OUAGADOUGOU, 20 jan (IPS) – Après 12 ans de lutte contre la pratique de l'excision au Burkina Faso, les autorités estiment pour la première fois être sur la voie de l'éradication du phénomène des mutilations génitales féminines (MGF).
Au début de la campagne contre les MGF, en 1992, le taux national de l'excision était de 66,35 pour cent. Les autorités burkinabè comptaient en 1992 près de 100 pour cent de taux de prévalence de l'excision dans certaines zones de ce pays d'Afrique de l'ouest. Dans les provinces de l'Oudalan, dans le nord et du Nayala, dans le centre-ouest du Burkina Faso, les taux de prévalence de l'excision sont passés de 97,49 pour cent et 99,6 pour cent à 13 et 38,7 pour cent respectivement.
"Nous pouvons penser que ces régions sont à la traîne, mais des efforts sont faits quand on regarde d'où elles viennent", estime Hortense Palm, secrétaire permanente du Comité national de lutte contre la pratique de l'excision (CNLPE).
Dans les provinces du Sanguié dans le centre-ouest, du Mouhoun dans l'ouest et du Ziro dans le sud, les chiffres sont passés de 51 pour cent, 75 pour cent et 77 pour cent au début de la lutte contre l'excision il y a 12 ans, à 1 pour cent, 3 pour cent et 2 pour cent respectivement.
Les chiffres sont suffisamment éloquents après ces années d'intenses activités de sensibilisation, de formation et de plaidoyer, se réjouit Palm. Selon elle, la question de l'excision a même cessé d'être un tabou.
"Les communautés s'expriment librement autour de la question et nombreuses sont les victimes de complication qui se présentent dans les formations sanitaires pour une prise en charge des séquelles dont elles souffrent", constate la secrétaire permanente du CNLPE.
Les séquelles de la pratique de l'excision au Burkina ont poussé les autorités à créer en 1992 une structure pour la sensibilisation sur les méfaits du phénomène ancré dans les milieux traditionnels et religieux dans un pays de 12 millions d'habitants où plus de 80 pour cent de la population vit en milieu rural.
Près de 50 pour cent de la population pratique la religion musulmane qui, dans certains milieux, est perçue comme facteur de perpétuation de l'excision.
"Il y a eu une mauvaise compréhension de l'attitude de l'islam car pendant longtemps, une partie des marabouts et autres chefs religieux croyaient que la pratique émanait de l'islam", explique l'imam Adama Sakandé, chargé de la formation au sein du Cercle d'étude, de recherche et de formation islamique (CERFI). "Des études menées (en 1993-1994) ont montré que la pratique est simplement tolérée par l'islam", ajoute-t-il. L'excision est plus ancienne que l'islam.
Selon l'imam Sakandé, "des barrières" existent désormais qui invitent les fidèles à s'abstenir de porter atteinte à l'intégrité physique de la femme.
"Le sujet est tellement sensible que nous n'en parlons pas ouvertement avec les fidèles. Nous leur rappelons les droits de la femme de disposer de l'intégrité de son corps et nous leur expliquons les méfaits de certaines pratiques comme l'excision sur la santé de la femme comme cela est prouvé par la médecine", souligne Sakandé.
L'enseignement contre l'excision se fait également dans la sensibilisation sur les risques d'être infectées par le SIDA en exposant les jeunes filles à des instruments d'excision souillés. Pour mieux réussir la lutte, les communautés religieuses et traditionnelles sont représentées au sein de la structure contre l'excision. La lutte contre l'excision figure dans le curriculum de l'éducation en matière de population dans les écoles. En outre, depuis 2000, le 12 mai de chaque année, est commémorée la Journée nationale contre l'excision. "Nous pouvons dire que bientôt, l'excision sera un mauvais souvenir, mais une victoire pour toutes celles qui n'ont pas échappé à cette pratique qui constitue une des violences les plus intolérables faites aux femmes", estime, optimiste, Palm. Elle annonce, dans les mois à venir, une caravane pour sillonner les régions du Burkina, particulièrement celles qui "traînent encore les pieds", pour une nouvelle campagne de sensibilisation. Depuis 1996, les exciseuses sont passibles d'une peine de trois ans maximum et d'une amende de 900.000 FCFA (environ 1.750 dollars US). En cas de décès de la victime, la coupable encourt une peine de 10 ans d'emprisonnement. En 2003, une centaine d'exciseuses et leurs complices ont été arrêtés, jugés et condamnés à une peine d'emprisonnement et à une amende.
L'excision consiste à enlever partiellement ou totalement le clitoris de la femme. Dans certaines régions du Burkina, on pratique l'infibulation qui consiste à coudre les grandes lèvres du vagin de la fille et à ne réserver qu'un petit orifice pour l'urine et les menstruations. L'objectif de l'opération est d'empêcher les relations sexuelles. Le corps d'une femme non excisée est exclu du cimetière du village dans certaines localités du pays, selon le CNLPE.
"Il faut mettre l'accent encore sur la sensibilisation qui permet de faire comprendre aux gens que l'excision peut engendrer des peines dans la famille", conseille Antoine Ilboudo, un vieil homme qui s'est abstenu de faire exciser ses deux dernières filles. Selon lui, les préjudices causés par l'excision étant aujourd'hui plus importants que les aspects positifs de la pratique, elle va disparaître avec le temps.
"En expliquant le comportement des populations des pays comme l'Iran, l'Arabie Saoudite et d'autres pays arabes qui ne pratiquent pas l'excision alors qu'ils ont plus d'arguments pour le faire, on arrive, sans frustrer les croyances des fidèles, à venir à bout des mutilations génitales féminines", indique l'imam Sakandé.

