DEVELOPPEMENT-ZAMBIE: Le pays tire profit des fermiers zimbabwéens

LUSAKA, 5 jan (IPS) – Les fermiers zimbabwéens blancs, qui avaient trouvé refuge en Zambie, ont aidé le pays à se sortir d'une pénurie alimentaire qui avait vu des millions de personnes dépendre de l'aide alimentaire la saison dernière.

Les propriétaires terriens se sont vus arracher leurs propriétés au Zimbabwe durant le programme de réforme agraire accéléré qui a débuté en 2000. Plus de 100 propriétaires se sont installés depuis lors à Mkushi, une zone au centre de la Zambie, fertile pour la production du maïs, qui est préférée par les fermiers commerciaux. Les Zimbabwéens louent soit la terre pour l'agriculture auprès des locaux, soit entrent en partenariat avec des propriétaires qui n'ont pas la capacité de labourer de grandes étendues de terre.

Le Centre d'investissement de la Zambie (ZIC) affirme avoir délivré des certificats à 31 Zimbabwéens pour leur permettre de commencer l'agriculture commerciale.

Ces agriculteurs, qui s'étaient brûlé les doigts une fois, ne sont pas pressés de s'enraciner en Zambie tout de suite. Mais, l'un des migrants, Jimmy Stewart, l'a reconnu : "C'est l'agriculture que nous connaissons et faisons le mieux. Nous voulons donc voir où se trouve la terre, pardonnez ce jeu de mots, avant de demander des autorisations et des licences pour acheter la terre".

Le vice-ministre de l'Agriculture, Chance Kabaghe, n'a que des éloges pour les agriculteurs, même si leur arrivée a provoqué l'anxiété au sein des Zambiens – et un certain malaise dans les relations entre Lusaka et Harare.

"Les gens les voient comme l'ennemi qui trouve refuge en Zambie. Parce qu'ils sont blancs, les gens craignaient également que l'histoire du racisme ne refasse surface. Même des gens au gouvernement pensaient qu'il devrait y avoir une solidarité (avec le président zimbabwéen Robert Mugabe), et que nous devrions leur refuser (l'entrée)", affirme Kabaghe.

"Mais nous les avons vus comme de potentiels investisseurs qui amélioreront notre sécurité alimentaire. Nous avons eu raison à présent".

Son patron, le ministre de l'Agriculture Mundia Sikatana, est plus réticent dans ses accolades. Il explique que la Zambie, qui se remet des effets de deux sécheresses successives, avait une pénurie de 635.000 tonnes métriques de céréales l'année dernière. Les prix des vivres avaient monté en flèche et 2,9 millions de personnes avaient besoin d'assistance.

"Cette saison, nous étions décidés à donner la priorité à l'agriculture avec une distribution à temps des intrants", a-t-il indiqué.

Le gouvernement a continué à soutenir plus de 150.000 agriculteurs locaux en leur donnant des grains de maïs et des engrais chimiques subventionnés.

Il a également spécifié que les fermiers agricoles, aussi bien locaux qu'étrangers, devaient consacrer au moins 10 pour cent de leur superficie à la production du maïs pour faire en sorte que la Zambie ne souffre plus d'une autre pénurie céréalière.

Il n'y a aucun chiffre pour montrer exactement la quantité de maïs que les fermiers zimbabwéens ont produite suite à cette directive. Mais, certains rapports indiquent qu'ils ont produit plus de 70 pour cent du maïs nécessaire en Zambie.

Le ZIC a souligné, dans son rapport de fin d'année, que tous les fermiers zimbabwéens auxquels on a accordé des autorisations avaient également commencé par produire du tabac et du blé. "Ils ont ce qu'il faut pour se lancer dans diverses entreprises agricoles et nous aimerions que plus de fermiers, du calibre des agriculteurs zimbabwéens, investissent dans l'agriculture", a-t-il dit.

Tout en reconnaissant la prouesse agricole des Zimbabwéens, les agriculteurs locaux se plaignent du fait qu'ils avaient un avantage inéquitable.

"Je ne veux pas paraître irascible – je suis heureux que nous ayons une récolte exceptionnelle et que nous n'ayons pas besoin d'aide alimentaire.

Mais je me sens un peu irrité parce que nous, agriculteurs (locaux) sommes perçus comme des incompétents. Il y a des raisons pour lesquels les Zimbabwéens avaient une aussi bonne récolte", a expliqué à IPS, un fermier zambien, Thrifty Stephenson.

Il souligne que les fermiers zimbabwéens avaient des garanties pour les crédits auprès des institutions financières locales et internationales, tandis que certains avaient également apporté l'équipement et la machinerie avec eux. Ceci leur a donné un "coup de pouce" lorsqu'ils sont arrivés en Zambie. "Nous ne parlons pas de réfugiés ici. Nous parlons d'hommes d'affaires bien armés", a-t-il ajouté.

La Standard Chartered Bank de Zambie, par exemple, a accordé des crédits à plus de 20 fermiers zimbabwéens qui s'étaient installés en Zambie, pour acquérir des fermes existantes ou acheter des terres. Le directeur financier exécutif de la banque, Brighton Ngoma, affirme que son institution avait mis en place une unité agricole pour aider à relancer le secteur. L'argent qui est en train d'être prêté venait de la Banque européenne d'investissement et de la Standard Chartered elle-même.

Des fermiers locaux étaient également supposés avoir bénéficié des fonds, mais des discussions sur cette question sont toujours en cours avec l'Union nationale des agriculteurs de Zambie.

"Ce n'est pas que nous ne fassions pas confiance aux agriculteurs locaux.

Nous devons nous assurer que nous protégeons notre investissement et que nous atteignons également notre objectif, qui est d'accroître la production agricole. Déjà, nous voyons les bénéfices de nos prêts aux fermiers zimbabwéens, parce que la bonne récolte a aidé à réduire l'inflation ainsi qu'à stabiliser la devise étrangère", a déclaré Ngoma.

Le président Levy Mwanawasa a annoncé récemment que le gouvernement allait revitaliser l'agriculture à travers le financement agricole, des exonérations de taxes pour l'équipement importé et des tarifs bas pour l'électricité. Le gouvernement veut également relancer les banques coopératives qui prêtent de l'argent aux fermiers à des taux favorables, et des bureaux nationaux de marketing pour acheter leurs cultures.

Stewart, qui a une ferme de 10 hectares louée auprès d'un résident local, était réticent à critiquer les politiques agricoles existantes. Mais il était d'avis que c'était difficile de viabiliser l'agriculture commerciale en Zambie. Il a cité des tarifs élevés d'électricité, des taxes sur l'équipement et le manque d'un prêt avantageux et d'une bonne politique de marketing. "En fait, nous sommes venus avec notre propre argent, quelque équipement et de bonnes relations avec des banques internationales et des donateurs. Donc, nous ne sommes pas affectés par ces problèmes".

Sur un plan positif, indique Stewart, il y a une fourniture régulière et fiable de main-d'œuvre, des terres et de ressources d'eau abondantes.

Quarante sept pour cent des terres zambiennes sont appropriés pour divers types de cultures.

Le gouvernement semble garder un œil sur les Zimbabwéens. "Le ministre (Sikatana) nous a rendu visite ici, je crois, juste pour s'assurer que nous faisions ce que nous avions promis de faire, et était vraiment ravi de notre rendement. Pour le moment donc, les choses semblent bien aller", affirme Steward.

Kabaghe est sûr que davantage de fermiers zimbabwéens viendront lorsqu'ils se rendront compte que la Zambie accueille les investisseurs, et qu'il n'y a pas les problèmes de possession de terre qui ont assailli d'autres pays dans la région.

Pendant ce temps, le Zimbabwe connaît une pénurie alimentaire qui le mine pour la deuxième année consécutive – quelque chose que des analystes ont imputé à la sécheresse, et à la baisse de la production alimentaire causée par le programme de distribution de terres. Plus de la moitié de la population du pays aura besoin d'une aide alimentaire d'urgence cette année, selon le Programme alimentaire mondial.