ECONOMIE-NIGERIA: Les préoccupations du travail des enfants donnent ungoût amer au cacao

LAGOS, 29 déc (IPS) – Alowonle Ajayi, un agriculteur nigérian, dans les 55 ans, récolte des cosses de fèves de cacao de sa plantation de hauts et vieux arbres, utilisant une perche à laquelle est attachée une faucille.

La propriété d'Ajayi, d'une superficie de cinq hectares, a été héritée de son père, qui lui a enseigné tout ce qu'il faut pour être un producteur de cacao.

La propriété est située non loin d'Akure, la capitale de l'Etat d'Ondo, dans l'ouest du Nigeria. Ajayi se rappelle que lorsqu'il était enfant, il accompagnait son père à la plantation pendant les vacances et les week-ends. Un samedi, au début ce mois, on pouvait voir les six enfants d'Ajayi suivre leur père sur ses pas.

Avec les deux femmes de l'agriculteur, certains enfants rassemblaient les cosses de fèves de cacao en tas devant leur maison : une hutte de terre avec une toiture en tôle ondulée. D'autres étaient assis, extrayant les fèves des cosses après les avoir coupées en deux.

"Comme vous pouvez le voir, ces enfants m'aident. Juste comme je l'ai fait pour mon père il y a des années. C'est la tradition ici. C'est comme le fils d'un pêcheur qui va à la pêche avec son père", a déclaré Ajayi.

Au cours des années récentes, cependant, cette tradition a failli être sapée par la préoccupation croissante pour des milliers d'enfants travaillant dans les plantations ouest-africaines de cacao qui n'appartiennent pas à leurs familles.

Des militants des droits affirment que plusieurs de ces enfants sont soumis à des conditions périlleuses, y compris l'exposition aux pesticides et le fait qu'on leur demande d'utiliser des outils dangereux comme des machettes. Certains sont logés dans des conditions effroyables et reçoivent un petit salaire ou rien du tout pour leurs efforts – constituant effectivement des travailleurs esclaves.

Même les enfants qui travaillent dans un cadre familial pourraient se trouver privés de l'éducation qui leur permettrait de travailler pour sortir de la pauvreté plus tard.

Des inquiétudes par rapport à la sécurité des enfants travailleurs ont focalisé l'attention sur l'industrie de cacao d'une façon qui rappelle la publicité provoquée par la vente des diamants de conflit. Alors que 2003 tire vers sa fin, la controverse sur les plantations ouest-africaines est toujours en ébullition – même si c'est avec moins de fanfare que dans les années précédentes.

Selon un rapport publié l'année dernière par plusieurs instituts de recherche et agences humanitaires, près de 250.000 enfants, qui travaillent dans des champs de cacao dans la région sont sous la menace. L'Organisation internationale du travail (OIT) et l'Institut international d'agriculture tropicale (IITA) – basé au Nigeria – étaient deux des organisations qui ont aidé à compiler le rapport.

Des activistes font la distinction entre les enfants qui travaillent avec leurs familles dans les champs de cacao, et des mineurs qui sont trafiqués de nations désespérément pauvres comme le Burkina Faso vers des Etats relativement plus riches comme le Nigeria et la Côte d'Ivoire.

Des enfants, dans le deuxième groupe, sont souvent vendus aux trafiquants par leurs parents, dans l'espoir qu'ils pourront envoyer de l'argent au pays – ou se faire une vie meilleure pour eux-mêmes. Bien trop souvent, ce rêve n'est pas réalisé.

Les Nigérians craignent toutefois que les mesures, qui sont en train d'être prises pour contenir ce problème, n'aient un impact négatif sur des préoccupations familiales et sur des propriétaires terriens exploiteurs également.

Au nombre de ces dispositions, figure une initiative dans le monde développé pour amener les consommateurs à boycotter le chocolat qui n'est pas fabriqué à base d'un cacao issu du "commerce équitable". C'est-à-dire du cacao qui est produit sur des fermes où les conditions de travail ont été certifiées comme étant acceptables.

Selon Victor Iyama, président de l'Association de cacao du Nigeria, une commission nationale, qui enquêtera sur l'importance des enfants travailleurs esclaves sur les fermes, a été installée.

"Un cas qui nous a été rapporté dans l'Etat d'Ondo par une organisation internationale s'est révélée être fausse après des investigations. Nous avons découvert que l'allégation provenait d'une incompréhension de la culture nigériane", a-t-il indiqué à IPS. "Comment pouvez-vous classer un adolescent qui suit son père dans son champ comme un enfant ouvrier?" Des murmures de mécontentement sourds se font même entendre dans les cercles de cacao nigérians et font état du fait que la campagne de chocolat, en appui à un "commerce équitable de chocolat", est un stratagème des pays occidentaux pour maintenir les prix du cacao à leurs bas niveaux actuels.

Selon Iyama, les prix avaient chuté de presque la moitié cette saison, comparés aux prix d'achat au début de la dernière saison. Les fèves de cacao se vendent actuellement à environ 1.500 dollars la tonne sur le marché international – contre 2.100 dollars, l'année dernière.

Le mauvais traitement des enfants sur les plantations de cacao est une partie visible de l'iceberg du trafic d'enfants dans la région. Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) estime que 200.000 enfants sont victimes de trafic en Afrique de l'ouest chaque année pour servir dans divers rôles – des ouvriers agricoles jusqu'aux domestiques.

La couverture médiatique de la question a poussé l'Association des producteurs de chocolat aux Etats-Unis à élaborer un plan pour s'attaquer au problème d'esclavage sur les plantations. L'étude de l'importance du travail des enfants était la première étape dans ce processus, qui est en train d'être mis en œuvre avec l'assistance des autorités américaines, d'autres groupes gouvernementaux et non-gouvernementaux.

Pendant que les médias pourraient se focaliser davantage sur cette initiative en 2004, les familles comme les Ajayis examineront également avec intérêt les efforts mondiaux pour équilibrer la tradition avec la justice.