ADDIS ABEBA, 21 jan (IPS) – Un responsable de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a démenti un article paru dans une revue médicale respectée de Grande-Bretagne qui a affirmé que l'agence des Nations Unies sapait la lutte contre le paludisme.
'The Lancet' accuse l'agence d'homologuer des médicaments moins coûteux qui ne sont pas efficaces, et de bloquer l'utilisation d'un nouveau traitement – quoique plus cher – pour combattre la maladie. Ceci arrive au moment où l'Ethiopie connaît une épidémie de paludisme.
Selon un rapport conjoint du gouvernement et de l'ONU, 46,2 millions d'Ethiopiens vivent dans des zones enclines au paludisme, sur une population de 70 millions d'habitants. Le ministère de la Santé estime que 15 millions de personnes sont sérieusement menacées d'infection par le paludisme – la première cause de décès pour les enfants âgés de moins de cinq ans. Environ cinq millions de cas de paludisme sont rapportés en Ethiopie chaque année.
La campagne de l'OMS – "Faire reculer le paludisme" vise à réduire de moitié le nombre de cas de paludisme dans le monde entier d'ici à 2010. A la date d'aujourd'hui, l'agence a approuvé des dons d'un montant de 700 millions de dollars pour combattre la maladie, cela à travers le Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme.
Mais la semaine dernière, 'The Lancet' a allégué que l'OMS fournissait aux pays africains des médicaments anti-palustres conventionnels comme la chloroquine et la sulfadoxine-pyriméthamine (SP) malgré les niveaux notables de résistance à ces médicaments.
Des médecins de l'agence humanitaire Médecins sans frontières (MSF), qui travaillent dans la région des nations du sud de l'Ethiopie et ailleurs, affirment également avoir vu des signes de résistance au médicament.
"Dans notre cas, nous assistons au doublement du nombre de cas de paludisme comparé à la même période l'année dernière", déclare le directeur de MSF Ethiopie, Jean-Luc Anglade, ajoutant que "la plupart des malades arrivent dans les centres de santé à un stade avancé et sérieux de paludisme".
Ceci a poussé MSF à conseiller l'utilisation d'un traitement alternatif pour s'attaquer au paludisme. Ce traitement, connu sous le nom de combinaison de thérapies à base d'artemisinin (ACT), est produit en utilisant un extrait dérivé d'une plante chinoise, Artemisia Annua.
Olusegun Babaniyi, le représentant de l'OMS en Ethiopie, s'en est pris aux défenseurs de l'ACT qui critiquent l'agence. "Pourquoi y a-t-il autant d'euphorie à propos de ce nouveau médicament? Ce n'est pas un médicament miracle. Même avec ce médicament, certains décès devront survenir", a-t-il indiqué.
Babaniyi a également contesté le point de vue de 'The Lancet' selon lequel la chloroquine et la SP devenaient de plus en plus inefficaces contre le paludisme. "Soyons très clairs : aucune résistance n'a été prouvée de façon scientifique. (Il y a) juste des rapports anecdotiques de terrain insinuant que quelque chose pourrait être en train de se produire", a-t-il dit à IPS.
"Je mets au défi quiconque détient de données scientifiquement soutenues qui peuvent se fonder sur les critères de l'OMS pour prouver qu'il y a résistance".
Même si l'OMS a recommandé l'utilisation de l'ACT pour combattre le paludisme, Babaniyi s'est hâté de clarifier cet avis : "Remarquez s'il vous plaît, le mot 'recommandé'. Le choix final dépend du pays. L'OMS n'a jamais prescrit (quelque chose) à un pays, jamais".
Selon lui, les gouvernements, qui souhaitent commencer l'utilisation de l'ACT, ont également besoin d'être méticuleusement conseillés sur comment le faire. "Nous devons avoir des directives sur ce que nécessiterait l'adoption d'un nouveau médicament à utiliser dans un pays. Les pays devront suivre des procédures scrupuleuses.
Si nous introduisons juste un nouveau médicament dans un pays, vous pouvez en fait créer plus de problèmes".
Le ministre de la Santé de l'Ethiopie, Kebede Tadesse, a dit que son département n'avait aucun projet pour changer les médicaments actuels de traitement du paludisme.
"La SP a été introduite en Ethiopie il y a cinq ans et nous ne nous attendons pas à une résistance aussi rapide que cela. Dans notre cas, la chloroquine travaille toujours – mais nous surveillons de très près l'évolution des choses pour voir si une résistance est en train de se développer face à cela", a-t-il indiqué à IPS.

