SANTE-BURKINA FASO: Le gouvernement craint une épidémie de méningite cette année

OUAGADOUGOU, 22 jan (IPS) – Craignant une nouvelle épidémie de méningite cette année, le gouvernement du Burkina Faso a adopté un plan de riposte de six milliards de FCFA (environ 11,6 millions de dollars US) pour limiter les dégâts que provoque annuellement la maladie causée par le méningocoque.

L'année dernière, l'épidémie a fait 1.363 morts sur plus 8.674 cas enregistrés, soit 15,71 pour cent de décès.

"Au vu de la situation en 2003, le risque d'une épidémie de méningite persiste car nous n'avons pas pu vacciner, par la vaccination réactive, toutes les zones atteintes en raison de la situation endémique de la maladie dans notre pays", a déclaré le ministre burkinabè de la Santé, Alain Yoda, à l'occasion de la présentation du plan, la semaine dernière, à Ouagadougou, la capitale. Selon Yoda, la vaccination réactive a permis d'éviter un nombre de décès plus élevé. Elle se fait après le début de l'épidémie dans les zones touchées. Le plan prévoit le pré-positionnement de doses de vaccin dans les centres hospitaliers, les régions et les districts sanitaires pour parer rapidement à toute éventualité. Le gouvernement prévoit également une prise en charge gratuite des personnes infectées.

L'an passé, seuls 11 districts ont été vaccinés contre les souches A, C et W135 de la maladie sur les 13 districts sanitaires qui avaient été déclarés en épidémie (10 cas sur 100.000 habitants). Le Burkina compte 53 districts sanitaires.

Les autorités craignent que les deux autres districts et ceux contigus aux régions ayant atteint le seuil épidémiologique en 2003, constituent des foyers dormants d'où peut partir une autre épidémie cette année.

Leur inquiétude est fondée également sur l'insuffisance de vaccins contre le W135, une souche apparue au Burkina il y a deux ans et qui est plus fatale que les souches A et C auxquelles le pays était habitué. En 2002, le Burkina a connu une flambée de méningite dont 80 pour cent des cas étaient causés par le groupe W135. Mais, le vaccin contre le W135 existe en nombre insuffisant sur le marché et son prix élevé est un obstacle à son acquisition en nombre important.

La firme pharmaceutique Glaxo-Smithkline, qui fabrique le vaccin contre la souche W135, exige que les pays soient en situation d'épidémie avant d'en produire. Le Burkina compte profiter du lobbying du Groupe international de coordination pour l'approvisionnement en vaccin antiméningococcique (GIC), composé de l'UNICEF, de l'OMS, de Médecin sans frontières (MSF) et du Centre de contrôle des maladies d'Atlanta (CDC). La firme vend la dose de vaccin à un euro au GIC alors que sur le marché international, la dose atteint souvent 15 dollars US.

Le plan gouvernemental prévoit également la réalisation de stocks de 30.000 doses de vaccins tétravalents contre les quatre souches A, C, Y et W135; et 550.000 autres doses contre les souches A et C. Quelque 110 techniciens de santé seront formés pour la surveillance épidémiologique et le diagnostic rapide des cas.

Ces doses de vaccin permettront la vaccination des personnes âgées de deux à 29 ans dans les zones où apparaîtront les premiers cas de méningite.

"Quatre-vingt pour cent des cas de méningite se recrutent chez les personnes de deux à 29 ans bien que cela soit difficile à expliquer quand la psychose s'installe chez les populations dès le début de l'attaque méningitique", indique Dr Souleymane Sanou, directeur de la lutte contre la maladie.

Pour ne pas être pris de court comme l'an passé lorsque les premières semaines de l'épidémie ont fait craindre le pire avec le seuil d'alerte – cinq à huit cas sur 100.000 habitants – atteint dans une dizaine de districts, le gouvernement a introduit deux requêtes de vaccins tétravalents auprès de l'OMS et l'Union européenne pour l'acquisition de 2,5 millions et 500.000 doses. "Les mêmes phénomènes sont présents pour le démarrage de l'épidémie car les populations ne sont pas immunisées et les conditions climatiques sont favorables", ajoute Sanou. Selon lui, si le plan de riposte est appliqué, une éventuelle épidémie ne fera pas plus de 12.500 cas en 2004.

Par mesure de précaution, le gouvernement a administré des doses de vaccin tétravalent (contre les souches A, C, Y et W135) aux 1.500 pèlerins qui se rendent à La Mecque cette année.

"Nous ne pouvons pas éviter des cas de méningite, mais il faut prendre les dispositions nécessaires pour éviter le maximum de décès", explique le Dr Sylvestre Tiendrebeogo, membre de la coordination de la surveillance épidémiologique de la maladie. Au moins 10 pour cent des patients décèdent généralement dans les 24 à 48 heures qui suivent l'apparition des premiers symptômes de la maladie. Entre 10 et 20 pour cent des survivants gardent des séquelles permanentes, telles que le retard mental, la surdité, l'épilepsie ou d'autres troubles neurologiques.

L'épidémie survient pendant la saison sèche alors que souffle le vent de l'harmattan, dès décembre, et s'estompe avec les premières pluies en juin.

Le Burkina est situé dans la ceinture méningitique qui s'étend de l'Ethiopie à l'est du continent africain, au Sénégal à l'ouest, avec une population à risque supérieure à 250 millions de personnes.

L'OMS a lancé une initiative de recherche pour deux vaccins conjugués afin d'aboutir à un vaccin plus performant contre la méningite de souche A, responsable de la plupart des épidémies en Afrique subsaharienne. Le vaccin conjugué, dont les premiers essais auront lieu cette année, coûtera 0,40 dollar. La dose empêchera le patient l'ayant reçu de contaminer d'autres personnes, selon les spécialistes.

Ce vaccin qui concerne les personnes âgées de un à 29 ans, est prévu pour assurer une plus longue période de protection, contre les trois années d'immunité que procurent les vaccins actuels.