KINSHASA, 19 déc (IPS) – Douze mois se sont écoulés depuis la signature, le 17 décembre 2002, de l'accord dit global et inclusif entre anciennes forces belligérantes de la République démocratique du Congo (RDC), à Pretoria, en Afrique du Sud.
Les crépitements des armes de guerre ont cessé d'une manière générale sur toute l'étendue du territoire, en dehors de quelques cas considérés comme isolés dans l'est du pays, notamment dans l'Ituri dont la pacification est plus difficile. Le gouvernement s'est pourtant accordé un satisfecit bien que beaucoup reste encore à faire. Abdoulaye Yerodia, vice-président chargé des infrastructures, a dédié la journée anniversaire au président Joseph Kabila qui, dit-il, "avait permis l'avancement et l'aboutissement du processus de paix". Devant un rassemblement de partis politiques se reconnaissant dans la plate-forme des Forces nationalistes et patriotiques (FNP), favorables à l'action du gouvernement, réunis à Kinshasa, la capitale congolaise, Yerodia est revenu sur les efforts des différents courants politiques formant la structure gouvernementale actuelle pour parvenir à la paix et à la réunification du pays. "Nous avons un gouvernement de transition qui réunit toutes les tendances politiques du pays et les groupes armés qui animaient les différentes rébellions, nous avons un parlement à deux chambres qui fonctionne, le pays est entièrement réunifié et la circulation des personnes et des biens a été rétablie. En cinq mois de fonction, nous pouvons estimer que beaucoup a été fait". Le gouvernement de transition a, en effet, cinq mois d'existence. La structure fonctionne sur le schéma dit '1+4', c'est-à-dire un président de la République, secondé par quatre vice-présidents issus d'anciennes forces belligérantes. Au départ, très critiquée pour sa lourdeur et son caractère inédit, la formule '1+4' semble plutôt tenir debout et les différents responsables paraissent bien jouer le jeu.
Si les Congolais sont unanimes à juger la situation actuelle de loin préférable à la guerre qui a prévalu les cinq dernières années, les difficultés de leur quotidien les amènent à juger plus sévèrement les dirigeants du pays. "Il nous est difficile d'apprécier l'action gouvernementale dans la mesure où on ne sent pas l'impact des mesures sociales dans notre vie quotidienne", déclare Ali Kabuya, étudiant à Kinshasa. "Nous avons toujours les mêmes difficultés à payer pour nos études, les mêmes difficultés de transport et les mêmes difficultés pour manger à notre faim". S'il est vrai que la population veut tout, tout de suite et estime que le gouvernement traîne dans la réalisation de son plan d'action, il n'en demeure pas moins que l'avarie est tellement importante que les mesures prises jusqu'aujourd'hui semblent plus cosmétiques que véritablement thérapeutiques. "Le gouvernement se vante d'avoir stabilisé l'inflation – ce qui est vrai -, mais l'impact ne se fait pas encore sentir dans le panier de la ménagère", estime Jean Mudingayi, enseignant et syndicaliste. "Les fonctionnaires de l'Etat sont toujours sous-payés et sont dans l'incapacité de bien nourrir leurs familles et d'assurer la scolarité des enfants.
Toutes les maladies anciennement éradiquées comme la trypanosomiase et la tuberculose reviennent en force. Je ne parle pas du VIH-SIDA qui ravage la population".
Une grande partie de l'opinion congolaise estime que ce gouvernement de transition et d'union nationale ne peut rien réaliser de significatif. "La faiblesse d'un gouvernement d'union nationale, c'est justement de ne pouvoir rien faire", affirme Edouard Mirindi, un habitant de la capitale. "Chaque ministre ne représente que sa composante et n'a de compte à rendre qu'à la composante. Et puis, il y a la précarité du mandat. Les ministres tirent les choses en longueur et travaillent en fonction du chronomètre.
Pour ma part, je crois qu'il faut écourter la transition pour aller vite aux élections et doter le pays de dirigeants responsables et représentants valables de la volonté populaire", ajoute Mirindi.
L'accord de Pretoria prévoyait des élections dans deux ans et demi. Une année vient de s'écouler alors que la Commission électorale indépendante (CEI) n'a pas encore été mise en place. Les choses semblent traîner en longueur et le parlement impute le retard au gouvernement. Même la Commission internationale d'accompagnement de la transition (CIAT), composée des ambassadeurs des pays membres du Conseil de sécurité des Nations Unies, présidée par William Swing, représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en RDC, a dénoncé ce retard et demandé au gouvernement congolais de faire diligence afin d'éviter toutes prolongations inutiles de la période de transition.
La tendance générale est cependant beaucoup plus à l'optimisme qu'au pessimisme dans le pays. Bien plus, le gouvernement a acquis un avocat de taille. Moustapha Niasse du Sénégal, ancien représentant spécial du secrétaire général de l'ONU, qui a joué le rôle de facilitateur au moment le plus crucial des négociations inter-congolaises en Afrique du sud. Sur les antennes de Radio Okapi, la radio de la MONUC (Mission d'observation de l'ONU au Congo), Niasse a exprimé toute sa "satisfaction" par rapport à la manière dont fonctionnent les institutions de la transition congolaise : "Nous sommes dans une phase transitoire", a-t-il déclaré. "La formule avait commencé par '1+2', puis '1+3'. Aujourd'hui, avec un président de la République et quatre vice-présidents, l'essentiel se trouve dans la manière dont tous ces responsables vont se tolérer. Apparemment, cela se présente plutôt bien pour des gens qui se sont fait la guerre pendant longtemps", a ajouté Niasse.

