HARARE, 24 déc (IPS) – Le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), de l'opposition au Zimbabwe, se prépare pour une résistance plus acharnée au gouvernement, mais cette fois-ci, à travers une vaste alliance avec les principales organisations civiques du pays.
Pour le président du MDC, Morgan Tsvangirayi, alors que le parti entre en 2004, il fait face à des données politiques qui ont considérablement changé, d'où le danger "qu'une action autonome isolée" fasse le jeu du gouvernement.
"Nos situations exigent la formation d'une vaste alliance pour progresser vers la démocratie", a indiqué Tsvangirayi, dans un discours à environ 3.000 délégués réunis pour la deuxième conférence nationale du parti, qui s'est tenue dans la capitale Harare, le week-end dernier.
"Si nous nous entendons et que nous unissons nos communautés, nous pouvons exploiter toutes nos énergies pour affronter le régime à travers une résistance démocratique organisée et une action de masse", a ajouté Tsvangirayi.
L'annonce du MDC marque un changement majeur de politique. Mais c'est également un aveu tacite qu'évacuer la ZANU-PF, au pouvoir depuis l'indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne, est une tâche impressionnante, beaucoup plus que ne s'y attendait le MDC.
Au nombre de ceux qui se sont réjouis de la nouvelle approche du MDC, se trouvait Lovemore Matombo, le président du puissant Congrès des syndicats du Zimbabwe (ZCTU), qui a conçu son propre programme de désobéissance civique.
Rappelant aux délégués que le mouvement syndical a engendré le MDC en 1999, Matombo s'est moqué du parti pour avoir mis du temps à consulter le ZCTU malgré des intérêts convergents.
"Cela peut être très fatal pour le MDC de faire cavalier seul, oubliant le parent", a-t-il indiqué. "Si la cuisine est chaude, sortez, et laissez les hommes et les femmes d'endurance rester là".
Matombo, a toutefois réaffirmé la nécessité d'un front commun, déclarant : "Mettons-nous ensemble, nous avons juste besoin d'être ensemble".
Lovemore Madhuku, qui préside l'influente Assemblée constitutionnelle nationale (NCA), un autre "parent" du MDC qui fait pression pour des réformes constitutionnelles, a également exprimé des sentiments similaires.
"Nous sommes prêts à faire partie intégrante d'une plate-forme commune qui se bat pour un Zimbabwe nouveau", a indiqué Madhuku.
Lancée en janvier 1998, avec Tsvangirayi – à l'époque également président du ZCTU – comme son premier président, la NCA soutient qu'étant donné la plate-forme électorale défectueuse du pays, les Zimbabwéens devraient refuser de prendre part à une quelconque élection générale jusqu'à ce que les règles soient changées.
Sa relation avec le MDC a été parfois glaciale. Mais tout ceci a été oublié durant le week-end puisque les trois institutions ont convenu de joindre leurs forces.
Madhuku a déclaré : "Nous partageons la même vision. Nous voulons tous un Zimbabwe démocratique, un pays prospère; nous voulons la justice sociale et la dignité humaine".
Organisée sous le thème 'Courage et espoir triomphent de la peur", la conférence de deux jours est venue à un moment où les chances du parti s'amenuisent. Depuis la fermeture du seul quotidien indépendant du pays, il y a trois mois, le parti a presque disparu du discours public puisque les titres dominants contrôlés par le gouvernement l'ignorent, mais sont trop contents de tourner en dérision ses leaders et de discréditer ses politiques.
Une preuve supplémentaire de ce que le MDC est en train de décliner se traduit par sa défaite dans une élection législative partielle ce mois..
Depuis 2000 où il n'avait que neuf mois, le parti a surpris la ZANU-PF en piquant 57 des 120 sièges en jeu, cette fois-ci, il a gagné seulement trois des 12 élections partielles organisées.
Le nombre des députés du MDC a baissé et est passé à 53. La ZANU-PF a 66 députés élus et 30 autres nommés par le président, comme le prévoit la constitution.
Toutefois, certains des malheurs du MDC semblent être indépendants de sa volonté.
Durant les élections du conseil urbain qui se sont déroulées il y a quatre mois, le taux de participation électorale était d'environ 30 pour cent.
Bien que le MDC ait eu d'importantes victoires et dirige maintenant les principaux centres urbains avec une population combinée de près de six millions d'habitants, des analystes ont montré qu'à ce moment, les Zimbabwéens ne croyaient plus à la politique étant donné l'impasse dans le pays.
La nature exceptionnelle des discussions entre le MDC et la ZANU-PF ne semblait pas faciliter les choses.
Mais ce week-end, Tsvangirayi a dit que tôt ou tard, la ZANU-PF viendra à la table de négociation.
"Le régime est acculé. Ils n'ont pas d'amis, pas de carburant et pas de devise étrangère", a-t-il indiqué. "La question est de savoir quand ils viendront à la table de négociation. Je veux vous assurer qu'ils viendront.
Ils n'ont pas le choix".
L'Union européenne (EU) et les Etats-Unis ont flanqué des sanctions au Zimbabwe. Le Commonwealth, une organisation d'environ 53 Etats indépendants qui faisaient précédemment partie de l'empire britannique, a également suspendu le Zimbabwe de l'association.
Le MDC a également indiqué que bien que le terrain du jeu électoral soit fortement incliné en faveur du gouvernement, il prendra part aux prochaines élections parlementaires de 2005, mais après s'être assuré des normes minimales.
"Si le MDC ne participe pas à l'élection, alors il n'aurait plus sa raison d'être", a ajouté Tsvangirayi.
C'est seulement après s'être assuré la victoire que le MDC cherchera à faire une nouvelle constitution à travers un exercice participatif. "Nous ne croyons pas qu'on puisse rédiger une constitution démocratique dans un environnement non-démocratique", a réitéré le secrétaire général du parti, Welshman Ncube.
A la conférence, qui est venue des semaines après l'élaboration par la ZANU-PF des stratégies à sa propre conférence, le MDC a adopté une position résolue sur la question de la terre.
Tsvangirayi a dit que le parti ne reviendrait pas sur la position de propriété et de distribution de terre d'avant 2000, qu'il n'avaliserait ni ne maintiendrait le programme de réforme de terre accéléré "chaotique" commencé par le gouvernement à la veille des dernières élections parlementaires.
"Notre approche exacte sera basée sur la nécessité, et non sur la cupidité", a déclaré Tsvangirayi, faisant allusion aux fermes appartenant aux Blancs dont la plupart ont été distribuées aux partisans du président Robert Mugabe.
Appréciant d'un coup d'œil l'état d'esprit de la conférence, le député du MDC et responsable des jeunes, Nelson Chamisa, a indiqué que la rencontre marquait un tournant important dans le rajeunissement et la re-stimulation du parti.
"En tant que jeunes, nous sommes décidés à déplacer notre lutte de la salle de conférence dans la rue, la déplacer des journaux dans la rue", a-t-il déclaré. "Nous allons simplement lutter pour faire en sorte que nous assurions la démocratie aux gens de ce pays".

