles sont utilisées par les enseignants comme des objets sexuels". Selon Mwanza, les filles ont "peur d'être battues, ou pensent que cela les mettra à l'abri d'une correction si elles commettent une erreur".

Son professeur, Alicia Banda, nie avoir déjà exercé un châtiment corporel sur un seul de ses élèves. Mais, elle reconnaît que certains de ses collègues utilisent la "force inutile", et elle est heureuse que les mauvais traitements soient maintenant interdits.

Venant d'un milieu urbain, Banda était au départ choquée par l'utilisation aussi fréquente du châtiment corporel dans l'école du village où elle enseigne.

"Les écoles en villes n'utilisent pas la correction comme mode régulier de punition. C'est seulement dans des cas vraiment extrêmes, et elle est généralement administrée par le directeur d'école. Le parent est informé par la suite de la punition parce que c'est si sévère et si rare".

Elle ajoute que les parents dans les centres urbains sont plus informés sur les droits de l'enfant et les droits humains, et que le châtiment corporel a fini aussi par être moins souvent utilisé à la maison : "Il y a peu de chance pour que ces parents permettent à toute autre personne de battre leurs enfants, et les enseignants ne sont pas non plus enclins à utiliser cette forme de punition, à moins que cela ne soit un dernier recours".

"Mais dans les zones rurales, battre non seulement votre enfant, mais encore celui de votre voisin si vous pensez qu'ils ont fait quelque chose de mauvais, est toujours quelque chose de très culturel".

Banda ne parle pas toutefois pour tous les enseignants de la ville. Un professeur d'un collège dans la capitale zambienne, Lusaka – Martha Lusibilo – se plaint d'avoir été "dépouillée de sa carte maîtresse" dans la salle de classe.

"Nous ne pourrons plus contrôler les enfants. Ils ne nous écouteront plus parce qu'ils savent que nos mains sont liées, au sens figuré du terme.

D'autres punitions comme la retenue et les travaux champêtres ne sont pas aussi efficaces qu'une bonne baffe au visage. C'est plus rapide, plus dur, et la simple menace d'une gifle est plus efficace".