ECONOMIE-SIERRA LEONE: La police sévit contre les colporteurs

FREETOWN, 27 jan (IPS) – Un conflit apparemment très difficile est en cours en Sierra Leone entre les colporteurs, et ceux qui sont fatigués de se faufiler à travers les bords de route des marchés, grouillants de monde, qui ont poussé comme des champignons dans la capitale Freetown.

Les autorités ont lancé récemment un programme dénommé "Opération circulation fluide" pour dégager les vendeurs des rues de Freetown, qui ont également été accusés de bloquer la circulation. Le plan est passé à la quatrième vitesse il y a quelques jours, lorsque près de 400 agents de la division des opérations de soutien et du personnel des services généraux ont passé au peigne fin la ville à la recherche des colporteurs.

"Selon moi, l'Opération circulation fluide a été un succès jusqu'ici, et nous sommes sûrs qu'à la fin de l'opération, les rues seront débarrassées aussi bien de la circulation routière que des piétons", a déclaré Francis Munu, chef des opérations de la police sierra léonaise.

"Pour ce qui concerne les gens qui enfreindront la loi, ils seront arrêtés et poursuivis", a-t-il ajouté.

Jusqu'ici, environ 400 vendeurs ont été détenus et inculpés. Plusieurs ont écopé de peines d'emprisonnement légères, ou ont été condamnés à une amende et ensuite relâchés.

Les automobilistes semblent être soulagés par la nouvelle politique. "Qui aurait pu imaginer que les rues animées de Freetown pouvaient être facilement dégagées?, demande Joseph Magona, un conducteur de taxi dans la capitale. "Maintenant, au moins, les voitures circulent facilement". Mais, un porte-parole de l'association des vendeurs ambulants était moins optimiste. "Nous ne sommes pas en train d'enfreindre la loi. Ce que nous ne pouvons pas accepter, c'est la manière brutale et injuste dont les policiers règlent le problème", a-t-il indiqué à IPS la semaine dernière.

"Le gouvernement n'a pas mis à notre disposition des marchés spécialement construits avec les installations sanitaires nécessaires. Toutefois, il veut que nous quittions les rues – (pour) aller où?" Ces frustrations ont déclenché des batailles ouvertes entre les colporteurs et les forces de sécurité. Plusieurs cas de blessés ont été signalés, et il semble que la confrontation continuera dans les prochains jours et semaines.

La question de savoir quels droits accorder aux vendeurs est devenue un sujet politique délicat au cours de ces dernières années. Des gouvernements successifs n'ont pas voulu renvoyer les colporteurs des rues, en grande partie parce qu'ils constituent une large proportion d'électeurs que les politiciens sont réticents à s'aliéner.

Selon l'analyste politique Musa Kamara, "l'initiative de débarrasser les rues des colporteurs et vendeurs pourrait provoquer l'échec de n'importe quel gouvernement dans les élections. Ces gens constituent une large couche d'électeurs. C'est une question délicate".

Certains attribuent l'empressement que montre l'administration d'Ahmad Tejan Kabbah à s'attaquer à la question actuellement au fait que plusieurs marchands sont perçus comme des partisans de l'opposition.

"Pour ma part, je supporte, comme plusieurs de mes collègues, l'opposition", affirme un responsable de l'association des vendeurs, ajoutant : "Je crois que le gouvernement nous punit pour nos sentiments politiques".

L'association affirme avoir des centaines de milliers de membres à travers le pays qui sont en train d'être "harcelés" à cause des considérations politiques.

Freetown est connue pour ses embouteillages frustrants. Au cours de la guerre civile d'une décennie qui a pris fin il y a trois ans, il y a eu une migration massive vers des zones urbaines comme les populations fuyaient les attaques les rebelles.

La population de la capitale est passée de 500.000 à plus d'un million. Et, avec le chômage en hausse puisque des milliers d'ex-combattants sont entrés sur le marché de l'emploi, plusieurs personnes ont eu recours au commerce ambulant en vue de gagner leur vie.

"S'ils nous empêchent de vendre nos articles dans les rues, qu'espèrent-ils que nous fassions? Retourner à la guerre? Je crois que le gouvernement devrait bien réfléchir", estime Aiah Josiah, l'un des vendeurs. Les autorités, pour leur part, soutiennent qu'une circulation fluide doit être maintenue – et que le gouvernement ne reviendra pas sur sa décision de sévir contre le colportage.

Un responsable du ministère du Commerce et de l'Industrie a déclaré : "Nous avons enregistré beaucoup d'accidents de la route, dont certains ont été fatals. Je crois qu'il est temps que nous dégagions les rues".

Pendant ce temps, des commissariats à Freetown sont bourrés d'articles confisqués aux colporteurs et aux vendeurs de rue – ainsi que des cadres en bois cassés de stands de fortune démolis.