DEVELOPPEMENT-SWAZILAND: La sécheresse montre les limites de l'agriculturetraditionnelle

MBABANE, 6 jan (IPS) – Des responsables gouvernementaux au Swaziland se sont mis à considérer la sécheresse actuelle dans le royaume comme "la pire jamais enregistrée dans l'histoire".

Mais pour Amos Mhlanga, un paysan qui fait de l'agriculture de subsistance non loin de LaVumisa, la ville frontalière du sud, les dernières tendances climatiques sont malheureusement familières.

"Nous n'avons pas eu de bonnes pluies ici depuis les années 80. Peut-être que le climat est en train de changer, mais nous sommes maintenant habitués à survivre avec l'aide alimentaire", a déclaré Mhlanga.

Avec une ferme détermination, il a planté un champ de maïs – l'aliment de base des Swazis – après les premières pluies du Printemps en novembre dernier, dans l'espoir que les pluies allaient suivre. Les semences des vignes de citrouille et des plants d'arachide étaient également mis en terre.

Aucune des plantes n'a survécu au-delà d'un bourgeonnement initial en décembre. "Le climat n'est pas bon pour un agriculteur ici. Mais où irons-nous?, a demandé Mhlanga.

Conformément au système "kukhonta" du Swaziland, tout homme swazi, qui promet allégeance à l'un des 300 chefs nommés par le palais, devrait recevoir une parcelle de terre à cultiver, une autre où il peut construire une maison pour sa famille, et une terre de pâture gratuite et des services vétérinaires pour son bétail.

Mais le pays a également l'un des taux de croissance de la population les plus élevés, avec 2,9 pour cent (le taux serait de 3,7 pour cent n'eurent été les décès causés par le SIDA). Il n'y a plus actuellement de nouvelles terres disponibles dans les chefferies, et les fermes familiales existantes sont partagées entre les garçons lorsque le moment vient pour qu'ils fondent des familles.

Environ 80 pour cent des Swazis vivent sur des terres communales, sous des chefs. Parce que les habitants ne possèdent pas le titre de propriété pour leur terre, les banques sont réticentes à octroyer des prêts qui permettraient aux fermiers d'acheter l'équipement pour l'irrigation.

En conséquence, les cultures dépendent de la pluviométrie. Lorsque les pluies cessent, les récoltes sont perdues.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) prévoit une cinquième année de récoltes en baisse pour 2003-2004. Au moins un quart de la population swazie dépendra de l'aide alimentaire d'ici à la fin de ce mois.

"Nous recevons des paquets d'aide de la Croix-Rouge internationale et le gros des vivres de l'Amérique", a indiqué Mhlanga. En fait, le "gros des vivres" vient du PAM.

Toutefois, certains responsables gouvernementaux accusent les paysans qui font de l'agriculture de subsistance d'être responsables de leur sort.

"Les Swazis sont des conservateurs. Ils veulent juste produire le maïs, et s'il y a la sécheresse, ils savent qu'ils recevront de l'aide alimentaire.

Ceci a conduit à une culture de dépendance", affirme Sipho Dlamini, un responsable de terrain au ministère de l'Agriculture.

"Mais que se passera-t-il si l'aide alimentaire qu'ils considèrent comme allant de soi tarissait? Les Swazis doivent devenir autosuffisants en matière de nourriture", a-t-il ajouté.

Le travail de Dlamini consiste à enseigner aux agriculteurs les techniques scientifiques pour maximiser les rendements agricoles, dans l'espoir qu'ils passeront de l'agriculture de subsistance à la production commerciale.

"Le coton et le manioc sont deux plantes qui poussent dans des conditions plus sèches. Depuis quelque temps, nous essayons de les imposer. Mais il y a une réticence. Les fermiers disent : "Nous ne pouvons pas manger le coton, et nous ne voulons pas manger le manioc", a souligné Dlamini.

Mhlanga a indiqué qu'il n'était pas sûr du marché du coton : "Il doit y avoir un système pour acheter mon coton, et je n'ai pas vu cela dans ma zone. Les coûts de transport sont trop élevés d'ici aux filatures de coton à Matsapha (à environ 120 km de sa maison).

"A ce moment, je ne me considère pas comme étant un homme parce que je suis improductif. Chaque jour, je ne fais autre chose que de regarder le vent souffler de la poussière sur les champs".

Dlamini soutient qu'il est offert plus de soutien aux agriculteurs que ne le font penser les paroles de Mhlanga. "Le ministère de l'Agriculture aide les petits propriétaires terriens à trouver des marchés pour leur production", a-t-il dit à IPS. "Lui (Mhlanga) peut vendre sa culture et recevoir de l'argent pour acheter le nécessaire pour la maison".

L'Office national de météorologie ne peut pas prédire jusqu'à quand va continuer la sécheresse. En septembre, le service a fait ses prévisions pour l'été, et a prévu une pluviométrie moyenne.

Une courte période de climat exceptionnellement chaud la semaine dernière, combinée avec des inondations rapides et des averses de grêle durant le week-end, ont détruit des cultures bourgeonnantes dans certaines parties du centre du Swaziland. Les estimations des dégâts, qui seront faites cette semaine, détermineront combien d'autres Swazis auront besoin de l'aide alimentaire.