DEVELOPPEMENT-AFRIQUE DU SUD: Des millions de personnes ont besoin d'aidealimentaire

JOHANNESBURG, 23 jan (IPS) – Les spectres de la sécheresse et de la malnutrition rôdent en Afrique du Sud, où plus de quatre millions de personnes ont besoin d'aide alimentaire d'urgence. Les organisations d'agriculteurs estiment que ce chiffre pourrait passer à 15 millions d'ici à juin sur une population d'environ 44 millions.

Les pluies ne sont pas tombées en novembre et en décembre, le début de la saison agricole en Afrique australe. Maintenant, il est quasiment trop tard pour planter n'importe quelle culture.

La gravité de la situation a été mise en relief la semaine dernière lorsque le président Thabo Mbeki a déclaré des parties de six des neuf provinces de l'Afrique du Sud, des zones sinistrées. Cette déclaration permettra au gouvernement d'affecter plus de fonds à l'aide d'urgence.

Les provinces affectées sont le KwaZulu-Natal, le Cap oriental, le Mpumalanga, le Nord-Ouest, l'Etat libre et le Cap du nord. Dans un tour de force inattendu, la zone de Taung, dans le Nord-Ouest, a également été déclarée région sinistrée à cause des orages isolés qui s'y sont produits.

Une septième province, Limpopo, a été déclarée zone sinistrée en octobre 2003 quand le gouvernement a promis près de 35 millions de dollars pour réduire les effets de la sécheresse.

On ne connaît pas encore le montant supplémentaire que les autorités promettront cette semaine lorsque la demande d'aide d'urgence sera présentée au gouvernement pour homologation. Mais, au moins 100.000 travailleurs des fermes et des saisonniers, qui sont maintenant menacés de chômage, bénéficieront des fonds.

Actuellement, quatre millions de Sud-Africains en zones rurales reçoivent de l'eau d'urgence des camions-citernes. Le gouvernement a également commencé par distribuer des vivres dans les provinces les plus durement touchées.

Les pénuries alimentaires vont probablement s'aggraver encore plus si – comme le prédit la Chambre nationale de moulage – le prix de la farine de maïs, un aliment de base, augmente de 20 pour cent. Comme les pauvres partout en Afrique du Sud dépendent de cette farine de maïs pour leur survie, une augmentation de prix fera ressentir également les effets de la sécheresse en dehors des zones sinistrées.

Une partie du fonds de secours ira également aux 50.000 fermiers commerciaux d'Afrique du Sud, qui constituent une partie importante de l'économie du pays.

L'agriculture représente environ quatre pour cent du produit intérieur brut, avec comme principales cultures les fruits, le maïs, le blé, la canne à sucre et le tabac.

Selon AgriSA, une des principales organisations agricoles, les fermiers avaient planté 20 pour cent de maïs en moins cette année, comparé à 2003.

La sécheresse avait eu tellement d'effets catastrophiques sur l'agriculture que pratiquement chaque jour, on voyait l'un des fermiers affectés à la télévision nationale debout dans un paysage aride, décriant le manque de pluie et appelant à l'aide.

La semaine dernière, le ministre de la Santé, Manto Tshabalala-Msimang, a reconnu la gravité de la crise lorsqu'elle a dit aux hauts responsables de la santé à Johannesburg que "la sécheresse accroît la pauvreté et l'insécurité alimentaire, ce qui conduit à la malnutrition et à la famine".

C'est la pire sécheresse qui affecte l'Afrique du Sud en presque un siècle, éclipsant les périodes sèches de 1933 et 1966, affirment des responsables agricoles.

Mais, contrairement à d'autres pays ailleurs sur le continent, aucun décès lié à la famine n'a encore été signalé en Afrique du Sud. Et seulement 30.000 animaux – principalement le bétail – ont été perdus des suites de la sécheresse, selon des autorités gouvernementales.

La sécheresse s'est également étendue à d'autres pays de la région, au nombre desquels le Zimbabwe, le Malawi, le Mozambique, la Zambie, le Lesotho et le Swaziland.

Il y a deux semaines, des agences humanitaires ayant à leur tête le Programme alimentaire mondial (PAM), s'étaient plaintes du fait que des opérations humanitaires pour nourrir environ 6,5 millions d'individus en Afrique australe, l'Afrique du Sud non comprise, étaient paralysées par une grave pénurie de financement de la part des donateurs.

"Au Lesotho, nous envisageons une perte totale des récoltes. Dans certaines parties du Mozambique, la situation sera plus grave que l'année dernière", a indiqué, à IPS, le porte-parole du PAM, Mike Huggins, cette semaine. L'image globale de la situation alimentaire en Afrique australe, qui est davantage rendue plus difficile par la propagation du VIH/SIDA, "est sombre pour les 12 prochains mois", a-t-il indiqué.

"Lorsqu'il n'y a pas de nourriture, vous perdez toute une génération à cause du SIDA. Les gens meurent et laissent leurs enfants aux grands-parents. Ce faisant, aucune connaissance agricole n'est transmise aux enfants", a ajouté Huggins.

Un porte-parole de Christian Aid (Aide chrétienne) a réitéré ce qu'il avait dit lorsqu'il a déclaré à IPS : "Le retard des pluies, un manque de semences et d'engrais, et la pandémie du VIH/SIDA ont fortement influencé la reprise agricole dans les communautés les plus pauvres".

"La pauvreté, qui augmente de plus en plus dans la région, continue d'accroître le risque de pénuries alimentaires aussi bien pour des urbains que pour des ruraux.

Le porte-parole a ajouté que des personnes affamées en Afrique australe resteraient vulnérables aux pénuries alimentaires continues et auraient besoin d'une quelconque forme d'aide alimentaire d'ici à juin prochain.