FINANCE-RD CONGO: Le pays reçoit une aide de près de 4 milliards de dollars

KINSHASA, 22 déc (IPS) – La République démocratique du Congo (RDC) a reçu de la Banque mondiale une aide de 3,980 milliards de dollars US pour appuyer les efforts de redressement économique du gouvernement congolais.

Cette importante aide a été accordée à la RDC à l'issue de trois jours de discussions, qui se sont achevées le 19 décembre à Paris, la capitale française, entre des experts de la Banque mondiale et ceux du gouvernement congolais. Selon des informations officielles reçues à Kinshasa, la capitale de la RDC, 70 pour cent de cette aide seront affectés aux secteurs prioritaires tels que les infrastructures, les routes, les ponts, les ports et aéroports tandis que les 30 pour cent restants seront réservés aux secteurs sociaux comme la santé, l'éducation, l'agriculture et le développement communautaire. Le ministre des Finances, André-Philippe Futa, qui a conduit la délégation congolaise à Paris, a déclaré que cette aide restait tout de même assujettie à certaines conditions : "Nous nous sommes engagés à organiser les élections dans les délais arrêtés par l'accord de paix de Pretoria.

C'est la première condition. Il nous faudra également réaliser la réunification politique et administrative effective du pays, et enfin, respecter les engagements pris dans le cadre du programme économique du gouvernement".

L'accord de Pretoria prévoit des élections dans deux ans et demi, vers le milieu de 2005, au terme de la transition. Cette bouée de sauvetage survient au moment où la transition politique congolaise fait son bilan d'une année d'existence. Les acteurs politiques se félicitent de remplir les engagements pris à Pretoria tandis que la population attend toujours de voir les retombées de cette politique sur le plan social. En effet, plus le gouvernement se comporte en bon élève du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, plus la situation sociale se dégrade localement. Les résultats des travaux de Paris, tout encourageants qu'ils soient, sont accueillis avec beaucoup de scepticisme par les Congolais. Le 19 décembre, les travailleurs de l'Office national des transports (ONATRA) à Kinshasa ont refusé de rejoindre leurs postes de travail pour des problèmes de revendication salariale. Interrogé par IPS, Antoine Luemba, machiniste dans le train Kinshasa-Matadi, a tout simplement haussé les épaules, en signe de dépit.

Il déclare ne plus croire au langage des politiciens : "Nous avons entendu ce genre de vocabulaire sous le maréchal Mobutu et le Premier ministre Kengo wa Dondo", réagit-t-il. "Des performances économiques étaient toujours annoncées alors qu'en réalité, nous accumulions des dettes sur le plan extérieur". Ce que veut Luemba, c'est de recevoir son salaire à temps et régulièrement.

Un salaire qui puisse lui permettre de vivre et de faire vivre sa famille, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui.

Il n'empêche que pour le gouvernement, l'année 2004 promet d'être plus facile à vivre, même pour le citoyen congolais parce qu'un premier décaissement de 1,080 milliard serait disponible pour bientôt. François Mwamba, ministre du Budget, explique : "Le plus important est de signaler que les sommes que nous annonçons seront effectivement déboursées. La population va sûrement se retrouver avec ce que nous venons d'obtenir des bailleurs de fonds". "Nous savons que les Congolais ont beaucoup souffert de la politique de rigueur budgétaire, mais il était absolument nécessaire que nous l'appliquions ainsi. Si nous pouvons déjà arriver à payer tout le monde, ce sera beaucoup. L'étape suivante sera d'améliorer les conditions salariales", a ajouté Mwanba.

Les résultats des travaux de Paris ont, par contre, été bien accueillis par le Comité international d'accompagnement de la transition (CIAT) qui comprend les ambassadeurs des pays membres du Conseil de sécurité des Nations Unies. Dans un communiqué remis à la presse, le 19 décembre, le CIAT félicite le gouvernement pour ses performances économiques, et l'encourage à poursuive, à la lettre, les engagements auxquels il a souscrit. Cette embellie est le résultat des efforts entrepris depuis 2001, à l'avènement au pouvoir du président Joseph Kabila. L'inflation, qui était de 600 pour cent, a été ramenée à 5 pour cent. La Banque mondiale a repris son programme avec la RDC, et les changements s'opèrent lentement dans le sens du redressement économique du pays. Selon le ministre des Finances, la première priorité sera de remettre de l'ordre dans l'armée nationale congolaise qui a toujours constitué un gouffre budgétaire. "Il y a près de 200.000 combattants à démobiliser et cela nous coûte le quart de notre budget", explique Futa. "Nous avons l'obligation de réduire les effectifs militaires par la démobilisation et la réinsertion des ex-combattants dans la vie civile.

Nous comptons passer de 25 pour cent du budget que nous consacrions à l'armée en 2001 à plus ou moins 10 ou 12 pour cent d'ici à 2006", ajoute-t-il.