ADDIS ABEBA, 30 déc (IPS) – Le ministère de la Santé de l'Ethiopie et l'agence humanitaire Médecins sans frontière (MSF) sont à couteaux tirés sur l'usage d'un cocktail de médicaments pour le traitement du paludisme dans une épidémie qui menace actuellement 15 millions d'Ethiopiens.
Le ministre de la Santé, Kebede Tadesse, a accusé l'agence humanitaire MSF, de s'être lancée dans une campagne concertée de désinformation et de répandre une "nouvelle injustifiée en faveur des médicaments et des régimes de traitement". "Nous aimerions faire remarquer que n'importe quelle autorité sanitaire d'un pays démocratique et souverain, si pauvre et à court de ressources essentielles qu'il soit, est tenue de suivre strictement les règles et règlements établis par son gouvernement", a indiqué Tadesse à une conférence de presse à Addis Abeba, la semaine dernière.
"On devrait également s'attendre à ce qu'elle mette en place un organe indépendant pour réguler la qualité, l'utilisation rationnelle et la manière dont les nouveaux médicaments et les fournitures médicales sont présentés à la communauté", a-t-il ajouté. Tadesse a dit qu'il était malséant que MSF essaie de d'interrompre ces bonnes normes de pratique déontologique. MSF est en train de recommander au gouvernement éthiopien de mettre en œuvre un nouveau traitement impliquant une combinaison de médicaments qui a reçu l'approbation préliminaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Selon MSF, la combinaison de traitement devrait être utilisée maintenant parce qu'un nombre croissant de victimes du paludisme développaient une résistance au traitement par les médicaments conventionnels.
"Nous voyons des patients qui ont été traités, mais qui présentent les mêmes symptômes de paludisme. Lorsqu'ils sont diagnostiqués, leurs tests sont toujours positifs", a déclaré Annick Hamel, porte-parole de MSF en Ethiopie.
"S'il y a une résistance de haut-niveau, nous pouvons affirmer que le meilleur traitement disponible n'est pas en train d'être utilisé", a ajouté Hamel.
Le 24ème Congrès africain des sciences de la santé, qui s'est tenu à Addis Abeba en septembre, a exprimé des préoccupations sur la prévalence du paludisme en Ethiopie.
"Les approches traditionnelles du contrôle du paludisme, comme la pulvérisation ne sont pas durables et la résistance s'est développée vis-à-vis de la plupart des médicaments anti-palustres existants", a indiqué le communiqué du congrès.
Mais le ministère de la Santé de l'Ethiopie a déjà entamé une étude sur des traitements médicamenteux alternatifs dénommés Combinaison de thérapies Artemisinin ou ACT.
Les résultats de l'étude pilote de l'ACT, selon le ministre éthiopien de la Santé, devraient être annoncés le mois prochain.
"L'ACT se conforme à la recommandation de l'OMS ainsi qu'aux normes internationalement admises sur l'introduction de nouveaux médicaments et nous le faisons conformément à l'éthique", a affirmé Tadesse. "Vous ne pouvez pas introduire un médicament parce que quelqu'un est mourant. Vous n'introduisez pas un nouveau médicament parce qu'il y a une épidémie. Nous ne pouvons pas le tester sur des mourants. Ceci est contraire à l'éthique", a souligné le ministre.
Selon les derniers chiffres publiés par le ministère de la Santé, 45,6 millions d'Ethiopiens vivent dans des zones où le paludisme pourrait survenir, sur une population de 70 millions, et 15 millions de personnes sont menacées directement par la maladie.
Le paludisme est la première cause de mortalité chez les enfants âgés de moins de cinq ans, et la troisième maladie meurtrière en Ethiopie. Cinq millions de cas sont rapportés annuellement et le ministère s'attend à un triplement durant l'épidémie. Selon Bjorn Ljungqvist, représentant du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) en Ethiopie, les cas de paludisme étaient en nette progression dans l'Oromia, l'Amhara et les régions des nations méridionales de l'Ethiopie.
"Nous tentons d'obtenir de meilleures données sur les taux de mortalité, mais toutes les indications issues des données que nous obtenons d'Oromia, d'Amhara et des régions des nations méridionales montrent qu'il y a une augmentation du paludisme dans des proportions épidémiques dans plusieurs zones", a-t-il dit.
"Mais nous ne savons pas réellement combien de personnes succombent actuellement à la maladie. Nous commençons par obtenir des chiffres, mais c'est juste en miettes ici et là", a ajouté Ljungqvist.
Yohannes Hailemichael, chef du Bureau 'Wollega Health' dans la région d'Oromia, a déclaré à Radio-Ethiopie récemment que le paludisme se propageait de façon alarmante dans sa zone. "Si les institutions concernées n'accordent pas une attention immédiate à la situation actuelle, un grand nombre de personnes mourront", a dit Hailemichael. L'UNICEf et l'OMS fournissent des médicaments anti-palustres au gouvernement éthiopien en réponse à l'épidémie actuelle de paludisme. Présentement, quatre différents médicaments sont utilisés dans le pays et ils incluent la quinine orale et intraveineuse, le suphadoxine-pyriméthamine ou Fansidar, la Chloroquine et la Primaquine.
Mais l'UNICEF est préoccupé par le facteur coût dans l'utilisation de l'ACT comme thérapie orale alternative. En octobre, les Nations Unies ont demandé 5,8 millions de dollars pour aider à combattre l'épidémie, mais font toujours face au manque d'un million de dollars. "Des thérapies orales alternatives, comme l'ACT, peuvent coûter jusqu'à 10 fois plus à cause des limitations potentielles dans l'utilisation pour certaines populations, comme les enfants très jeunes et les femmes enceintes, et pourraient ne pas être utilisées en dehors des cadres supervisés", a indiqué le communiqué de l'UNICEF. "Dans le contexte de l'épidémie en cours en Ethiopie, qui se traduit en un coût additionnel de 22 à 30 millions de dollars pour les médicaments destinés à 15 millions de cas estimés de paludisme, ceci n'est pas abordable avec les ressources disponibles", a ajouté le communiqué.
En outre, a souligné l'UNICEF, il n'y avait pas assez d'ACT fabriqués disponibles pour satisfaire la demande actuelle de l'épidémie.

