ECONOMIE-ZAMBIE: Des entreprises ferment les yeux sur les dangers du SIDA

LUSAKA, 21 jan (IPS) – Un rapport de la société internationale d'audit PricewaterhouseCoopers indique que l'économie de la Zambie peut perdre environ 50 millions de dollars par an si rien n'est fait pour maîtriser le taux actuel de l'infection du SIDA.

Le rapport a été commandé pour étudier la réponse de la communauté industrielle au VIH/SIDA en Zambie, et dans trois pays d'Afrique de l'est.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), 20 pour cent des adultes zambiens sont infectés par le virus d'immunodéficience humaine qui cause le SIDA.

S'exprimant au lancement du rapport cette semaine, le directeur exécutif de Pricewaterhouse, Richard Mazombwe, a déclaré que l'OMS avait établi que lorsqu'un cinquième des adultes est séropositif dans un pays, le produit intérieur brut de cet Etat pourrait alors être réduit d'un pour cent.

"Traduit dans notre économie (zambienne), cela signifie que 225 milliards de kwacha (50 millions de dollars) seront perdus annuellement.

C'est une somme colossale à perdre pour un pays pauvre comme la Zambie, juste parce qu'elle a laissé une situation devenir incontrôlable", a-t-il dit aux journalistes.

Mazombwe a indiqué que l'étude a été conduite en Zambie, au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda de juillet à septembre 2003, au sein des entreprises qui représentaient différents secteurs de l'économie.

Des chercheurs ont interrogé des directeurs dans 216 sociétés. Sur ce nombre, seules 88 firmes avaient donné une estimation de ce que le VIH/SIDA leur coûterait en termes de coûts supplémentaires en soins de santé, absentéisme, faible performance dans l'entreprise et en coûts supplémentaires dans le recrutement.

La plupart des sociétés n'ont pas essayé de découvrir soit par des enquêtes directes, soit par d'autres méthodes d'interview, le pourcentage de leur main-d'œuvre qui était infecté par le VIH. Celles qui avaient enquêté sur l'incidence du VIH l'ont fixé à moins de 5 pour cent.

"Ceci concorde à peine avec les statistiques épidémiologiques de l'OMS, et l'on pourrait s'attendre à ce que la situation du lieu de travail reflète la situation nationale", a déclaré Mazombwe, ajoutant que "notre étude a montré qu'ignorer le VIH/SIDA est exactement ce qu'une majorité d'entreprises dans ce pays (est en train de) faire".

Des chercheurs ont également montré que 39 pour cent seulement des organisations sondées avaient mis en place une politique formelle pour traiter le VIH/SIDA sur le lieu de travail. Quatre-vingt pour cent des sociétés étaient conscientes de la nécessité d'éviter une discrimination à l'égard des personnes séropositives lorsqu'elles recrutent de nouveaux employés. Toutefois, 20 pour cent effectuaient toujours des tests de VIH obligatoires lors du recrutement.

L'étude met l'accent sur des domaines où les sociétés pourraient jouer un plus grand rôle dans la lutte contre la pandémie. Ceci inclut l'instauration de politiques formelles sur le VIH/SIDA, la mise en place de programmes éducatifs et l'analyse des coûts du VIH.

Quelques firmes ont déjà pris les devants à cet égard, notamment Standard Chartered Bank Zambie, qui emploie environ 400 personnes.

Environ 40 conseillers de la société fournissent de l'assistance aux employés de la Standard Chartered qui sont affectés par le VIH/SIDA. La banque a également encouragé les membres du personnel qui ont le virus à faire des projets d'avenir, en leur montrant des moyens d'investir afin de pouvoir s'occuper d'eux-mêmes et de leurs familles s'ils sont obligés d'abandonner le travail.

Ce qui est intéressant, c'est que la banque est tout à fait claire sur le fait que c'est d'abord et avant tout une entreprise, et "qu'un employé sera renvoyé pour motif médical" si nécessaire.

Les conclusions de l'étude ont été reçues avec quelque appréhension par d'autres sections de la communauté industrielle.

L'entrepreneur Michel Gondwe a dit à IPS que les petites entreprises n'avaient simplement pas les moyens d'élaborer des politiques anti-VIH/SIDA.

"Cette étude a été conduite par une grande organisation pour les grandes sociétés. (Comment) est-ce qu'une petite ou une entreprise naissante comme la mienne va pouvoir payer des anti-rétroviraux pour ses employés?", a-t-il demandé.

Gondwe emploie actuellement dix personnes avec l'espoir et le vœu qu'ils n'ont pas le virus du VIH. Il croit que le gouvernement devrait aider la communauté industrielle avec des incitations fiscales et des réductions de taxe pour le recrutement des personnes séropositives.

Contraindre les sociétés à élaborer des plans médicaux pourrait ne pas être dans l'intérêt des travailleurs, a ajouté Gondwe. "Les employeurs …

recruteront les gens à titre temporaire, sans aucun contrat. Ceux qui souffriront, en fait, sont les travailleurs ordinaires".