EDUCATION-KENYA: Beaucoup trop, trop tôt?

NAIROBI, 19 déc (IPS) – Alors que le Kenya entre en 2004, il est probable que le système éducatif du pays fera l'examen d'un examen minutieux. Plusieurs enseignants veulent que le programme actuel soit remanié, estimant qu'il met trop de pression sur le personnel et les enfants également.

Actuellement, les étudiants font huit ans au cours primaire, quatre ans au cours secondaire – et quatre autres années à l'université. Ceci constitue le soi-disant "système 8-4-4", qui a été mis en place depuis près de 15 ans.

Les enseignants signalent qu'il faut donner aux élèves des cours supplémentaires les soirs, durant les week-ends et les vacances, parce que le vaste programme ne peut pas être achevé dans les limites du temps prévu.

Initialement, le "8-4-4" demandait aux enfants de l'école primaire de composer en 13 sujets par an – et aux élèves du secondaire, 12. Après des protestations des enseignants, cela a été réduit à huit et sept sujets respectivement.

Francis Ng'ang'a, secrétaire général de l'Union nationale des enseignants du Kenya (KNUT), croit que le système fait plus de mal que de bien.

"Beaucoup d'enfants ont été stressés par ce système. Ils ne peuvent pas gérer ce surplus de travail", a-t-il indiqué à IPS.

"Ils ont depuis lors recouru à la prise de médicaments, et, en fin de compte, abandonné les classes", a ajouté Ng'ang'a.

Des parents semblent être de cet avis. "Les jeunes enfants doivent apporter plusieurs cahiers et étudier lorsqu'ils sont en classe, faire des devoirs de maison dans jusqu'à cinq sujets, et réviser (pendant) des heures libres à la maison. En réalité, il n'y a pas de temps pour que les enfants soient des enfants", déclare Imelda Atido, mère d'un élève de 4ème année dans une école primaire de Nairobi, la capitale du Kenya.

En outre, les critiques du "8-4-4" affirment qu'il manque au système le plus important de tous les tests : maintenir élevées des normes éducatives.

Les critiques ont demandé l'application des recommandations proposées par une commission mise en place en 1998 pour étudier l'avenir du système.

Cette institution a suggéré l'abandon du "8-4-4" en raison du fait qu'il était trop inefficace et coûteux. Ses conclusions ont été mises en veilleuse depuis.

"Nous confirmons qu'il y a trop de surcharge (des) élèves, qui était responsable de l'abandon en masse d'élèves en 1ère et 8ème années. Un demi-million d'élèves a abandonné depuis le redémarrage du "8-4-4" (en 1985) jusqu'à la création de la commission", affirme Davy Koech, président de l'institution.

"Le système s'était également révélé être coûteux parce que les parents devaient acheter le matériel didactique puisque le gouvernement ne pouvait pas le fournir. Par conséquent, plusieurs enfants, dont les parents n'avaient pas les moyens d'acheter (ce matériel), étaient laissés en dehors de l'école", a-t-il ajouté.

Mais à une conférence qui s'est tenue à Nairobi le mois dernier, le ministre de l'Education, George Saitoti, a défendu le "8-4-4".

"Le système a jusqu'ici été utile aux Kényans parce que les diplômés ont pu obtenir des admissions dans diverses institutions dans le monde entier, et ont toujours excellé", a-t-il fait remarquer.

Et, certains analystes de l'éducation ont rompu les rangs d'avec les enseignants pour le soutenir. "Nos enfants sont capables de concourir et d'avoir les meilleurs résultats dans ces pays parce qu'ils sont habitués à travailler dur à l'école et ils sont capables de s'en sortir", affirme Shiphra Gichaga, coordinatrice nationale à la section kényane du Forum des femmes éducatrices d'Afrique.

L'introduction de l'école primaire gratuite au Kenya au début de cette année a davantage compliqué le débat sur l'éducation. Certains enseignants affirment que les salles de classe sont beaucoup plus bruyantes à cause de la nouvelle politique – et que cela a aggravé les problèmes présumés créés par le "8-4-4".

"Les écoles sont peu nombreuses et donc encombrées. Certaines classes contiennent plus de 100 élèves à tout moment", souligne un maître du primaire, Ernest Inganga. Selon le ministère de l'Education, le Kenya compte 17.600 écoles primaires publiques.

"Les élèves apprennent à tour de rôle – certains dans la matinée et d'autres dans l'après-midi – encadrés par le même enseignant, qui finit épuisé", déclare Inganga. "Ce n'est pas un environnement propice à l'apprentissage".

L'introduction de l'école primaire gratuite avait vu l'inscription à l'école d'un nombre supplémentaire de 1,3 million d'enfants qui avaient précédemment été exclus du système. Ceci a porté à 8,5 millions le nombre d'élèves à l'école primaire – mais le gouvernement estime que 300.000 enfants loupent toujours leur éducation de base.

En conséquence, le KNUT exige des lois plus sévères concernant l'éducation.

"Un cadre légal doit être mis en œuvre pour s'assurer que l'éducation primaire gratuite est obligatoire, parce que nous pensons que certains parents n'amènent pas leurs enfants à l'école", poursuit Ng'ang'a. "Ils ont embarqué les enfants dans des pratiques de travail d'enfants", a-t-il noté, ajoutant que "c'est seulement avec une telle loi que le pays pourra se vanter d'avoir atteint l'objectif de développement du millénaire consistant à garantir l'éducation primaire pour tous d'ici à 2015".

La vice-ministre de l'Education du Kenya, Beth Mugo, a rejeté les affirmations selon lesquelles son département a peu de ressources, et est incapable de mettre convenablement en œuvre la politique de l'éducation primaire gratuite.

"Le ministère de l'Education consomme plus d'argent que n'importe quel autre ministère – et en plus de cela, nous avons le soutien des partenaires au développement", a indiqué Mugo à IPS.

Selon des sources au ministère, le budget de l'éducation tourne autour de 947 millions de dollars. Mais, elles étaient incapables de donner une estimation de ce que pourrait coûter au juste l'éducation de 8,5 millions d'enfants du primaire.

Mugo affirme que des efforts sont également faits pour déployer des vacataires dans des zones à court de personnel et accroître le ratio élève-enseignant, qui est l'un des plus bas en Afrique. Suite au bond dans l'inscription, il tourne autour de 39 élèves pour un enseignant.

Comme c'est le cas de plusieurs autres pays en développement, le secteur éducatif du Kenya a été affecté par le SIDA. "Il n'est pas facile de dire combien de personnes meurent actuellement, mais je vous assure que c'est un grand nombre, d'où la mise en place d'un programme de sensibilisation sur le SIDA pour s'attaquer au problème", indique Ng'ang'a.

"Nous nous sommes lancés dans ce projet pour éduquer nos 240.000 membres et nous avons besoin de la bonne volonté du gouvernement – parce que les enseignants sont les meilleurs moyens pour transmettre n'importe quelle information, y compris (celle) sur le VIH/SIDA", ajoute-t-il.